INDONESIE: ÎLE DE JAVA
- Pourquoi l' INDONESIE?
- Le voyage version x.0. Paris, Singapour, Jakarta, en quelques instants.
- Yogyakarta, capitale culturelle
- Temple de Borobudur
- Yogyakarta, le centre historique
- Surakarta, l'autre ville royale
- Un volcan très actif, le Merapi
- Les temples de Prambanan, au coeur de l'hindouisme indonésien
- Bawen et les temples de Gedongsongo
- Jepara, port vers les îles de Karimunjawa
- Les îles karimunjawa
- Arrivée et installation chez Mister cool
- Ascension de la montagne aux serpents, snorkeling, soleil et scooters
- Escapade en scooter à la découverte de l'île de Kemujan
- Un goût de paradis du sable et des palmes
- Long transfert vers Bandung
- Vers le volcan Gede dans le parc national de Gede Pangrango
- Ascension du volcan Gede
- Malasari, loin de tout
- le parc national Halimun Salak
- De la jungle à la ville de Bogor
- Jakarta, le monstre urbain et la misère
- CONCLUSION
Le voyage en 40 secondes
Pourquoi l'INDONESIE?
30 ans aux Galápagos. 40 ans nulle part. Je devais marquer le coup pour la cinquième dizaine. Mûr mentalement mais de nature indécis, le sort m’a jeté en Asie.
D’une vérification anodine, un dimanche sans espoir, déjà résigné devant quelques prix toujours trop hauts pour le lointain. Et une apparition. Une offre pour Jakarta, depuis Paris.
Une affaire immanquable quand vérifiée sur le site de notre compagnie nationale. Plus exceptionnelle que les prix les plus bas des argus des vols. Je ne pouvais reculer. Si je ne pars pas là, toutes mes recherches n’ont aucun sens. Un coup de téléphone à la famille, à certains amis, puis je me lance. Je pars à Jakarta. Pour y faire quoi ? Aucune idée. Je sais que la saison est bonne, que c’est loin, qu’il y a de la jungle et de la culture. Pas fasciné de prime abord, mais raisonnable et opportuniste. Quelques jours plus tard, mon vieil ami baroudeur Thierry me rejoint après une réapparition du miracle pécuniaire, éphémère. Lui aussi veut marquer le coup.
Un mois à préparer un semblant d’itinéraire. Un travail très compliqué. Des arrivées décalées et quelques désillusions. Un pays très numérique, des applications, des réseaux, des paperasses post-Covid. Agaçant. Et une sorte de tromperie sur la marchandise. La jungle ne semble plus trop présente ou alors inaccessible. J’avais sous-estimé la densité de la population. La Java sauvage, les tigres, les rhinocéros… disparus ou inaccessibles. Je n’y arrive pas. Des heures et des heures de recherches et rien ne sort du chapeau. J’en suis à prendre un vol intérieur pour le centre de l’île pour trouver de l’exaltation. J’ai l’impression, depuis la France que chaque site est pollué par le tourisme. La moindre cascade, le moindre site… payants, aménagés. Je me demande parfois ce que je vais faire là-bas. Je rêve de nature, de nord, d’un monde moins connecté. Je me dis aussi que le vrai voyage doit coûter, doit déstabiliser. Le projet ne m’attire pas vraiment, en cela je prépare un vrai voyage.
Je pars avec des a priori, vers une culture qui ne m’attire guère. Et j’attends de changer d’avis. Je vais changer d'avis. Le vrai voyage, aller où on ne veut pas. La volonté apprivoisée mène à la répétition. Voilà ma théorie du moment. Sur la célèbre zone de confort qui s’étend un peu trop si l’on n’y fait pas attention. Qui nous recouvre, nous réchauffe et nous étouffe. Je la repousse. Je frissonne une peu. Je pars seul, au bout du monde, sans idée précise. Un petit rappel de courage. J’en avais besoin pour démarrer cette décennie.
« – Où vas-tu cette fois ? m’a-t-il demandé
– à Java
– C’est du côté de la Corée ?
– Un peu plus bas. »
Roger Vailland « Borobudur.Voyage à Bali, Java et autres îles. »
PLAN DU VOYAGE
Voyage d'abord seul pour une grosse semaine puis rejoins par Thierry l'aventurier, du 15 juillet au 6 août 2025.
Arrivés en avion depuis Bordeaux, Paris et Singapour à l'aéroport de Jakarta, je n'y passe qu'une nuit avant de prendre un vol pour Yogyakarta. J'y passerai une bonne semaine en couch surfing chez Jundan. De là je vais visiter la ville, les temples de Borobudur et de Prambanan. Je vais partir en excursion vers le volcan Merapi et je passerai une journée à Surakarta, en train.
Je partirai ensuite vers le nord, passant une nuit à Bawen, chez Amine, pour visiter les temples de Gedong Songo. Je rejoins ensuite la côte nord en bus, à Jepara, où mon voyage croise celui de Thierry.
Nous partirons en ferry pour les îles Karimunjawa ( 4 nuits) avant de repasser par Jepara pour y prendre un long bus vers Bandung, où nous passerons la nuit.
Nous rejoignons ensuite le parc du volcan Gede à Cibodas. Après l'ascension du volcan, nous partons vers le parc d'Halimun Salak ( une aventure!). Nuit chez Oman à Malasari puis transfert en moto vers Citalahab, petit village au bout de la route. Nous y passerons 2 nuits avant de remonter vers Bogor. Visite du jardin botanique et transfert vers Jakarta pour notre dernière nuit, dans Chinatown. Visite du quartier de Kota, de la ville chinoise puis départ pour l'aéroport.
Encadrés ci-dessous les principaux lieux du séjour.
PERIODE :
L'été est une des meilleures périodes de l'année pour visiter l'Indonésie. Nous n'avons eu la pluie que dans la forêt tropicale humide d'Halimun Salak, ce qui est normal. Sinon, soleil et soleil. J'ai trouvé le climat plus supportable qu'en Inde ou qu'en Thaïlande, visités pendant les saisons humides. Je n'ai pas ressenti cette humidité sur Java. Bien sûr le soleil de midi invite à se protéger mais rien d'insurmontable.Sur les îles Karimunjawa, climat plus humide et plus agressif. Difficile de bien sécher ses affaires.
Les journées sont courtes, nuit vers 18h, et le soleil se lève très tôt, avant 6 h du matin. Alors il faut se mettre au rythme local: coucher tôt, lever tôt.
Meme si on voyage en haute saison, il fut très facile de trouver des hébergements même à la dernière minute, même à 1h30 du matin!
Il suffit de s'écarter des sites tels que Booking ou Airbnb et un tas de logements non catalogués s'ouvrent à vous.
Il reste du monde sur certains sites ( Borobudur, Prambanan, volcan Gede, Yogyakarta) mais nous n'avons pas été genés par la foule. Nous n'avons vu nos comptriotes ques sur les points de convergence, ferrys, gares, aéroports, grands sites. Il est très facile de se retrouver vraiment qu'avec des locaux.
NIVEAU :
Moyen
Le voyage tel que présenté implique une certaine habitude du voyage. Peu de gens parlent anglais, nous ne réservions pas nos logements, nous arrivions parfois dans des lieux sans logements, nous avons essayé de partir à la rencontre des locaux... Tout cela se mérite. Je pense à certains transports en moto dans le parc d'Halimun Salak, vraiment physiques et isolés de tout.
Ensuite, nous sommes tellement riches là-bas, que tout peut se simplifier facilement. Il suffit de se payer des guides, des taxis etc. et alors il est très aisé de voyager dans ce pays. Le paiement est en ROUPIES.
Le système de bus est moderne, pratique, tant que vous avez un smartphone et la bonne application. J'étais un peu perdu le premier jour à Yogyakarta puis très à l'aise le second. Il est parfois un peu difficile de trouver les arrêts de bus si vous n'avez pas de téléphone.
Le système de taxi, à l'aide de l'application GRAB, est très facile et très performant. Je m'en suis beaucoup servi. Perdu quelque part? Demander un taxi ou une moto-taxi et en général, vous trouvez en peu de temps. Pour des pris dérisoires.
Les bâeaux sont plus complexes à réserver. On ne peut rien faire en ligne et il faut passer par des intermédiaires, genre agence de voyage ou hébergeurs. J'ai passé beaucoup de temps depuis la France à savoir comment aller et revenir des îles Karimunjawa en prenant le ferry lent.
Pour la randonnée, pas mal de tracasseries administrative et des permis. Nous sommes passés au travers pour le volcan Gede.
Niveau physique...Gravir le volcan Gede en une journée nécessite une bonne condition physique, de même que notre randonnée sur l'île de Karimun. Sinon ce n'était pas un voyage pénible physiquement. Le plus dur fut d'arriver à tenir sur ma moto dans le parc d'Halimun Salak, avec mon sac dans le dos.
Les sentiers sont bien balisés, il suffit de suivre les déchets!
Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé. J'ai mangé partout et de tout dans les petis snacks de rues. J'ai bu les thés froids et chauds, mangé les salades... Par contre, je n'ai pas essayé l'eau du robinet. J'avais acheté un filtre UV pour l'eau mais je ne m'en suis pas servi. Les locaux qui m'hébergeaient ainsi que les hôtels ou guesthouse, fournissaient bouteilles ou bonbonnes. Je n'ai rien pris pour le paludisme, pas de vaccin pour la fièvre typhoïde. Le reste, je suis à jour: hépatites, rage etc. Pour la typhoïde, je le fais d'habitude mais là je n'ai pas eu le courage d'aller voir mon médecin.
Aucun sentiment d'insécurité. Je n'ai pas croisé de bandes de gars inquiétantes, ni bagarres, ni scènes violentes. J'ai trouvé l'ambiance très relax, y compris dans les gares routières, souvent désertes, propres et calmes. Des gens très hospitaliers, curieux, souriants et bienveillants. Je me suis promené en soirée dans des petites ruelles de Yoyakarta sans inquiétude. Isolés dans un village comme Malasari (et vulnérables), ou Citalahab, nous n'avons jamais rien crains des habitants. Un pays qui semble à première vue plus sécurisant que les Philippines, l'Inde ou le Costa Rica.
Un bémol: Jakarta. Chinatown le soir...Disons que personne n'a envie de s'aventurer des les rues sombres de ces quartiers. Là c'est très très glauque. Dangereux, je ne sais pas, mais pas du tout attirant.
Un voyage confortable ,relaxant niveau moral et je rentre apaisé et en forme .
HEBERGEMENT ET BUDGET (2025) :
Le voyage m'est revenu à environ 1300 euros pour 22 jours ( 850 euros d'avion et de train en France , 50 euros pour les deux temples de l'Unesco, 30 euros de visa et 370 euros sur place environ) . Ce qui est très peu cher pour un tel voyage. L'Indonésie est vraiment un pays très abordable pour nous européens.
Les entrées de musées sont chères relativement à celles des locaux (prix x 10 ) mais elles restent très abordables.Sauf pour Borobudur et Prambanan, 50 € pour les deux!
Sur les transports, les taxis (ou moto-taxis) sont vraiment donnés. Des courses de 0,5 à 20 € pour les longues distances. Pour explorer les coins perdus, ils sont indispensables. Très pratique avec Grab. Les bus, idem. Tout est vraiment abordable. Les scooters sur les îles sont aussi très peu chers 75 000 par jour!
Pour me nourrir, on peut très bien manger dans la rue dès 15-20 000 roupies soit environ 1 euro! Le genre de pays où tu ne réfléchis pas, tu prends ce que tu veux.
Pour dormir, 200 000 roupies était notre prix habituel soit environ 11 €. Dès 20 ou 30 € par nuit, on passe dans du plus haut standing, avec petit déjeuner. J'ai payé à Jakarta au plus fort 33€. Autant dire que le logement est aussi très peu onéreux.
Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :
- le site Gunung Bagging qui est une bible pour réfléchir à ses ascensions de volcans. J'y ai passé beaucoup de temps.
- le blog d'une locale, Backindo , qui est une mine sur l'île de Java.
- un autre blog très utile, surtout pour Yogyakarta, Backpack Moments.
- le site du Petit Futé.
- Roger Vailland « Borobudur.Voyage à Bali, Java et autres îles. » Un récit de voyage des années 1950. Très facile à lire, plaisant, informatif. Lu sur place car l'itinéraire se rapprochait du mien.
- David Van Reybrouck "Revolusi: L'Indonésie et la naissance du monde moderne". Un pavé imposant et érudit sur l'histoire de l'indépendance. Vraiment passionnant. Livre indispensable pour ne pas regarder le pays en touriste écervelé, sans rien n'y comprendre. Je l'ai lu dès mon retour et il m'a profondemment marqué. La souffrance du peuple lors du XXème siècle ne peut être oubliée.
Le voyage version x.0. Paris, Singapour, Jakarta, en quelques instants.
Je rejoins l’hémisphère sud. Ce matin, hier, je ne sais plus trop – la vitesse longitudinale de nos avions modernes efface tout repère temporel – j’étais au bord d’un champ du Lot et Garonne. Roger Vailland qui accomplit peu ou prou le même voyage mit huit 8 jours en 1950 pour rejoindre Jakarta: Orly-Tunis, El Adami, le Caire, Bahreïn, Karachi, Bombay, Calcutta, Bangkok, Singapour. Il regrettait déjà le temps court, opposant déplacement accéléré, quasi instantané et voyage. Bordeaux, Paris, Singapour pour moi. Le pays sortait de la colonisation. Batavia devenait Jakarta. Le pays entrait dans la modernité. Il parlait de 40 millions d’habitants, j’en ajoute 100. La même explosion démographique, 75 ans plus tard. Les femmes se couvraient à peine la poitrine à Bali. Les Allemandes ne cachent plus leurs bikinis aujourd’hui. Je compare nos deux époques. Dans le fond, rien n’a changé. Toujours une nostalgie du voyage d’avant. Le mal du voyageur. Ne jamais vivre à la bonne époque.
Seul dans ma rangée du vol Singapore Airlines, charmée par les hôtesses et leurs tenues fleuries si gracieuses, j’observe mes voisins collés à leur smartphone, aspiré par les écrans larges qu’on ne peut éviter, là, vampirisant nos regards. Plus grand monde ne s’émeut de la vision d’un hublot. Nous avons une des vues les plus incroyables de l’ère humaine, flottant au-dessus des nuages. Et nous regardons des séries et de la fiction, nous jouons à des jeux ridicules.
75 ans nous séparent. Le voyage n’est plus qu’un point B. La ligne au point A est rompue. Départ, arrivée. Tout mélanger. La transition, brutale. Tout est écrasé. Ce matin, une application m’annonce que mon train, billet acheté la veille, est retardé à cause d’un animal l’ayant heurté. Ce retard risque de tout me faire perdre, le timing n’y est plus. Ne plus vouloir attendre, optimiser, rapprocher encore départ et arrivée. Mal moderne. Ma mère me sauve et me conduit à Bordeaux. Elle pourra aller voir ses petites filles en passant. Une fois à l’aéroport, mon vol pour Paris s’annonce avec une heure de retard ! Tout ça pour ça. Puis tout s’enchaîne de façon fluide. Le hall de départ Air France pour l’Asie, très chic. Tout le monde derrière son écran. Comment faisait-on avant ? Un calme sinistre règne dans les halls d’embarquements. Pourtant il y a des familles, des couples, des amis. Les halls de gares, les aéroports, tout devient dévitalisé, morne, uniformisé.
Mon vol. Voisins jeunes et anonymes, pas un échange durant 13 h. Quelques heures de sommeil, de bons paniers repas, un personnel navigant toujours souriant et non dénué d’humour. Gladiator II pour me divertir.
Je me souviens de mes premiers voyages, à étudier le Routard ou le Lonely Planet, stressant un peu pour l’arrivée. Avec quelques adresses et peu d’images de ce qui m’attendait. Une sortie des aéroports ressemblant à une entrée dans l’arène. Le choc, le bruit, les couleurs, les odeurs. Tout est si loin.
Singapour. Étrange sensation. J’étais là 15 ans avant. Plus le même homme pour sûr. J’étais jeune. Aujourd’hui, je suis un Monsieur, un Mister. Le hublot me manque. Avant c’était mieux. On me l’offrait. Magnifique aéroport et déjà l’éloignement. Le type asiatique domine, enfin le changement.
Petit vol vers Jakarta. Je passe l’équateur. L’aéroport impressionne par sa taille. Énorme. Nous roulons des minutes entières pour nous garer. Loin des aéroports écossais. Des lumières, du trafic. Les dizaines de millions d’habitants, la densité de population de Java, se ressentent aisément. Achat aisé de visa à l’arrivée. Tellement plus simple qu’en ligne où j’ai passé des dizaines de minutes, en vain. Passage à l’émigration, agréable, passage à la douane (QR code à remplir en ligne avant… sinon que fait-on ?). Les halls sont immenses, je trouve enfin la sortie.
Le choc thermique. Il fait nuit mais quelle lourdeur. Chaud et humide. Bien loin de ce que l’on connaît en France. Mon chauffeur se joint facilement par WhatsApp, comment y échapper ici ? Un petit bonhomme me retrouve, dans ses habits floqués au nom de mon hôtel. Sentiment d’être un peu privilégié. Pour une chambre à 33 €, pas mal non. Un prix raisonnable selon des critères français, mais bien au-dessus de tout ce que je vais payer ensuite. Un couple d’Italiens et nous voilà partis pour un court transfert. Bien vite, je découvre de derrière la vitre les petits étals de nourriture, éclairés par des ampoules blafardes. Je suis en Asie et tous les tracas, le stress de l’organisation, s’effacent en un instant. Je retrouve mes marques en un instant. Je suis loin de chez moi et très motivé pour m’insérer sous ses ampoules fatiguées. Chambre d’hôtel propre et agréable. Pas de fatigue pour l’instant. Moral au top.
« Le lendemain, entre midi et deux heures, l’avion KLM m’a mené à Batavia, après avoir survolé une foule de petites et grandes îles. Ce sont les îles des mers du Sud des romans de notre enfance, les plages ourlées de cocotiers, le détroit de la Grande Sonde, où s’embusquait jadis le pirate malais au poil rare. »
Ibid
Yogyakarta, capitale culturelle
Ma nuit fut courte, longue en position allongée, mais peu efficace en heures de sommeil, décalage horaire en cause. Je me force pour un énorme petit déjeuner. Il faut caler l’estomac aux aiguilles de l’horloge. La salle, assez pleine, offre un mélange de touristes, de locaux en couples, de couples bi-nationaux. Le cliché de la jeune locale avec le vieux tout blanc, un peu chauve et riche. Un enfant entre mais rien à se dire à table. Déjà-vu. En Thaïlande, aux Philippines. Déclassés lors de l’ère coloniale, persécutés lors de la guerre d’indépendance, les enfants Indos-Européens d’aujourd’hui ont un meilleur présent, je l’espère.
Le menu m’enchante. Des plats de nouilles, de riz frit, des fruits frais, des œufs, des fritures. Vraiment de la qualité. Je comprends que 33 € la nuit, ici c’est déjà du petit haut de gamme. Je me fais amener au terminal 3 bien avant mon vol de l’après-midi par la navette gratuite. L’impression visuelle de ce terminal, de jour, conforte l’idée de gigantisme ressentie hier. Depuis la Chine et l’immense centre commercial de Chengdu, je n’avais jamais vu ça. Tellement grand qu’une voiturette amène les passagers d’une porte à l’autre pour les plus fatigués. Magnifique endroit, avec des plantes un peu partout, à l’image de l’extérieur. Les environs de l’aéroport montrent une image propre et fleurie du pays, une vitrine bien étudiée. Dans les espaces verts, des employés se reposent parfois à l’ombre. Tant de travail pour maintenir la végétation à bonne hauteur. Des jardins où personne ne se promène.
Mon vol aura du retard, je vais attendre confortablement devant les belles boutiques. Tout est frais, attrayant. Musique douce façon Ghibli. Il me reste les souvenirs du Caire, de New Delhi. Mais cela a du bien changer. Quelle capitale en 2025 délaisse son aéroport principal ?
Vol agréable avec Garuda. Ma voisine, une toute petite dame voilée et tatouée au henné sur les bras et les mains. Quelques touristes mais le dépaysement est là. Un bon petit snack et la vue sur les volcans : Ciremai, Sundoro, Sumbing. Beau spectacle. Des vallées, beaucoup de champs, des villes toutes en longueurs. Une côte de sable noire, peu découpée. Des bassins tout le long. Crevettes ?
Du petit aéroport bien calme de Yogyakarta, je me fais aider par deux jeunes employés pour acheter un billet de train express pour le centre-ville. Pas de cash, pas d’employés et mes cartes ne marchent pas. Que faire ? Donner l’argent aux employés qui commandent avec leurs applis. Je ne me fais pas à l’idée que l’échange d’argent devient obsolète. On ne peut plus arriver dans une gare avec simplement de l’argent. Ce dernier ne suffit plus. Il faut du numérique. Partout. Le trajet d’une quarantaine de minutes me comble. La voie passe au milieu des champs, des rizières. Les enfants saluent le train. Beaucoup de jeunes profitent de la douceur du soir en observant la voie ferrée. Au fond des collines recouvertes de végétation, des cultivateurs, de petits feux, des maisons aux toits de tuiles assez traditionnelles. Je me sens si loin de chez moi. La carte postale asiatique, enfin, en dehors des aéroports.
Une fois arrivé en ville les difficultés commencent. Les bus annoncés par Jundan, mon hôte, ne sont pas là mais alors pas du tout. Je me retrouve donc dans le chaos, avec mes sacs et mon smartphone à chercher les bus 12 et 14 dans une ville de 450 000 habitants. Cela grouille de partout mais dans une ambiance bon enfant. Pas de stress. Je marche et marche, passe les voies avec difficultés. Les passages piétons ne servent pas à grand-chose ici. Il faut se lancer. Je finis, à coup de WhatsApp à comprendre que je dois trouver un arrêt de bus de Trans Yogya pour me sortir de ce faux pas. L’arrêt est une sorte de cabine en hauteur. On y monte par un escalier, on enjambe le vide pour entrer dans le bus. Un employé, derrière une petite table, sur cette minuscule plateforme, m’écrit sur un mot les directions. Le bus arrive, je rentre. Pour payer, pas de CB, pas d’applications pour moi, il me reste du cash. Je donne mon billet de 2000 roupies. Je ne comprends rien de ce que l’employé me dit. En fait il attendait plus, 3500. Je lui réponds que je n’ai que du cash, dialogue de sourd. J’ai pourtant le portefeuille plein. Il me dit que ce n’est pas grave et me donne un billet ! Belle attention. Le pauvre touriste avec son petit billet. Vraiment sympa. Alors je m’éloigne du centre-ville pour arriver à l’entrée d’une université islamique. Il fait nuit. Je n’ai qu’une adresse. Je vérifie : 45 minutes de marche. Jundan se propose de venir me chercher en scooter. Me voilà bientôt à vive allure dans un coin reculé de Yogyakarta.
Jundan vit dans une maison aérée avec sa femme, sa fille et à côté son oncle et sa tante. Seul lui parle anglais. Quelle chance de me trouver ici! Nous sommes en 2025, je me plais à dire à raconter à mon hôte, depuis son faubourg lointain que le rejoindre fut un long voyage. Je vis dans mon temps, j’ai la mémoire courte. Dausse-Bordeaux-Paris-Singapour-Jakarta-Yogyakarta-Train express-marche à pied-perdu-bus et enfin scooter. Cette journée fut un long transfert. Une première marche, une grande enjambée.
Ma chambre est à l’étage d’une sorte de petite structure bricolée dans la cour. Les toilettes m’intriguent. Je fais même mes recherches pour savoir comment les utiliser. Un seau, de l’eau…que faire. Bientôt je me retrouve seul dans la maison. Un chat, un gecko et deux petits rats circulent. Des chants religieux au loin. J’espère qu’ils ne vont pas durer toute la nuit. Je suis en terre musulmane. Impression de bout du monde.
Nous discuterons de nos présidents, de la corruption, de la déforestation, je montrerai en direct l’arrivée de Pogacar à Hautacam. Ce chez moi semble bien loin à Jundan. Il goûte les pruneaux que je lui offre. Ils auront voyagé ceux-là. Comme moi en cet instant, écrivant à la lueur blafarde de ma petite lampe, dans ma bicoque en bois dans une cour de maison perdue. En Indonésie.
Pas de moustiques m’assure Jundan. Mais tellement de trous dans ma toiture que l’invitation ne se refuse pas. Alors je vais faire la guerre à ces bestioles sans répit et sans succès. Ajouté le décalage horaire, le chant du muezzin à 4h30, la famille entière levée entre 5 et 8 h, je ne vais pas très bien dormir. Physiquement, car mentalement je suis très heureux dans ma petite bicoque et dans cette famille.
Temple de Borobudur
Je me rends ce matin au temple de Borobudur, l’un des plus célèbres monuments du pays, classé à l’Unesco. Un peu le Angkor local. Pour m’y rendre, je choisis un taxi par l’application Grab. Moins de 200 000 roupies pour environ 40 km soit environ 10 €. Une aubaine en considérant le temps qu’il me faudrait en transport en commun. Je me sens un VIP, pris devant ma porte et aux petits soins dans ma belle voiture climatisée. Le transport m’enchante. Je me sature d’images, simples, de tous ces petits vendeurs, de tous ces jeunes entrant et sortant des écoles, de toute cette vie, ce grouillement de la ruche humaine asiatique. Le tout sans animosité ni stress. L’arrivée à Borobudur m’apaise, agréable, la route enjambant deux rivières. Près du grand site, je saisis l’importance du lieu. Un vaste parc très propre où travaillent jardiniers, guides, employés à la vente de tickets. Même si le prix d’entrée demeure assez affolant, pour une fois, on voit que l’argent sert au moins à l’entretien.
Il faut commencer par montrer sa réservation, recevoir un bracelet et son QR code. Puis une navette à ciel ouvert nous amène par petits groupes au bout d’une grande allée menant au temple. J’y reçois des jolies sandales pour ne pas abîmer les pierres et un petit sac pour mettre ses affaires. Joli souvenir finalement. Il faut ensuite attendre le numéro de son guide. Comme j’ai beaucoup d’avance, je vais un peu errer dans le parc. Le soleil brûle, j’ai rendez-vous pour le tour de 13h30. Je me promène alors au pied de l’édifice, prenant seul les photos où bientôt le guide demandera à tout le monde de faire la sienne. J’entends les prières de la petite zone musulmane du parc.
Finalement, pas grand-chose à faire alors je retourne vers la salle d’attente des guides. Comme je suis seul, je me faufile dans un petit groupe avant mon heure. Le guide, un petit homme avec un chapeau en paille pointu, fait bien le job, expliquant la création du parc du VIIIᵉ au IXᵉ siècle et les significations religieuses de l’édifice. Nous remontons la grande allée, scannons nos bracelets puis en route pour le nirvana.
Chaque niveau supérieur nous élève. Des statues partout, éléphants, bateaux, bouddhas avec ses différentes postures (pas de ventre ici, ce n’est pas le bouddha chinois !). Le site a été ébranlé par les tremblements de terre, recouvert de cendres, redécouvert par Sir Raffles, le fondateur de Singapour, rénové par les Hollandais puis par l’Unesco. Remonté comme un Lego, en quelque sorte. 9 stûpas détruits par des extrémistes musulmans en 1985. Le site en impose, très original mais ne m’émeut guère. Il m’est d’une beauté froide. Du monde certes mais les petits groupes sont bien dispersés et on ne se bouscule pas. Bien mieux qu’à Carcassonne ou qu’à Rocamadour en juillet. Ce système de quota a du bon. Qu’on le veuille où non, il reste la façon la plus simple de remédier à la surfréquentation. Nous resterons environ une heure sur la partie haute, ce qui est largement suffisant. La plupart des gens son là pour prendre de belles photos et peu pour observer le détail des pierres. J’avoue que ce temps m’a suffi. Puis le groupe se sépare au pied du grand escalier. Je fais alors le tour des jardins, je remonte au pied du temple, l’observant sous toutes les coutures. Un ton en dessous de la Pyramide de Khéops et du Taj Mahal. Une petite navette pour rentrer, un passage par un long hall rempli de vendeurs de souvenirs et me voilà dehors.
Évitant les quelques taxis, je me rends à pied à la gare routière par des petits chemins longeant les champs. Un monsieur s’acharne à faire des tas de terre, des enfants jouent au cerf volant fait maison. Dans le stade en plein air, un jeune m’épate à faire son entraînement de course sous ce soleil brûlant.
La gare se trouve près d’un marché, sale, odorant, encore d’un autre temps. J’y goûte l’Indonésie d’avant, les étals abîmés, les fruits, les légumes, en vrac et sans prix. J’aime ces endroits. À la toute petite gare routière, je trouve vite un petit bus Damri, direct pour le centre de Yogyakarta. Nous serons 3 passagers ! Climatisation trop forte, bien sûr, et bouchon jusqu’en ville. Le centre historique, tout propre et plutôt rutilant, m’apparaît agréable. Je le visiterai demain.
Je fonce passer la rivière pour enfin déjeuner-dîner dans un tout petit snack sous un pont, conseillé par un blogueur ayant vécu ici 8 mois. Franchement, je me demande au départ ce que je fais là. Trois jeunes filles dînent sur de petites tables, les jambes croisées, et rigolent lorsque j’essaye de me laver les mains dans l’évier sans eau (la patronne la fera couler bientôt). Je commande un poulet grillé, du riz, un thé glacé et un tempeh (sorte de beignet de soja). Au bord de l’eau, devant ma mini table, je passe un bon moment bien loin des touristes. La patronne ne comprend pas un mot d’anglais, mais je pense qu’elle comprendra ma satisfaction finale.

Le lien vers les PHOTOS du temple de Borobudur.
Le retour en bus sera assez long. En fait le système Trans Jogya est très bien fait. Avec l’application, on comprend très vite. Il m’aura fallu moins d’un jour. Je me retrouve sur une plateforme à attendre mon bus qui ne viendra pas, le dernier étant passé. Je suis à 2h40 à pied de mon lit ! Pas de panique. Un coup de Grab et un petit scooter vient me chercher pour 1€50. Grisant de se faire emporter dans le flux de la circulation. Les voitures, les motos, tout ce monde urbain se frôle et se croise. Pour sortir des parkings, il existe un « métier ». Un homme fait des bruits et agite une sorte de sabre laser pour faire arrêter la circulation, le temps que le client sorte. Un métier dangereux. À un feu rouge, un homme assez âgé gratte sa guitare devant des enceintes crachant un son trop saturé. Je ne sais pas s’il peut gagner trois sous comme ça. Dure vie.
Le spectacle est partout. Sur des tapis, des familles dînent, se reposent. La misère ne se voit pas, pas encore. Quelques petits vendeurs de rue respirent la précarité. Pas de mendiants. Rejetés au loin par la police ?
Une journée agréable, plus par l’atmosphère que par le site de Borobudur finalement. Valait-il les 29 €? Ne pas le voir m’aurait gêné. On se dit : « on ne sait jamais. Peut-être vais-je être transporté ? ». J’oublierai vite les 3 petits billets, il me restera quelques images de ce site de classe mondiale.
Je me sens déjà heureux dans ce pays. Comme supposé, je suis un poisson dans l’eau dans la peau du voyageur. J’aime cette vibration, cette vie débordante de l’Asie.
Soirée tranquille dans la maison assoupie. J’ai à peine le temps de croiser Jundan qu’il se couche déjà, après sa prière. Il n’est pas en vacances lui !
Yogyakarta, le centre historique
Encore une petite nuit : le (les muezzins), la famille, la fraîcheur(!), je me lève un peu en forçant pour profiter de ma matinée. Les musées fermant assez tôt en ville. Je commande un Grab et un conducteur sympa arrive dans les 5 minutes. Quel luxe ! Il sera très prolixe et curieux de la France. Je lui apprends à dire « Bonjour et merci ». Il fait de même dans sa langue. Je ressens le fossé qui nous sépare. Il est jeune, déjà avec une femme et deux enfants. Il écoute de la musique rock de groupes que j’ai eu la chance de voir en concert. Lui n’en a jamais eu l’occasion. Il conduit pour manger, me dit-il, et les concerts, les voyages ne font pas partie de sa vie. Il me demande mon âge et ne croit pas à mes 50 ans. Je ne les fais pas me dit-il en se retournant. « Vous devez être riche, me dit-il ». Les travailleurs à la dure marquent plus sur leurs visages, leurs mains, leurs postures. Certainement. Au loin l’inquiétante figure du volcan Merapi, l’un des plus actifs du monde, fumant sur un fond de ciel bleu.
Des halles avec des objets ouvragés en bois, des expositions sur la vie du sultan, sur les porcelaines. En fait l’ambiance vaut autant que ce que j’en tire comme connaissances. De cours en cours, je m’éloigne vite de l’entrée pour arriver au dernier palais, celui près de la grande place, où semblent s’ennuyer quelques joueurs du gamelan. J’avance, tant que l’on ne me dit pas que c’est interdit. Interdit par exemple de prendre en photo les joueurs de l’orchestre qui se reposent. Par contre pour les danseurs, surtout pour les plus jeunes, c’est un peu Cannes. Tout le monde veut avoir sa photo et les jeunes posent patiemment devant les flashs. Quelques rabatteurs tentent toujours de m’amener voir des ateliers de fabrication de marionnettes. Pas de grande émotion mais avant la fermeture, quand la plupart sont partis manger, l’endroit montre une sérénité agréable.

Le lien vers plus de PHOTOS du Kraton de Yogyakarta.
Je quitte l’endroit pour me rendre au Taman Sari par les voies secondaires, à la recherche d’une petite adresse qu’un habitant expatrié donne sur son blog. Je me perds un peu, avec plaisir. Éloigné des artères principales, je découvre la vie simple des habitants. Les enfants me saluent « Mister. », « Hello ». Un week-end dans la vie normale. Le petit snack où je mange ne paye pas de mine. La patronne ne parle pas anglais.

Le lien vers plus de PHOTOS du Taman Sari de Yogyakarta.
Le musée ferme tard, j’ai tout mon temps. Beaucoup de beaux objets : kriss, statuettes, batiks, bois sculptés. Bien présentés, bien éclairés et en nombre raisonnable, ce sont des objets qu’on observe. Beaucoup de jeunes. Un groupe s’approche de moi et me demande s’ils peuvent discuter, pour s’entraîner en anglais. Ils finiront même par me filmer, une des jeunes filles étant influenceuse. Quel accueil ! Le musée se comporte de deux bâtiments séparés par une petite cour. Encore des beaux habits, de la porcelaine, des masques et tout en haut, une exposition interactive avec casque de réalité virtuelle. Un côté un peu salle de jeux pour moi.
Je quitte le musée au soleil déclinant, le vent se levant toujours avec le changement brutal de température. Je vais suivre les conseils de mon blogueur local pour me retrouver dans des petites rues où on me salue encore et où je prends un réel plaisir à errer, sans aucune crainte. Je me retrouve devant une minuscule boutique de pâtisserie, les bakpiah. Encore chauds et fabriqués dans la maison de la dame, j’en prends deux boîtes. Ils ne parlent pas anglais et m’offrent même un gâteau en attendant qu’on se comprenne. Une adresse réputée mais confidentielle. Je termine dans un snack devant un super repas à moins de deux euros, boissons incluses. Quel plaisir de se régaler autant sans regarder la note ! Je prends ce que je veux, un peu au hasard, sans crainte. Encore une fois aucun touriste autour de moi. Je rentrerai en bus, cette fois sans problème de correspondance. Un étudiant voudra encore me parler, il s’appelle Zidane et étudie à l’Université Islamique d’Indonésie. Le gars part pour une soirée littéraire, un samedi soir ! Très curieux et flatté de parler à un Français. Encore un ! Pour finir, un petit tour en moto-taxi et me voilà de retour à la maison, encore vide ce soir.
De beaux endroits remplis d’histoire, mais une fois de plus, ce sont les gens et leur curiosité envers moi qui me marquent le plus. Je prends le rythme et me sens très à l’aise ici. Demain, je n’ai rien de prévu. Il va falloir bosser ce soir.
Jundan et sa femme rentrent tard. Nous partageons enfin autour d’une table. Très occupés, je n’ai pas eu vraiment le temps de les connaître. Elle aime la danse traditionnelle mais aussi la danse moderne. Lui ne souhaite pas trop qu’elle danse avec d’autres hommes. Elle est jolie il est vrai. Nous parlons de nos montagnes (ils n’ont jamais touché ni vu de la neige !), de nos rêves de voyages (l’Europe leur semble très éloignée, elle l’est), de mes projets des prochains jours. Demain leur fille prend des cours de langue maternelle très très tôt. Un dimanche ! L’heure du lit, je remonte dans mon antre en hauteur où je me sens très bien, comme dans un petit cocon.
Surakarta, l'autre ville royale
L’entrée officielle se trouve à une centaine de mètres plus loin. De l’agitation mais finalement la visite sera plutôt confidentielle. Première surprise, le prix de 25 000 passe à 60 000 pour les étrangers. Il faudra revoir les blogs. Avec ce prix, j’ai droit, comme tout le monde, à une visite guidée. On ne peut pas déambuler seul dans le palais du roi des rois. Cette visite sera le meilleur souvenir de ma journée. Deux jeunes filles en stage, qui souhaitent devenir guides plus tard s’avancent timidement vers moi pour m’annoncer qu’elles s’occuperont de moi. En fait je suis le seul touriste anglophone. Les autres groupes se composent de 10 voire plus d’individus. Moi, j’ai droit à mes deux guides en VIP. Franchement sans elles, la visite aurait été bien pauvre, rien n’étant écrit en anglais ici, sauf « Don’t touch ! ».
Je poursuis la faim au ventre vers le quartier des batiks : Kampoeng Batik Laweyan. Un endroit assez touristique, où les Indonésiens se prennent en photo tous les 20 mètres. L’endroit est joli mais trop touristique à mon goût. Je préfère décidément les marchés classiques. Propret, le quartier propose à de bons prix tous les batiks dont on peut rêver. Je passe mon chemin.
Je vais errer un moment un peu au hasard à la recherche d’un endroit pour manger. Le long d’une grosse avenue je finis dans un restaurant de miso japonais. Bon, mais vraiment trop épicé pour moi.
Je poursuis par un joli marché aux antiquités : Triwindu Antique Market. Deux étages genre marché aux puces. De tout, de la ferraille, de vieilles cassettes audios, des lampes, des vieilles télévisions… Pas sûr que ces objets trouvent preneurs autrement que pour de la décoration de film vintage. J’aurais bien acheté des cartes postales, mais je n’en ai pas trouvé. D’ailleurs y a-t-il une poste ici ? Les vendeurs dorment, sirotent des jus de fruits, les enfants jouent au football dans la rue et font hurler les alarmes des voitures gênantes.
Je traverse ensuite une très grande place (Alun-Alun), à l’image de celle de Yogyakarta : un grand carré, de l’herbe cette fois, pas de grilles, et des imposants arbres au milieu. Les enfants jouent avec des cerfs-volant faits maison alors que la brise du soir tombe sur la ville.
J’arrive vite vers le Benteng Bastenburg, fort colonial malheureusement non visitable. Je dis vite mais traverser une avenue s’avère bien souvent impossible ici. Les vagues de motos et de voiture ne cessent jamais. Quand une ouverture se crée, il faut foncer en serrant les fesses. Non loin, une gare routière en extérieur. Beaucoup de groupes de femmes qui consomment desserts et petits plats chaud. Très bonne ambiance. Atmosphère sereine et joyeuse d’un dimanche.
Je crois quand même quelques travailleurs peu à la fête. Le visage grillé par le soleil, épuisés près de leurs vélos ou derrière leurs petits stands, j’imagine les salaires bien maigres à la fin de la journée. Et moi qui gagne des milliers sans rien faire, en vacances. Injustice du lieu de naissance.
Il me reste à visiter le marché alimentaire de Pasar Gede. Je rentre dedans et ne peut éviter les regards amusés. Je fais vraiment tache au milieu de ces étals. Je croise deux rats gros comme des chats. Beaucoup de choses mangeables, des raisins, des gâteaux mais sans prix je n’ose pas encore trop me lancer. En tout cas, je me régale de ces ambiances et de ces produits inconnus.
Il me reste à rentrer tranquillement à la gare. Je parcours des avenues un peu désertes où quelques habitants font de la peine, semblant bien fatigués et tristes, traverse un parc où les enfants s’amusent sous le regard des parents. J’aime toujours ces dimanches simples dans la vie des gens. Un indispensable de chaque voyage. Juste les observer au repos dominical.
Je termine dans un nouveau bureau climatisé pour acheter mon billet. 1 heure d’attente confortable, comme le retour.
Je rentre un peu tard. J’ai le choix entre le bus ou avoir un dîner. Je choisis la seconde option. J’ai une adresse d’un petit stand d’une mamie faisant un très bon Nasi Goreng. Un dimanche soir à plus de 20 h, je n’y crois pas, mais j’essaye. Devant l’étal vide, je fonce vers ma seconde option, le meilleur gudeg de la ville, une spécialité, vers l’artère principale de Malioboro. Quelques beaux hôtels, pour moi sans âme, quelques autres un peu glauques, des touristes bien propres séjournant dans le quartier. Mon adresse est fermée, j’improvise là où je trouve de la lumière. Encore un bon repas. Un taxi me prendra devant le snack pour un retour dans mon lointain « village ».
Une belle journée, sans monuments exceptionnels, mais encore une fois riche en senteurs, en exploration urbaine et en belles petites rencontres.

Le lien vers plus de PHOTOS de Surakarta.
Un volcan très actif, le Merapi
Habitant à son pied je ne pouvais quand même pas l’éviter lors de ce voyage. Je n’ai pas vu Jundan hier soir, je manque donc cruellement d’informations pour organiser ma journée. Il m’a juste envoyé un lien vers un point de vue : Ekowisata Kali Talang, au bout d’une route à plus de 1100 mètres d’altitude. Je n’ai qu’un moyen de m’y rendre, le taxi. Je ne sais pas ce que je ferai là-haut ni après. L’improvisation. La route grimpe dur, la voiture peine. Paysages maraîchers, la terre fertile volcanique ayant toujours attiré les habitants, au prix d’un danger certain. Beaucoup de rizières et de cultivateurs le long des petites routes. De derrière ma fenêtre, je m’ébahis du spectacle, de ce volcan fumant qui se rapproche. 49 éruptions explosives entre 1548 et 2010, il est le plus dangereux d’Indonésie et fascine les plus téméraires.
Je me retrouve sur un petit parking encombré de scooters. Une petite cabane pour payer son entrée et quelques snacks. 5 000 roupies et me voilà en règle. Je serai le seul touriste occidental de la journée, du moins je n’en croiserai aucun.
Beaucoup de groupes de jeunes, en général non mixtes et quelques couples empruntent le sentier. Il consiste en 4 postes. Entre 1100 et 1400 mètres d’altitude. Quelques bancs et tables pour se reposer en chemin, une tour panoramique mais l’endroit reste très nature et vraiment agréable. Le sentier monte tranquillement. Les locaux, parfois en Crocs ou en sandales, glissent un peu sur le sentier très érodé, mais rien d’anormal. Comme toujours, on me salue « Mister, Mister » etc. La routine. Des singes dans les arbres, des rapaces dans les airs, des papillons et un tas d’oiseaux chanteurs. Je suis bien loin de chez moi. Je m’impressionne devant ces ravins où la lave et les nuées ardentes s’engouffrent. On dirait des rivières de sable noir, comme des canyons. La végétation au loin est dense et luxuriante. Une petite forêt tropicale de montagne. Aux abords du sentier, des locaux s’épuisent à couper des herbes grasses qu’ils transportent sur leurs motos, rendant le milieu végétal plus clairsemé. Je croise même une grand-mère toute petite écrasée sous deux énormes bûches ! Dure vie. Quelques feux aussi. Je me retrouve au point terminal. Le sentier continue, mais il est interdit depuis 2018, comme dans tout rayon de 4 kilomètres autour du sommet. Un peu frustrant tant j’aurais aimé monter plus haut, vers les forges de Sauron.
Ma descente faite, je m’arrête dans les petits stands de nourriture pour un Ayam Goreng, un poulet frit avec du riz, et un thé chaud. Très bon, pour 20 000 roupies.
Je souhaite ensuite aller à Kaliurang, à environ 3h15 de marche de là. Je me dis que je trouverai facilement des taxis en route. Erreur.
Quoi qu’il en soit, je pars confiant et enthousiaste. Vraiment hors de sentiers battus je me retrouve à traverser un village, désert, passant au milieu des étables, des champs de bambous et de quelques légumes. Les enfants croisés me saluent, les parents me regardent passer, sûrement surpris. Seuls les porteurs de bambous marchent ici sur la route. J’apprécie ce calme, ces visites de l’Indonésie profonde. Aucun stress, aucune inquiétude. Tout est si paisible. De retour en France, je lirai un énorme pavé sur l’histoire de l’indépendance du pays, sur les massacres, la peur, les exactions, néerlandaises ou japonaises, voire indonésiennes. Je n’imaginais pas la vie, la peur, les injustices que durent subir les civils et les combattants dans un passé pas si lointain. Le temps lave le sang et étouffe les cris. Ne pas oublier l’horreur.
Je vais alors errer en redescendant, au gré de mes humeurs. Je croise des jeunes jouant au volley. Je les trouve très bons. Cela smashe de partout et les balles reviennent !
Quelques beaux hôtels apparemment sans clients, une mosquée, des maisons secondaires vidées. Un bon choix de venir un lundi soir, à la nuit tombée.
Une fois dehors, sur une petite place à peine éclairée, désertée, je me dis qu’il faut rentrer en espérant trouver un taxi. Au deuxième essai, l’un d’eux m’accepte. Je me dis que sans smartphone, je ne sais comment j’aurais organisé cette journée. Entre les routes tortueuses que j’ai empruntées et les services de Grab pour me conduire, comment aurais-je fait ? Je n’y serais pas allé, simplement. Quelle liberté de se dire que je peux me déplacer et rentrer de presque partout, sans bus ni train.
De retour dans la maison encore vide, je savoure, les fenêtres ouvertes, écoutant les insectes chanter, dans la douceur de ces soirées d’Asie.

Le lien vers plus de PHOTOS du volcan Merapi et de Kaliurang.
Les temples de Prambanan, au coeur de l'hindouisme indonésien
Encore un réveil très matinal. Le muezzin à 4h30, la scie circulaire à 7 h, l’impression que tout le monde se lève et se couche avec le soleil dans ma maison. Je rentre à 18 h ou 21 h, je ne vois personne. Mais bon, je suis en vacances, je ne me plains pas. Je devrais peut-être poliment m’adapter à leur rythme, mais je ne le fais pas.
Je pars ce matin en taxi pour le temple de Plaosan, à une vingtaine de minutes de ma maison. Paysages plats, rizières, école (enfants s’entraînant à marcher au pas). Ma journée marathon de temples commence au chaud. Le Merapi se voile de nuages mais le soleil tape vraiment.
J’ai beaucoup de temps devant moi aujourd’hui. La plupart des voyageurs ne restent pas une journée entière sur Prambanan. Alors je savoure.
Temple bouddhique du IXᵉ siècle, constitué de beaucoup de tas de pierres autour de deux édifices principaux. Je paye 50 000 roupies et ne reçois pas de ticket. Où va l’argent ? J’aimerais tracer nos billets. Je me faufile dans les allées, observe les détails des sculptures, le tout sans passion. Je ne sais pas quel pourcentage de voyageurs regarde vraiment ces temples. Avec un guide, on fait l’effort, on regarde où il pointe le doigt. Sans guide, je n’apprends rien. Je vois des bouddhas, ou des Shiva, des éléphants, des Vishnu, mais cela ne m’intéresse pas vraiment. Je mise plus sur l’architecture globale, sur le pouvoir onirique. Alors je m’isole, bien qu’il n’y ait sur site que quelques visiteurs. Je m’assieds dans un coin d’ombre et attends l’émotion. Je me force un peu à savourer devant tant de travail et de maîtrise dans l’art de tailler la pierre. Le problème ? Les escaliers et les portes. Dès qu’un groupe d’Indonésien·e·s s’en empare, ils ne le lâchent plus. Toutes poses possibles, sauts, jeux de bouches… Quel cirque ! On dirait qu’ils ne viennent que pour ça, pour faire des mimiques devant un objectif, le dos tourné aux œuvres. Tellement que dans le temple de Prambanan, pour le temple de Shiva, un panneau interdit les photographies dans l’escalier. Ce serait ingérable.
Depuis ce temple, une bonne mise en bouche, je décide de partir un peu au hasard vers d’autres sites plus éloignés, vus sur la carte.
Je rentre alors par de toutes petites routes bien isolées où je ne croise que quelques locaux me saluant.
J’arrive au Studio Alam Sitem Dawangsari, (voir photo ci-contre) quelques jolies petites maisons traditionnelles malheureusement à l’abandon. Lieu très photogénique, genre décors de cinéma.
Au loin en ville, s’élèvent les temples de Prambanan, but de mon excursion.
Ma descente m’amène au bord de la rivière où je déjeunerai dans une salle, encore seul, d’un bon buffet tiède et d’un thé glacé. Que j’aime ces haltes, toujours surprenantes ! Manger en Indonésie est un bonheur. On s’assoit, les restaurateurs semblent la plupart du temps amusés ou fiers de recevoir un étranger. Et alors il faut choisir, sans se comprendre, en montrant du doigt. Et depuis le début, le résultat est toujours bon.
Je poursuis vers le temple de Sojiwan. Payant, mais comme j’ai fait le tour de très près, je ne vois pas l’intérêt d’en faire plus. Passons.
Comme à Borobudur, classé à l’Unesco, on sent qu’on arrive dans un site majeur, à la taille du parking, et au nombre d’employés. Une bouteille d’eau pour faire passer le prix exorbitant, à l’échelle locale, de 400 000 roupies. Je rappelle que je mange pour 15-30 000 et que les taxis me coûtent entre 15 et 200 000 pour les longues distances.
A mon habitude, je prends la tangente et fausse compagnie au flot de touristes dès l’entrée passée. Je longe le grand parc plein ouest et contourne les temples. Je me retrouve alors avec de très belles vues, sans personne. De loin, le site impressionne. Il est même je trouve plus intéressant à voir qu’à visiter.
Je file vers le Candi Sewu, tout au nord du complexe. Temple hindouiste du VIII et IXᵉ siècle. Encore des tas de pierres, et de gros temples bien entretenus au centre. Déambuler, monter les escaliers, aller voir les pièces vides, faire la bonne photo. Voilà le programme. Que faire d’autre ? Je trouve le site agréable, mais sans passion.
Le temple suivant est bouddhique, plus modeste, Candi Bubrah. Le suivant, hindouiste Candi Lumbung. A part les divinités, qui voit une différence ?
J’arrive enfin au site de plus grande importance, les trois temples dédiés à Vishnu, à Brama et à Shiva, le plus grand des trois. Là, difficile d’éviter la foule. Il y a du monde et le spectacle me désole encore une fois. Le selfie à outrance, le défilé à la queue-leu-leu… J’arrive néanmoins, de brefs instants, à avoir un instant le site brut, sans touristes dans mon champ de vision. Mais il faut ruser. Les trois divinités reposent au centre des temples, dans des pièces très sombres car non éclairés, les guides s’en chargent.
Bon, comme à Borobudur, je suis impressionné par le site mais pas ému. La foule et mon peu d’attrait pour la religion entrent en compte, à l’évidence.
Je vais ensuite traîner sur les abords du site, loin de tout le monde, jusqu’à que le gardien et son sifflet m’annoncent que le site ferme. Lentement, tout le monde quitte les temples qui redeviendront magiques la nuit venue.

Le lien vers plus de PHOTOS des temples de Prambanan.
Je descends à Malioboro, l’avenue commerçante, croise mes pairs un instant, puis je disparais dans les petites ruelles pour dîner sous une bâche et sur un trottoir chez madame yoyok, d’un délicieux baksmi goreng. Là je respire ! Je poursuis un peu alors ma quête d’authenticité et de simplicité dans de minuscules rues non éclairées (voir photo ci-dessus), où je ne me sens pourtant pas du tout en insécurité. Je remarque que dans cette ville, on trouve de quoi manger tout les 50 mètres, c’est hallucinant. Des micros épiceries, des stands de rue à roulettes, une vraie différence culturelle.
Il me reste à prendre un bus, à ne pas trouver de correspondance après 20 h 30 et donc à rentrer en moto taxi, ce qui me procure un rare plaisir, à fond dans le flux de scooters, humant les odeurs de cuisine et observant toutes les façades colorées.
D’ailleurs, je ne trouve pas ici ces boutiques misérables d’Inde ou d’Égypte, ces gens loqueteux dans les rues. La misère recule-t-elle ? Elle prend peut-être une autre forme. Je trouve le pays assez propre et ordonné, finalement. À voir dans d’autres villes moins chics que Yogyakarta. Jakarta me fera durement changer d’avis.

Le lien vers plus de PHOTOS de Yogyakarta.
Bawen et les temples de Gedongsongo
Je quitte ce matin ma retraite de Yogyakarta, saluant Jundan et sa femme au petit matin, vite assis dans mon taxi m’amenant pour la gare routière de Jombor. Très calme pour une si grande ville, un peu déserte même. Une petite table et une dame assise derrière. Une pancarte « informasi ». Les guichets traditionnels, semblent fermés. Une mode du dématérialisé qui me rebute. On me trouve vite un bus pour Bawen, le ticket acheté à une dame qui circule avec son carnet. Le bus, confortable, est au 3/4 vide. Seul touriste à bord. Ce que j’apprécie dans les transports en commun indonésiens : la musique ! Un peu comme aux Philippines, ils adorent les hits américains. Là ce sera Aérosmith, plutôt les ballades d’ailleurs. Pas trop fort, du rock, que vouloir de mieux. J’apprends aussi à l’instant la mort du Prince des Ténèbres. Ozzy n’est plus. Une légende s’en va. De Birmingham en plus. J’irai un jour fleurir sa tombe.
Je me fais déposer au terminal de Bawen. Amine, sera mon hôte du soir. Il vient me chercher en scooter, m’amène vite au premier restaurant du coin et tient à m’offrir le repas. Un bon buffet où je prends des forces pour la journée. Il est membre responsable de Servas, un réseau d’amitié mondial et me loge en tant que Couchsurfeur. Il a ainsi pu aller en France, frais payés par cette organisation, à Paris et à Dijon. Il y repart en octobre et me pose justement un tas de questions sur la façon de s’habiller, sur le nombre de pantalons à prendre, sur le climat, etc. Il trouve mon sac bien léger… Je le trouve convenable, voire lourd. Thierry lui aura un sac vraiment léger.
Il me loge dans sa guest house et me conseille sur les endroits à visiter dans le secteur. En bref : un musée du rail, un lac qui n’a pas l’air terrible et de beaux temples au pied de la montagne. J’en ai vu un tas hier, mais je persiste. Cela s’avérera un bon choix.
D
Très calme en ce jour de semaine. Je passe devant plusieurs étals vides. Je pense que le week-end doit être chargé et populaire. Il reste quelques vendeurs d’eau , de gâteaux le long du chemin. En fond sonore, du gamelan au loin, parfois des chants religieux. À l’écart du chemin, une petite statue hindoue d’Hanuman.
Les temples se succèdent, je vais y passer l’après-midi, tranquillement. Clou du spectacle, des sources sulfureuses. Du sol montent des vapeurs de sulfure d’hydrogène. Panaches de nuages, odeurs fortes d’œufs pourris, résurgence d’eau bouillante… Là je me sens sur une île volcanique. L’eau chaude, captée, alimente une petite piscine aux eaux laiteuses. Quelques jeunes et un prix d’entrée à 5 000 roupies. Ils m’invitent à venir, me disant qu’elle est très chaude et thérapeutique. Je veux bien les croire. Un endroit bien loin des sources d’Islande hors de prix. Les deux derniers temples, où je suis tout seul, valent bien en émotion ceux de Prambanan. Encore une fois la même conclusion. Le modeste hors des foules vaut souvent mieux que l’excellence partagée. Je passe une très belle journée, alors que mes voisins d’hier, sont peut-être déjà au Bromo ou vers Bali. La descente se fait au milieu de plantation de fleurs et de riz en terrasses. Je reste jusqu’à la fermeture. Devant l’entrée du site, des jeunes en couples, un micro et une sorte de cérémonie que je ne comprends pas. Je n’ai plus grand-chose à faire, alors je marche. Toujours un spectacle ici. On me salue, on s’arrête, rien n’est monotone le long d’une route indonésienne. Je finis par rentrer en moto taxi, bien qu’atteint d’un fort rhume. Je trouve un très bon boui-boui où un jeune gars me fait mon plat de nouilles sautée en un temps record. Un thé chaud, un très bon plat, une ambiance authentique, en bord de route, pour 18 000 roupies. Le bonheur. Je rentre en titubant, malade, mais heureux d’être pleinement dans mon voyage, pour l’instant sans accroc.
Je me couche tôt, demain mon hôte Amine veut me réveiller à 7 h pour aller marcher ! Coup de téléphone avec Thierry, rendez-vous demain soir à Jepara, prêt pour les îles.

Le lien vers plus de PHOTOS Bawen et des temples de Gedongsongo.
Jepara, port vers les îles de Karimunjawa
Nuit un peu courte avec le bruit de la cascade à poisson dans le couloir, les cris du cacatoès de 40 ans, la lumière vive et les bruits de la rue. Amine travaillait aux douanes et ils récupéraient beaucoup d’oiseaux exotiques de Papouasie. Malgré ma fatigue je ne me repose pas complètement. Un peu avant 7 h, il tape à ma porte et me laisse mon petit déjeuner : riz bouilli, nouilles frites, œufs et un café turc bien épais. A 7h30, nous partons en promenade, lui pieds nus. De beaux paysages au-delà de la rue : nous ferons 6 fois le grand tour du marché ! Amine est diabétique et son docteur lui conseille de l’exercice matinal. Nous croisons les locaux, curieux de voir leur voisin marcher avec un Mister. Je l’aide dans la matinée à préparer son voyage en France (RER B, Châtelet, carte esim, nombre de pantalons…).
Je quitte mon hôte pour la gare routière bien vide de Bawen (voir photo ci-dessus), y trouve vite un bus tout confort et direct pour Jepara. Une heure d’attente dans le calme. Pas un touriste. Bien loin de l’agitation des gares sud ou centre américaines.
Le paysage défile, Oasis et Coldplay en fond sonore. Succession de petites villes, de boutiques mais pas vraiment de campagne. Nous contournons Semarang, la grosse ville portuaire. Abords peu attrayants de lagunes, de parc à élevage de poissons. Dans les canaux je vois des jeunes hommes plonger et racler le fond à la recherche de je-ne-sais-quoi. Des objets précieux ramenés par les égouts de la ville ? Travail peu ragoûtant. Le bus me laisse à la gare routière de Jepara où Thierry me rejoint bientôt. À l’heure du portable, les retrouvailles sont moins exotiques. Nous savons exactement où est l’autre. Temps lointain du Bénin, de l’Équateur et de la Malaisie, de l’inconnu et des rendez-vous incertains.
Nous passons ensuite la soirée à errer en ville, mangeant nos bonnes nouilles frites, répondant aux enfants et aux bonjours des curieux. La place centrale de la ville (voir photo ci-dessus) sera très agréable. Un chanteur folk assure l’ambiance romantique. Des couples, des enfants qui s’amusent, des cerfs-volants, des lumières. Je trouve l’atmosphère très reposante, saine et dépaysante. La place est dallée, les jeunes s’en servent de patinoire, des lumières aux patins. Le centre, herbeux, accueille les joueurs de football.
Beaucoup de stands de rue, je me sers un jus de mandarine bien sucré, ambiance surprenante pour un jeudi soir.
Retour à notre hôtel finalement cracra. Puces de lit ? Taches de lit et oreillers gris de crasse. La nuit sera courte, le ferry n'attend pas.

Le lien vers plus de PHOTOS de Jepara.
Les îles karimunjawa
Arrivée et installation chez Mister cool
Réveil à 5H20. La ville s’anime déjà, il fait presque jour et bon. Les horaires indonésiens sont vraiment décalés vers le matin, nous devons nous y faire.
Un petit tour en taxi et nous voici à l’embarcadère des ferrys. Nous payons une première taxe de 1 000 roupies, on ne sait pas trop pourquoi. Nous rejoignons notre intermédiaire à qui nous donnons l’argent pour qu’il s’occupe des billets. 150 000 roupies chacun. Beaucoup de monde, surtout des jeunes, et des places vite prises. Le ferry, modeste, n’est pas vraiment neuf ni très confortable. 6H45, nous quittons le port de Jepara. Certains dorment sur le sol, d’autres sur leur siège, la traversée se fait sans encombre. Je note la porte de secours ballante donnant directement accès à la mer ! Je m’amuse à penser à une valise à roulette chutant sur un coup de tangage. Le ferry avance très lentement, nous arrivons vers 11 h 45, un peu en même temps que le ferry express. Beaucoup d’animation, forcément, pour le débarquement. Les touristes sont attendus, pour payer la taxe d’entrée dans le parc national, par leurs hôtels et les taxis.
De l’eau claire, des collines bien boisées et un soleil de plomb.
Nous marchons avec nos sacs, sûrement les seuls sur l’île à le faire, le long de la route principale. En fait, pas vraiment d’accès à la mer mais plutôt des parcs aquatiques, pour les crevettes peut-être, et une vue bouchée. Loin des sentiers du littoral auxquels je suis habitué. Quelques touristes nous doublent en scooter. Un jeune français s’arrête même pour nous aider. Il nous parle d’hôtel avec piscine à débordement, du bar où tout le monde se retrouve le soir au port… Pas vraiment notre trip.
Nous patientons longtemps avant que notre chambre soit prête, en sueur et fatigués. Une fois en possession des clés Thierry essaye la douche, le système lui reste dans les mains et un torrent d’eau inonde la salle de bains. Panique à bord. Mister Cool bouche simplement l’arrivée d’eau ! Il nous restera la douche à l’ancienne.
Nous prendrons un petit verre devant les loueurs de jetski, suivis par des drones. Le XXIᵉ siècle. Cela reste bon enfant et se vide, en partie, dès que la nuit tombe. Faire tout ce trajet pour un coucher de soleil, on en rigole avec Thierry. Autant rester en Gironde, ils sont aussi beaux.
Ce soir, repas de poissons locaux au bouillon dans notre homestay (voir photo ci-dessus) , seuls avec les chats mendiants nos restes. Belle atmosphère, isolés, et au calme, sous une lumière pâle. Avant que la mosquée ne se réveille…
Nous devons nous reposer. Demain, petit déjeuner à 7 h.
Ascension de la montagne aux serpents, snorkeling, soleil et scooters
Après notre petit déjeuner de riz et d’œufs, accompagnés de nos chats quémandeurs, nous partons à pied vers le nord. Le début du sentier se trouve à quelques minutes, depuis une décharge (voir photo ci-contre) .
Un peu avant 15 h nous décidons de partir au port pour louer un scooter, l’autre gars sur les réseaux n’étant pas fiable.
Nous essayons le stop. Un scorpion passe entre nos jambes. Un scooter s’arrête vite. Un homme et son fils, tout mouillés, revenant de la plage. Il peut en prendre un de nous deux. Rapidement, il arrête un autre gars qui passe et nous voilà en route pour le port à quelques kilomètres de là. En route, ils discutent entre eux et se mettent d’accord sur l’endroit où ils nous mèneront, leur ayant exprimé notre souhait de louer une monture. Très aimablement et sans nous demander d’argent, nous nous retrouvons chez une de leurs connaissances. Nous aurons un prix bien meilleur que celui proposé en ligne. Vraiment agréable. Dans des tas d’autres pays, ce genre de situation aurait mené à des embrouilles, à des bakchichs.
Nous voilà en route sur deux roues. Nous ne savons pas où manger. Pas de problème, le gars du scooter nous amène quelques mètres plus loin dans un snack ouvert à cette heure-ci. On s’y gave de nouilles, d’œufs et de jus de citron glacé.
Après ce repas réconfortant, nous partons explorer avec notre nouvelle monture la partie est de l’île vers la plage de Pantai Legon. Nous quittons la ville en passant devant quelques logements bien touristique, vues sur Google ou Booking. En fait il y a tant d’autres endroits pour dormir plus authentiques. Notre lieu de séjour par exemple n’est fréquenté que par des Indonésiens depuis que l’on y est. Et en soirée, dans les snacks autours, le long de la plage, idem. Un privilège d’être à l’écart et totalement inclus dans une population étrangère.
La partie est de l’île nous plaît. Est-ce la sensation de liberté avec notre nouvelle façon de nous déplacer ? Un peu, mais aussi les paysages très verts, plus denses et l’absence de bassins d’élevage. Petit arrêt à Bobby’s Beach. Les tortues viennent y pondre. Sable blanc tamisé et nettoyé, balançoire et autre cahutes pour photos Instagram. Entrée payante, prix modeste. Mais comme on voit tout de la route, cela nous suffit. Des singes s’amusent autour de nous dans les cocotiers. Ambiance exotique assurée. Les montées et les descentes se succèdent. Nous croisons quelques personnes mais la foule se presse sur la côte ouest pour le coucher du Soleil. Ici nous sommes tranquilles.
Nous passerons la soirée attablés au bord de l’eau dans un petit snack le long de la route, bien rempli ce samedi soir, à déguster un poulet grillé entouré de locaux, hommes, femmes et chat quémandeur. Atmosphère très dépaysante. Grand bonheur.
Au-dessus de nous en rentrant, un ciel magnifique de l’hémisphère sud. Je ne reconnais rien. Encore une bonne chose.
Escapade en scooter à la découverte de l'île de Kemujan
Nous commençons par prendre notre petit déjeuner dans un des 3 petits snacks coincés entre route et plage à quelques minutes de notre logement. Un café et un pain brioché à l’arôme très artificiel de banane suffiront. Petite table face à la mer, devant les bateaux de pêches à l’amarre. Super atmosphère et comme toujours des gens très sympathiques.
Au pied de la mosquée Kamulyan, une route monte sévèrement vers un lieu de pèlerinage. Sur un petit parking, deux ou trois voitures remplies de femmes voilées qui en reviennent. Nous marchons quelques mètres et atteignons une tombe d’un acteur important de l’Islam. Son arbre généalogique l’expose. Un employé s’applique à maintenir parfaitement propre la dalle et les alentours de la sépulture. Pour nous, simple curiosité.
Nous poursuivons la route principale en direction d’un terminus, proche d’Alano Beach. Nous préférons aborder cette plage par ses abords, plutôt que frontalement. Le contraste nous saisit. En une rangée de végétaux, la propreté apparaît. Ces plages, souvent payantes, nettoyées et chouchoutées ne sont pas la réalité. La réalité : des déchets et encore des déchets. La carte postale, quoique réelle, n’est plus qu’artificielle. Elle a existé mais n’existe plus dans la nature. Qu’un voyageur arrive à l’aéroport, monte dans un taxi aux vitres fumées et se fasse déposer sur une de ces plages, ou îles privées, et il pourra témoigner avec conviction de la propreté des lieux. Nous savons qu’il n’en est rien. Marchez un pas de côté et vous comprendrez. Je comprends maintenant les plages payantes. Il faut bien nettoyer, arranger, ratisser et cela a un coût. Nous en sommes arrivés là. Devoir nettoyer des petits bouts de plage sur des îles exotiques du bout du monde. Les dizaines de millions d’habitants de Java se ressentent aussi dans ces dégâts environnementaux. De belles mosquées partout mais pas d’eau potable, d’où une pollution plastique démente, et quid du recyclage des déchets ? Il semble bien maigre encore devant la montagne à grignoter.
Quelques petits snacks endormis, personne en ce dimanche matin. Nous laissons le scooter et finissons à pied vers Kumloco Beach par une petite piste sableuse. Nous arrivons au pied d’un mausolée islamique mais surtout dans une sorte de vieux centre de vacances de plage désaffecté. Un petit village des Bronzés en déshérence. Une ou deux paillotes en piteux états, balançoires, déchets plastiques. Le site demeure très beau et il ne faudra pas grand-chose pour tout nettoyer et rendre du cachet à cet endroit.
De nouveau sur notre scooter, nous parcourons ensuite un joli paysage de rizières, très typé pour nous occidentaux. Parcourir, sans casque, de tels paysages sous le soleil, sans touristes (nous en verrons 5 de la journée, en une seule fournée) m’enchante.
Passage d’un petit pont et nous voilà sur l’île de Kemujan, en approche de la mangrove. Des panneaux nous avertissements : attention à la traversée des serpents et des lézards ! J’en ai vu un énorme ce matin, genre varan. Le jeune Isnu de notre guest house nous dira les attraper pour les faire griller au barbecue !
Nous poursuivons plein nord, longeant la piste de l’aéroport (scooter à fond, piste…Tom Cruise bien sûr). Cette île se montre moins verte que celle de Karimun, plus plate aussi. Les habitants vivent ici essentiellement de la pêche. Les maisons sont plutôt belles, on ne ressent vraiment pas la pauvreté. Attention ! On reste loin des maisons bourgeoises et des jardins privés et grillagés. Les gens, ce dimanche, se reposent devant leur porte, font la sieste. Les enfants font du vélo, du football, du cerf-volant et toujours nous saluent. Quel plaisir de parcourir ces endroits !
Cul-de-sac avec pêcheur dans la mangrove.
Retour le long de l’aéroport où nous découvrons un autre ponton. Personne sauf quelques pêcheurs locaux se préparant à sortir.
Encore des plages, Pantai Batu Putih, quelconque, Pantai Barracuda, aménagées pour des resorts trop classieux pour nous. Nous nous y ennuierions.
Un peu d’essence dans le moteur et nous rentrons fatigués à notre guest house.
Nous réservons pour demain un bateau privé pour du snorkeling et partons dîner d’un très bon et copieux repas sur notre habituel snack de plage. Quel plaisir de passer notre séjour dans ce petit coin de l’île entourés de locaux, uniquement ! Les enfants étudient le Coran à l’école du soir, les grands chantent à l’heure de la prière. Un endroit qui semblait un peu triste lors de notre arrivée et qui s’avère au final très attachant, voire addictif. Ciel étoilé intense.
Un goût de paradis du sable et des palmes
À trop traîner dans le lit, nous risquons de manquer le départ de notre bateau, à 9 h. Mais comme nous sommes les seuls clients de ce voyage privé, je ne m’inquiète pas trop. Nous fonçons prendre un café et quelques biscuits au petit snack en bord de route, non loin de l’école, puis il est temps d’embarquer avec Isnu, notre jeune guide, et notre capitaine, Mister Pool, d’après Mister Cool.
Quel plaisir et quel luxe de démarrer depuis le ponton devant notre chambre avec une équipe locale et sympathique ! Essai de palmes, et nous voilà assis sous notre toile sombre, prêt à affronter la mer dans notre bateau typiquement javanais, très fin avec l’avant recourbé vers le haut.
Au son du moteur diesel, nous fonçons vers l’île de Pulau Kecil. Environ 30 minutes de navigation exaltante bien que chaotique avec un peu de roulis et de tangage. Notre capitaine plonge pour attacher l’ancre sans abîmer des coraux puis vient notre tour. Rien à voir avec mes premières baignades. Là c’est enfin du snorkeling digne de ce nom. L’eau n’est pas aussi claire qu’à Ras Mohamed en Mer Rouge ou qu’aux Philippines, les poissons ne seront pas très gros, mais nous allons nous régaler quand même du spectacle. Anémones, poissons-clowns, énormes oursins, coraux ventrus, plats, rouges, bleus… Je ne peux nommer ce que je vois mais le plaisir s’en moque. Ma caméra en main, je plonge, suis les poissons et replonge. La profondeur n’est pas très importante et on peut facilement se laisser dériver à la surface le nez dans l’eau pour déjà s’amuser.
Une fois remontés nous partons accoster sur l’île de Kecil. L’arrivée est incroyable avec une eau turquoise fluorescente. Un sable blanc intense, un soleil haut et des images d’une beauté rare. Je me crois en Polynésie. « This is Indonesia » me lance tout fier Isnu.
L’île est tout petite, propre et bien nettoyée sur les bords, un peu moins dans la partie centrale, végétale. Un employé semble être là comme gardien, à la journée. Quelques tables et des cocotiers. Une seule famille présente. Nous nous extasions avec Thierry de la beauté du lieu. Les îles au loin, le sable fin et pur, l’eau incroyable, la végétation, tout est sublime et quasi exclusif. Nous nous baignons en savourant ce plaisir rare. Des journées comme celle-là, je les compte dans une vie.
Notre équipage fait griller au barbecue les poissons pêchés depuis le bateau. Isnu nous met un peu de musique (Bob Marley), et nous sert une table de roi dans ces conditions. Ananas, melon, riz et poissons, sorte de chips, jus de fruit frais. Le bonheur.
Bientôt un troisième bateau accoste. Une petite famille. Tout se passe dans le calme, l’atmosphère reste magique.
Nous poursuivons ensuite vers un autre spot près de Cemara Besar, une île un poil plus grande et plus au nord. Le spot est encore plus merveilleux que le premier. Avec une bouteille de riz nous attirons les poissons et ils arrivent de partout. En fait c’est un véritable aquarium. Des couleurs, de la diversité, des différentes formes de coraux. Du bleu intense au rouge. Je repère une sorte de murène, des poissons magnifiques qui nous suivent même parfois. On n’arrête pas de plonger, jusqu’à la fatigue et la sensation de froid. Quel pied !
On poursuit ensuite vers l’île, amarrant le bateau sur un banc de sable non loin. Nous finirons à pied, de l’eau jusqu’aux cuisses dans une ambiance Pirates des Caraïbes. En cette fin d’après-midi, l’île est déserte. Quelques tables encore mais un peu plus de constructions, modestes quand même. On reste sur une île très sauvage. Toute petite, on peut en faire le tour en nageant pour sûr.
Il est temps de rentrer, le capitaine craint d’échouer le bateau sur le banc.
Nous laissons nos deux guides sympathiques à l’auberge. Chez eux, chez nous, tout est au même endroit, pratique.
Nous mangerons à notre snack habituel. On commence à nous connaître ici, et à nous saluer de façon de plus en plus amicale. Une semaine ici et sûr qu’on nous invite à discuter dans les maisons.
Demain très tôt nous quitterons ce petit endroit. Et dire qu’en y arrivant, avec nos sacs et épuisés, nous avions trouvé le coin peu folichon. Erreur de la première impression. Il nous a tout offert, la montagne, les plages, les rencontres avec les locaux, de la bonne nourriture, une sortie exclusive en mer. La chance, le destin, notre instinct ? Je repars enchanté de mon séjour dans l’archipel des Karimunjawa.

Le lien vers plus de PHOTOS des merveilleuses îles Karimunjawa.
Long transfert vers Bandung
Nous filons en scooter au port rendre notre monture. La propriétaire fume sa cigarette tranquillement dehors. Le plein, pas le plein, l’état du véhicule, peu importe. Tout est vraiment facile dans ce système de location. Nous finissons à pied pour rejoindre le ferry. L’office vendant les tickets brille par sa discrétion. Deux petits trous trop bas pour nous et deux personnes derrière qu’on aperçoit à peine. Montrer les passeports, payer la taxe portuaire et les 162 000 roupies pour le siège VIP. 6 h 10 : nous sommes dans le bateau, encore calme. La salle VIP offre des sièges inclinables et confortables, de la climatisation et des Hollandais, en nombre. Je n’apprécie pas ces moments de tangence avec nos confrères touristes. Mais nos routes divergeront aussi vite qu’elles se sont rapprochées. Traversée avec un peu de roulis mais assez reposante, tout le monde dormant autour de moi. Les 5 h passeront assez vite.
La gare routière de Jepara sommeille. Quelques box où des dames s’ennuient et vendent aussi des billets. Nous allons opter pour un bus en direction de Bandung, l’option Semarang et train n’étant pas plus rapide. Juste attendre 2 bonnes heures, dans ce quartier du marché peu engageant. On achète des bananes, on achète du cappuccino Good Day, récoltant à chaque fois des sourires. Ce n’est pas rien. Calme incroyable dans cette gare vide.
Notre premier bus pour Kundus sera assez luxueux avec 3 rangées et sièges bien épais. Kundus n’est qu’à 40 kilomètres de là, mais que le trajet sera long. En fait, sur les 11 h globales, 4 heures seront utilisées pour arriver à Semarang et vraiment commencer à rouler. Notre bus s’arrête, charge des paquets, fait le plein d’essence, recharge… On n’avance pas.
Le second bus sera plus modeste. 4 rangées, mais de très bon sièges inclinables presque à l’horizontale. Derrière nous, un couple limite tuberculeux, toussant grassement. Ils toussent en plus sur nos couvertures. Je changerai la mienne discrètement. Mon voisin passe son temps sur Tik Tok à s’abrutir. Il trouvera très bon les infâmes snacks qu’on nous propose (voir photo ci-contre) . De l’eau, OK, des petites tortillas chips, OK mais les soufflés arôme noix de coco et guimauve, infâmes. Je me force pour ne pas jeter, Thierry n’y arrive pas. Le jeune élevé à Tik Tok les trouve lui délicieux.
Puis commence la nuit, je vais dormir presque 4 heures ! « Bandung, Bandung » annonce l’employé du bus. Nous émergeons à peine de nos songes. Se préparer à sortir sans rien laisser, là se font les erreurs.
Nous nous retrouvons à 1 h 30 du matin en bord d’une route inconnue à la recherche d’un endroit où dormir. Google et hop on avance. La première adresse, fermée, la seconde, on tape au portail. Un jeune vient ouvrir. Il réveille son père, qui cherche sur son ordinateur. Nous n’avons rien réservé, il finit par comprendre. Un coup d’œil sur les chambres et nous voilà au lit dans une petite chambre quasiment sans fenêtre mais qui fera l’affaire pour cette nuit.
Une longue journée, pour rejoindre Bandung, dans l’ouest de Java, depuis Karimunjawa. Prévu et finalement, pas si terrible.
Vers le volcan Gede dans le parc national de Gede Pangrango
Je réserve un taxi Grab pour aller en direction de Cibodas. 90 km et trop de temps de liaison en bus. En voiture, ce sera long, mais plus confortable, pour une vingtaine d’euros.
Je note la conduite osée du chauffeur. Pas du tout agressif mais toute en reprise et n’hésitant pas à doubler là où je n’oserais jamais me glisser.
Nous passons beaucoup de temps à sortir de Bandung, nous rejoignons Cianjur, montons un col, traversons Cipanas avant de monter vers Cibodas.
Pas de beaux paysages, juste des routes, des bâtiments, comme si la ville ne s’arrêtait jamais. Un peu de rizières mais sur quelques minutes seulement. Le reste du temps, des camions, de la pollution, du trafic, incessant.
A Cipanas, de pauvres gens font ce qu’ils peuvent pour gagner trois sous dans les ralentissements. Des jeunes, déguisés en peluche, chantent et dansent devant les conducteurs majoritairement indifférents. La misère des feux rouges.
Se renseignant sur notre randonnée du lendemain, nous commençons à déchanter. Un permis, des frais, s’inscrire en ligne. Tout le monde nous dit la même chose : il faut un permis de deux jours même pour un seul jour. Nous n’avons rien et espérons pouvoir débloquer la situation le lendemain. L’idée du sommet s’éloigne. L’endroit, très couru, nécessite un système de quota et de régulation assez sévère. Nous n’étions pas au courant, naïfs comme au pied de nos montagnes pyrénéennes.
Achat de bananes séchées où plutôt fumées, de portions de riz ou de quelques galettes frites pour le lendemain. Petit repas en contrebas du camp de base dans une modeste épicerie, nourrie par la dame d’à côté d’un bon nasi goreng.
Soirée un peu perplexe devant la pluie qui tombe et notre sommet très incertain du lendemain.
J’aime pourtant l’ambiance de cet endroit. Calme, à moitié désert en semaine, avec des randonneurs, des guides, des porteurs et des échoppes pour se nourrir. Un village camp de base, je ne connaissais pas ce qualificatif.
Ascension du volcan Gede
Finalement, nous l’avons fait ! Et quelle journée ! Nous nous levons vers 6h30 dans l’incertitude. Dans ma tête, je me suis déprogrammé cette ascension, de peur d’être très déçu ou frustré. Nous passons les portes-péages de la ville (voir photo ci-contre) haute sans payer. D’ailleurs personne ne semble le faire. Peut-être est-il trop tôt ? Petit déjeuner au « camp de base » d’une bonne omelette aux herbes avec du riz et des crêpes à la banane et au chocolat. Le temps semble variable, les montagnes couvertes de brume. Nous remontons vers l’entrée du parc, à droite du jardin botanique. Quelques personnes ce matin, mais rien de bien animé. Nous arrivons vite au guichet du parc. Nous annonçons vouloir juste nous promener en forêt, ce qui ne constitue pas en soi un gros mensonge, celle-ci grimpant sur la plupart des flancs des volcans. 206 000 roupies par personne, le prix de nos dernières chambres ! Où ira l’argent, sûrement pas dans le nettoyage, nous en reparlerons ? Des plans montrent les différents postes à franchir pour atteindre le sommet du Pangrango, à droite, ou celui du Gede, à gauche. J’estime pouvoir atteindre les cascades, peut-être les sources d’eau chaude, mais je crains un barrage infranchissable ensuite. Le sentier est large et empierré. De gros pavés niveau 5 du Paris Roubaix, qui s’avéreront inconfortables et glissants au retour. Bientôt un petit lac charmant, entre le bleu et le vert.
À chaque poste, un petit abri, une carte avec la distance jusqu’au prochain. Je stresse toujours d’y rencontrer des gardes vérifiant nos permis absents avec un scanner à QR code. Nous y rencontrons surtout des jeunes, plutôt des garçons. Je pense que je serai le plus vieux sur la montagne aujourd’hui. Impression de faire une sortie lycée-université. Ces jeunes nous parlent, nous suivent, nous observent. Je trouve réconfortant qu’une jeunesse adore la marche en montagne. Pourtant, ils fument, beaucoup, écoutent parfois de la musique en marchant mais bon, ils partent bivouaquer en montagne.
Premier arrêt marquant : les cascades, à un peu plus d’une heure de marche. Je vais beaucoup aimer. Quelques abris, deux jeunes et trois chutes d’eaux tombant de la paroi végétale. Toutes espacées, la dernière un peu à l’écart. La masse d’eau, le contraste avec la forêt dense m’enchantent. Certes, le lieu est un peu aménagé, pourtant il s’en dégage, sur certains angles et sans personne, une atmosphère de jungle fort exotique.
Une vidéo (2 min 38) sur la première partie de l'ascension du volcan Gede.
Nous marchons, marchons mais l’altitude ne grimpe pas encore.
L’arrivée aux sources chaudes constitue un second grand moment de notre journée. Le sentier traverse juste un courant d’eau très, très chaude, le ruisseau se transformant en cascade ensuite. Plus qu’un ruisseau, la traversée s’étend sur peut-être 20 mètres. Des panneaux indiquent qu’il faut faire attention et des mains courantes sont posées. L’atmosphère devient irréelle. Il y a tellement de vapeurs que le ciel s’en assombrit. On se retrouve alors embarqués, à se brûler les chevilles, marchant de pierre en pierre en évitant de se mettre à l’eau en entier. Vraiment, je n’avais jamais vu ça. Impressionnant. Un peu plus haut le ou les ruisseaux inondant ce passage se faufilent dans la forêt. J’adore leur couleur bleutée et la pureté de leur onde. Au retour j’en profiterai pour m’y tremper les jambes. Le bonheur total. Dans la jungle, sur les flancs d’un volcan.
Nous nous retrouvons bientôt à la bifurcation entre les deux voies pour les deux volcans. Nous choisissons le Gede, moins haut mais fumant et sans forêt au sommet. Très bon choix. Je commence à penser que nous irons au bout.
La végétation change, la forêt devient plus silencieuse. Le sentier, qui n’est plus pavé se fraye de multiples chemins. Les végétaux, les racines servent à s’accrocher. Ils sont polis par les milliers de mains. Nous le savons, ce lieu subit un peu le sur tourisme local, les week-ends ou pendant les vacances indonésiennes. Il suffit de voir la quantité de papiers et de plastique qui jonche le sol. Nous verrons en fin de journée des gars brûler leurs déchets en bas de la montagne. Le pays doit faire face à un véritable problème de pollution de ses milieux naturels. Tout ici se vend en portion unique, le café, les chips, etc. Tout se retrouve vite dispersé. Nous avons lu sur les îles Karimunjawa que le pire pays pour ce genre de pollution était les Philippines. Je l’avais remarqué. Ne pourraient-ils pas payer quelques employés pour nettoyer tout cela ? On me disait en début de séjour que le volcan Merbabu était le plus propre du pays, que tout ce qui montait sur la montagne était notifié et vérifié au retour. Ils doivent s’y mettre. Quel dommage de voir de tels endroits envahis de paquets de chips !
Le sommet culmine à 2958 mètres. Pas mal de jeunes, des abris sous tente de fortune, un chat et un type vendant de l’eau et quelques friandises. Il a du tout se porter là-haut !
Les jeunes posent devant le cratère, devant la stèle du pic, tenant dans leurs mains un panneau indiquant le lieu et son altitude. Atmosphère bon enfant, loin de nos sommets français, tout dans le silence, où l’on semble parfois déranger ce voisin qui mange ses sandwichs sans un regard pour cet autre qui a accompli le même « exploit » en atteignant le point haut.
La crête est très étroite, la forêt reprend de suite ses droits sur le versant d’où arrivent la plupart de ces jeunes.
Nous nous extasions du paysage, observant les parois jaunies de soufre, humant les vapeurs soufrées. Quel spectacle !
Une fois le sentier terminé, il nous reste à longer le jardin botanique et à rentrer par la route au milieu des boutiques majoritairement fermées, jusqu’à notre belle chambre au-dessus des jardins. Un insecte assourdissant me tient compagnie lorsque j’écris ces lignes. Les muezzins, bientôt, se lancent des défis vocaux.
Une magnifique journée, tellement riche en expériences exotiques. Un peu de fatigue mais un moral au sommet.
Nous trouverons de l’énergie pour remonter au camp de base, refranchissant les portes, pour dîner dans le seul endroit bien achalandé. Une Soto Ayam, soupe au poulet, réconfortante.
Le camp se réveille et attend son week-end. Déjà un car de locaux se gare au pied du jardin botanique. Achat de tasse de randonnée dans un petit magasin pour Thierry. Quelques belles vestes de grandes marques de montagne, des contrefaçons, assurément.

Le lien vers plus de PHOTOS du parc de Gede Pangrango.
Malasari, loin de tout
Nous passerons la soirée à discuter, assis sur un tapis dans son salon (voir photo ci-contre) .
le parc national Halimun Salak
Jour 1
Notre village ne remplirait pas un stade avec ses habitants, pourtant, dès 6 h du matin, heure où Thierry a quitté son lit, les motos animent déjà le quartier. Nous prendrons notre petit café quotidien dans un des rares échoppes de la rue principale. Une dame, tout sourire, nous prépare nos sachets instantanés, apportent des bananes frites et nous échangeons quelques mots, comme nous pouvons. J’avoue ne pas me lasser de ces ambiances. Tellement loin de mon pays, de ses habitants. Je me sens totalement dilué dans cette population, si loin ce matin d’un tourisme ravageur et grégaire. Nous réfléchissons à donner quelque chose à Oman pour l’hébergement. Délicat. Lui semble nous inviter, mais nous insistons en lui laissant 200 000 roupies, le prix moyen de nos hôtels des jours précédents. Pour nous, pas grand-chose, pour lui, une dizaine de repas chaud en ville. L’argent doit se brasser, s’échanger, surtout quand le différentiel devient abrupt. Oman et sa femme nous ont vraiment extrait d’une situation délicate, ils nous ont aidé afin que notre transfert vers le parc soir confortable. Un grand merci à eux.
Un peu avant 9 h, nos deux motos arrivent et nous quittons Malasari en confiance. Deux motos confortables qui vont souffrir pendant environ une heure. Des pentes sèches, mais surtout des pavés et pierre disjoints, des trous, de la boue. La nouvelle route se construit devant nous. Déjà des kilomètres de bétons coulés. Mais il en reste encore autant. Alors nous zigzaguons le long de la dalle encore humide, nos chauffeurs s’arrêtent même parfois, un peu perdus. Le contraste est saisissant entre l’ancien et le nouveau revêtement. Le jour et la nuit. Quel plaisir de se laisser porter sur de telles routes ! Bien sûr je souffre avec mon sac à dos qui m’écrase les doigts, je m’agrippe pour ne pas tomber et serre les abdominaux. Mais quelle vue sur les champs de thé, les montagnes et la jungle ! Très peu de monde, quelques travailleurs locaux. Nous traversons des terrains militaires. Grosses statues d’un soldat et d’un léopard, noir. Aucun occidental.
Notre première tentative de pénétration dans la jungle se fait en direction d’une cabane en bois, genre maison de Tarzan, malheureusement fermée et en mauvais état. Nous montons au hasard, évitant les araignées. La jungle est dense, un ruisseau coule, enfin nous y sommes. Tant de kilomètres pour cela, pour ressentir le végétal dans sa forme originelle. De grands arbres, sur les hauteurs des singes. Nous allons en apercevoir un bon nombre lors de notre promenade. Très hauts, craintifs et d’une agilité incroyable, sautant d’arbres en arbres.
De retour à la station, nous poursuivons par le sentier officiel de découverte. Nous allons y passer beaucoup de temps, marchant au ralenti, explorant la plupart des petits sentiers parallèles. Quelques cages désaffectées où probablement des singes étaient soignés. Ambiance Urbex. Comme sur les anciennes passerelles d’observation de la canopée. Inaugurée en 1998 par les Japonais, fermées aujourd’hui et en piteux état. Nous monterons quand même au sommet de la tour, non sans crainte, tant la corrosion et le pourrissement des planches devient intense dans ces conditions humides. Nous n’oserons pas traverser les passerelles, sorties tout droit d’Indiana Jones. Parfois nous avons accès à la rivière, ce qui est toujours intéressant pour les trouées de lumière et l’ambiance aquatique, contrastant avec la densité végétale de ses berges. Je m’attends à voir passer de petits hommes en pagne avec des arcs et des flèches.
Sur le retour, nous les croisons dans les plantations de thé à attendre l’oiseau rare (voir photo ci-contre) .
Les champs sont déserts, comme les rizières. Chose rare en Asie où j’ai toujours vu ces lieux arpentés par des paysans à la vie rude. J’espère pouvoir ramener de ce thé.
J’écris ce soir sur le ponton de ma maison, face à la rivière, une couverture bébé ours sur les épaules, un thé chaud sur ma natte. Nous sommes à plus de 1100 mètres d’altitude. Au loin un éclair, un coup de tonnerre, bientôt la pluie tropicale qui nourrit quasi quotidiennement toute forêt humide. Assis sur mon ponton face à la rivière, à son pont en bambous, bercé du son des insectes et de la pluie sur les tôles, je m’extasie d’une telle ambiance. Coup de cœur pour cet endroit, vraiment.
Nous arrivons bientôt juste en face d’un cours d’eau. Nous étions sur l’autre rive hier. Pour autant, le sentier ne franchit pas la rivière d’après les vieux plans. Encore une fois, nous ne ferons pas la jonction. Des bornes vertes, tous les 100 mètres, avec marqué dessus Hm 18, Hm 17, etc. Nous arrivons jusqu’à la 4 environ. Nous avions échoué hier vers la 3. Il ne reste donc pas grand-chose, mais le trait d’union ne se fera pas.
Nous remarquons la propreté du sentier. Non pas qu’il soit plus nettoyé, mais peut-être simplement que la fréquentation est minimale. Nous sommes un dimanche et nous ne croiserons personne.
Le ventre vide d’énergie avec nos repas de nouilles chinoises infâmes, nous rentrons, rachetons de ces nouilles chinoises, avant de tomber en sieste. La pluie arrive, le ciel s’assombrit et les insectes du soir, croyant au crépuscule, entament leurs concerts, très bruyants. En fin d’après-midi, je me promène un peu dans notre joli village, très pittoresque, au milieu des avocatiers, des rizières et des plantes.
Je me réveille assez tôt, fais chauffer de l’eau, profite de ma dernière douche à la louche. Sentiment de retour à la nature, dans un endroit très simple, que beaucoup trouveraient insalubre.
Petit déjeuner sur le ponton d’un thé chaud et de quelques crackers. Je pars une dernière fois dire au revoir à la forêt, toute proche. Franchir le pont de bambous, la plantation de haricot et se retrouver dans le monde originel, primaire, de Java. J’y reste immobile à écouter une mélodie étrangère dans mon pays. Je reviendrai dans la jungle. Cet écosystème fascine par son contraste. De la vie à tous les étages mais bien vaillant ou chanceux celui qui veut la débusquer.
Je visite ensuite le village, passe devant les moutons dans leurs petits réduits de planches, rejoins la mosquée et une sorte d’école dans une très belle maison en bois. Des bananes sèchent, de petits feux sont allumés, un paysan travaille dans les rizières (voir photo ci-contre) . Thierry et mois sommes d’accord. Nous quittons ce lieu avec beaucoup d’émotion tant il est reposant, addictif. Impression de quitter un bout de monde préservé et pur. Même l’araignée tissant sa toile, compagne de nos attentes sur le ponton, va me manquer. Elle m’apparaît familière.

Juste les bruits de la jungle...
De la jungle à la ville de Bogor
Asep et son ami nous laisseront à Nangoeng où la visite des étrangers attire encore l’attention. Thierry posera comme une rock star avec un groupe de jeunes filles (voir photo ci-dessous) . Nous y prenons un angkot pour Leuwiliang, ville sale où nous n’arriverons même pas à trouver un lieu convenable pour manger. Avec nous, des jeunes filles qui partent étudier, un livre de mathématiques sous le bras.
Nous mangerons dans un snack de la nourriture de Padang. Gros buffet, froid, mais qui nous fait plaisir après nos agapes de soupes au glutamate. Au fond de la pièce, une porte ouverte vers le marché. Je vois un gros rat, j’entends les volailles ou les oiseaux piailler. Niveau hygiène, cela serait inimaginable en France.
Nous visitons ensuite le célèbre jardin botanique de Bogor. Entrée imposante, monumentale. Fouille des sacs (légère), consigne impossible (« il faut une application monsieur ») et temps menaçant.

Jakarta, le monstre urbain et la misère
Métro confortable, propre, un employé désinfectant par deux fois le sol devant nous. Un livre dans nos mains, nous détonnons avec Thierry. Ici, c’est smartphone obligatoire. Devant moi, une jeune fille d’à peine 8 ans, tellement jolie que je passe mon temps à la regarder jouer avec sa grand-mère. Certains messieurs dorment. Une voisine porte une casquette avec marqué « PARIS, French ».
Nous traverserons une partie du quartier chinois, par ses grands axes. Les rues secondaires, mal éclairées, nous apparaissent comme de vrais cloaques urbains.
Nous arrivons dans le quartier de Kota, le quartier historique de Jakarta. De beaux bâtiments, (voir photo ci-contre) transformés en musées, une belle place, une bonne ambiance, des rues propres. Voilà. Rien de plus de prime abord. Nous chercherons un endroit sympa pour manger. Mais ne souhaitant pas payer dix fois le prix habituel pour un même plat mais dans un endroit chic, nous finirons dans un parc par un bon kwetiau ( nouilles plates) bien chaud préparé devant nous. Plus à l’image de notre séjour.
Le quartier chinois s’endort dans sa noirceur. Nous sommes au cœur de la bête, au 5ᵉ étage, dans des draps propres, dominant la ville. Au loin des tours et des grattes ciels. En bas, certains survivent. Triste contraste.
La nuit indonésienne refuse le calme. Les dizaines (plus ?) de mosquées de la ville rivalisent dans les vocalises de leurs muezzins, aux alentours des 4 h du matin. Le soleil se lève moins de deux heures plus tard. Ajouté un climat pesant au zénith de notre astre solaire et vous obtenez un peuple très matinal. Avant 7 h, je suis d’attaque pour démarrer ma dernière journée. De notre chambre, la vue sur la ville le jour manque de charme. La lumière de la nuit citadine, le noir masquant le laid, remplacés par une pâleur morne et triste. Notre quartier se révèle sans fard, cru et assez laid (voir photo ci-dessus). Je mesure la chance de ma situation, confortable et riche. Dans le salon assez cosy, on nous sert un petit déjeuner de bonne facture. Un employé préposé aux omelettes, des plats chauds sous cloches. Musique classique de reprise de standards à la guitare qui tourne en boucle. Atmosphère faussement classieuse quand même. Pas de fruits frais et des soupes infâmes au glutamate en vitrine. Nous remarquons que les lobbys des hôtels affichent tout le temps un visage bien plus avenant que leurs chambres.
Nous poursuivons en rejoignant le quartier ancien de Jakarta, du temps de Batavia, avant la seconde guerre mondiale. Un gros bâtiment blanc en cours d’envahissement par les végétaux. Qui pour se lancer dans les frais et rénover de telles structures historiques ? Les plus beaux vestiges sont devenus des musées, de la banque, de l’histoire de la ville, des marionnettes. Tout cela dans un mouchoir de poche près de la grande place, (voir photo ci-contre) . Bel endroit. On y loue des vélos roses et on en fait devant les objectifs. Quelques canons. Peu de monde. Agréable endroit pour qui est sensible à l’ère coloniale. Mais ne jamais oublier le côté sombre. Coloniser un pays reste avant tout du sang et de la cruauté.
Des gens dorment près des berges, au sol. Certains pêchent leur subsistance dans la rivière horriblement polluée. Une fois dans notre hôtel climatisé, nous quittons ce monde. Musique douce et eau citronnée. Douche. Tout frais et propres nous attendons dans le lobby, y étant aussi bien que dans un aéroport. Le taxi climatisé vient nous prendre. Dans les bouchons, nous observons les corps amaigris défiler, les visages fatigués, les laissant dans leur vie misérable. Nous partons, ils restent. Deux monde qui se croisent un instant, quelques heures, mais infiniment éloignés.
La route vers l’aéroport ne montre rien qui attire l’œil. Où habitent ces gens ? Je ne vois que des rez-de-chaussées encombrés, des snacks crasseux. Ces quartiers ne semblent pas vivables. Quant à la beauté de Jakarta, elle doit résider ailleurs. Des quartiers riches, je n’aurais rien à témoigner. Et je ne jurerai pas revenir ici un jour futur pour affiner ma vision. Je n’ai vu que la face sombre de la géante.
L’aéroport, immense et extrêmement propre contraste avec tout ce que j’ai vu du pays. Une vitrine incroyable. Bien accueillis au comptoir de Singapore Airlines, nous mangerons, très copieusement, dans un restaurant japonais (89 000 roupies, moins de 5 €) (voir photo ci-contre) J’explose mon budget ! Nous errerons ensuite dans les boutiques de souvenirs. Rien ne nous rappelle notre voyage. Rien. Des souvenirs hors sols, tellement éloignés de ce que j’ai vu et vécu. Des prix raisonnables mais tellement éloignés de la rue. Ne pas se forcer. Je dépenserai mes derniers sous dans un cappuccino. Pour toutes ces fois où je mange mes sandwichs dans les aéroports du monde en observant les autres attablés, je prends ma part et en profite.
Bientôt les charmantes hôtesses asiatiques dans leurs belles robes. Bientôt le retour en France, dans la compagnie nationale. Champagne, cognac, vin rouge, coq au vin, fromage… Je serai plus raisonnable. Je termine d’écrire au large des îles Andaman. De l’exotisme, encore de l’exotisme. Une dernière fois.

Une petite vidéo (2 min 42) sur le chaos et le calme de Jakarta.
CONCLUSION
Les voyages grands crus, millésimés, se dégustent plus longtemps. Ils traînent dans les pensées sans perdre de leur saveur. Ils dégagent des arômes lorsqu’ils décantent. Ils se révèlent à leur retour. Je suis en train de terminer un énorme pavé érudit sur l’histoire du pays, de sa colonisation et de sa lutte pour l’indépendance. Je mesure à quel point un simple livre éclaire un voyage. À un point où je me dis que l’unique séjour sans recherches, sans apprendre d’un autre œil, déroute et mène aux idées fausses, du moins à la superficialité. A côtoyer tous ces gens placides, à me sentir en sécurité en tout lieu, j’en oubliai que pour arriver à un tel résultat, le peuple indonésien avait dû endurer les pires atrocités durant la première moitié du XXᵉ siècle. La brutalité des Néerlandais, des Japonais, des jeunes pemuda, locaux rebelles et leurs lances en bambous effilées. Vivre dans la peur. Je lis des centaines de pages, tranquillement sur la plage, et je souffre pour tous ces civils massacrés. Des simples gens, comme ceux qui m’ont souri et servi durant ces trois semaines. Je lis ces noms de villes, Bandung, Semarang, Yogyakarta, Ambarawa etc. J’y suis passé, jamais je n’aurais imaginé les camps, les exactions, les révoltes. Au moment de conclure, je m’interroge. Le touriste voyageur doit-il se limiter à l’instant t de sa visite et effleurer la culture et la population qu’il visite ? Pour conclure sur la beauté, la gentillesse et le prix des choses. Ou bien doit-il se placer en invité et humblement comprendre en replaçant tout dans un contexte historique ? Je me suis posé à l’aéroport Sukarno-Hatta. Quel pourcentage de voyageurs savent ce qui se cache derrière ces deux noms ? Je ne m’étais même pas interrogé. J’en ai presque honte. Tout s’éclaire avec un livre. Banalité que j’aime à me rappeler. Et je regrette maintenant de n’avoir pas assez préparé ce voyage. J’aurais eu tant de questions à poser à mes hôtes. Qu’ils me racontent leurs histoires de familles, que j’entende leurs témoignages. Tout ce que j’ai ressenti sur place prend aujourd’hui une autre dimension. À déplier l’origami indonésien, je découvre une autre facette. Une constante, si banale, un voyage préparé, lu et documenté en amont et en aval, apporte épices et saveurs, doutes et compassion. Les gens si gentils, les beaux paysages, les monuments, la jungle, la découverte. Tout me paraît superficiel. Mes pensées sont toutes vers ce peuple. Je leur souhaite prospérité et bonheur. En tant que natif d’un pays colonisateur, j’en serais presque à vouloir m’excuser.
LE SEJOUR EN QUELQUES COUPS DE COEUR :
– déguster des plats indonésiens sans touristes dans les rues de Yogakarta
– la visite privée du kraton de Surakarta avec mes deux guides indonésiennes
– la visite, totalement seul, des temples de Candi Barong, proches de ceux, surpeuplés de Prambanan.
– la vision du volcan Merapi fumant et inquiétant depuis son versant sud
– l’ambiance et la découverte en scooter, à pied ou à la nage des îles Karimunjawa depuis notre guest house chez Mr Cool
– la randonnée sur les crêtes du volcan Gede à près de 3000 mètres d’altitude
– attirer les regards et poser comme une star, jours après jours, pour des locaux curieux
– la vie paisible en bordure de jungle dans le lointain village de Citalahab, parc d’ Halimun Salak
LE POUR : l’accueil de star des locaux, la diversité des ambiances, la nourriture, le coût très faible de la vie, la saison sans pluie, l’exotisme et la culture mélangés, la facilité à vivre sur place.
LE CONTRE : la pollution plastique, la misère à Jakarta, le prix touriste généralisé dans les sites culturels, les lieux souvent aménagés pour la photo Instagram, les applications pour smartphones indispensables.

































































































































