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INDONESIE: ÎLE DE JAVA

Le voyage en 40 secondes



Pourquoi l'INDONESIE?

 

Volcan Merapi

 30 ans aux Galápagos. 40 ans nulle part. Je devais marquer le coup pour la cinquième dizaine. Mûr mentalement mais de nature indécis, le sort m’a jeté en Asie. 

D’une vérification anodine, un dimanche sans espoir, déjà résigné devant quelques prix toujours trop hauts pour le lointain. Et une apparition. Une offre pour Jakarta, depuis Paris. 


Une affaire immanquable quand vérifiée sur le site de notre compagnie nationale. Plus exceptionnelle que les prix les plus bas des argus des vols. Je ne pouvais reculer. Si je ne pars pas là, toutes mes recherches n’ont aucun sens. Un coup de téléphone à la famille, à certains amis, puis je me lance. Je pars à Jakarta. Pour y faire quoi ? Aucune idée. Je sais que la saison est bonne, que c’est loin, qu’il y a de la jungle et de la culture. Pas fasciné de prime abord, mais raisonnable et opportuniste. Quelques jours plus tard, mon vieil ami baroudeur Thierry me rejoint après une réapparition du miracle pécuniaire, éphémère. Lui aussi veut marquer le coup.

Un mois à préparer un semblant d’itinéraire. Un travail très compliqué. Des arrivées décalées et quelques désillusions. Un pays très numérique, des applications, des réseaux, des paperasses post-Covid. Agaçant. Et une sorte de tromperie sur la marchandise. La jungle ne semble plus trop présente ou alors inaccessible. J’avais sous-estimé la densité de la population. La Java sauvage, les tigres, les rhinocéros… disparus ou inaccessibles. Je n’y arrive pas. Des heures et des heures de recherches et rien ne sort du chapeau. J’en suis à prendre un vol intérieur pour le centre de l’île pour trouver de l’exaltation. J’ai l’impression, depuis la France que chaque site est pollué par le tourisme. La moindre cascade, le moindre site… payants, aménagés. Je me demande parfois ce que je vais faire là-bas. Je rêve de nature, de nord, d’un monde moins connecté. Je me dis aussi que le vrai voyage doit coûter, doit déstabiliser. Le projet ne m’attire pas vraiment, en cela je prépare un vrai voyage. 

Je pars avec des a priori, vers une culture qui ne m’attire guère. Et j’attends de changer d’avis. Je vais changer d'avis. Le vrai voyage, aller où on ne veut pas. La volonté apprivoisée mène à la répétition. Voilà ma théorie du moment. Sur la célèbre zone de confort qui s’étend un peu trop si l’on n’y fait pas attention. Qui nous recouvre, nous réchauffe et nous étouffe. Je la repousse. Je frissonne une peu. Je pars seul, au bout du monde, sans idée précise. Un petit rappel de courage. J’en avais besoin pour démarrer cette décennie.

 

« – Où vas-tu cette fois ? m’a-t-il demandé
– à Java
– C’est du côté de la Corée ?
– Un peu plus bas. »

                  Roger Vailland « Borobudur.Voyage à Bali, Java et autres îles. »



PLAN DU VOYAGE

Voyage d'abord seul pour une grosse semaine puis rejoins par Thierry l'aventurier,  du 15 juillet au 6 août 2025.

Arrivés en avion depuis Bordeaux, Paris et Singapour à l'aéroport de Jakarta,  je n'y passe qu'une nuit avant de prendre un vol pour Yogyakarta. J'y passerai une bonne semaine en couch surfing chez Jundan. De là je vais visiter la ville, les temples de Borobudur et de Prambanan. Je vais partir en excursion vers le volcan Merapi et je passerai une journée à Surakarta, en train. 

Je partirai ensuite vers le nord, passant une nuit à Bawen, chez Amine, pour visiter les temples de Gedong Songo. Je rejoins ensuite la côte nord en bus, à Jepara, où mon voyage croise celui de Thierry.

Nous partirons en ferry pour les îles Karimunjawa ( 4 nuits) avant de repasser par Jepara pour y prendre un long bus vers Bandung, où nous passerons la nuit. 

Nous rejoignons ensuite le parc du volcan Gede à Cibodas. Après l'ascension du volcan, nous partons vers le parc d'Halimun Salak ( une aventure!).  Nuit chez Oman à Malasari puis transfert en moto vers Citalahab, petit village au bout de la route. Nous y passerons 2 nuits avant de remonter vers Bogor. Visite du jardin botanique et transfert vers Jakarta pour notre dernière nuit, dans Chinatown. Visite du quartier de Kota, de la ville chinoise puis départ pour l'aéroport. 

Encadrés ci-dessous les principaux lieux du séjour.

Carte Indonesie

PERIODE :

L'été est une des meilleures périodes de l'année pour visiter l'Indonésie.  Nous n'avons eu la pluie que dans la forêt tropicale humide d'Halimun Salak, ce qui est normal. Sinon, soleil et soleil. J'ai trouvé le climat plus supportable qu'en Inde ou qu'en Thaïlande, visités pendant les saisons humides. Je n'ai pas ressenti cette humidité sur Java. Bien sûr le soleil de midi invite à se protéger mais rien d'insurmontable.Sur les îles Karimunjawa, climat plus humide et plus agressif. Difficile de bien sécher ses affaires.

Les journées sont courtes, nuit vers 18h, et le soleil se lève très tôt, avant 6 h du matin. Alors il faut se mettre au rythme local: coucher tôt, lever tôt. 

Meme si on voyage en haute saison, il fut très facile de trouver des hébergements même à la dernière minute, même  à 1h30 du matin! 

Il suffit de s'écarter des sites tels que Booking ou Airbnb et un tas de logements non catalogués s'ouvrent à vous. 

Il reste du monde sur certains sites ( Borobudur, Prambanan, volcan Gede, Yogyakarta) mais  nous n'avons pas été genés par la foule. Nous n'avons vu nos comptriotes ques sur les points de convergence, ferrys, gares, aéroports, grands sites. Il est très facile de se retrouver vraiment qu'avec des locaux. 


Musée d'indonésie


NIVEAU :

Moyen


Le voyage tel que présenté implique une certaine habitude du voyage. Peu de gens parlent anglais, nous ne réservions pas nos logements, nous arrivions parfois dans des lieux sans logements, nous avons essayé de partir à la rencontre des locaux... Tout cela se mérite. Je pense à certains transports en moto dans le parc d'Halimun Salak, vraiment physiques et isolés de tout.

Ensuite, nous sommes tellement riches là-bas, que tout peut se simplifier facilement.  Il suffit de se payer des guides, des taxis etc. et alors il est très aisé de voyager  dans ce pays. Le paiement est en ROUPIES.

Le système de bus est moderne, pratique,  tant que vous avez un smartphone et la bonne application. J'étais un peu perdu le premier jour à Yogyakarta puis très à l'aise le second. Il est parfois un peu difficile de trouver les arrêts de bus si vous n'avez pas de téléphone. 


Le système de taxi, à l'aide de l'application GRAB, est très facile et très performant. Je m'en suis beaucoup servi. Perdu quelque part? Demander un taxi ou une moto-taxi et en général, vous trouvez en peu de temps. Pour des pris dérisoires. 

Les bâeaux sont plus complexes à réserver. On ne peut rien faire en ligne et il faut passer par des intermédiaires, genre agence de voyage ou hébergeurs. J'ai passé beaucoup de temps depuis la France à savoir comment aller et revenir des îles Karimunjawa en prenant le ferry lent. 


Pour la randonnée, pas mal de tracasseries administrative et des permis. Nous sommes passés au travers pour le volcan Gede. 


Niveau physique...Gravir le volcan Gede en une journée nécessite une bonne condition physique, de même que notre randonnée sur l'île de Karimun. Sinon ce n'était pas un voyage pénible physiquement. Le plus dur fut d'arriver à tenir sur ma moto dans le parc d'Halimun Salak, avec mon sac dans le dos.

Les sentiers sont  bien balisés, il suffit de suivre les déchets!  


Niveau hygiène, pas une seule alerte de santé.  J'ai mangé partout et de tout dans les petis snacks de rues. J'ai bu les thés froids et chauds, mangé les salades... Par contre, je n'ai pas essayé l'eau du robinet. J'avais acheté un filtre UV pour l'eau mais je ne m'en suis pas servi. Les locaux qui m'hébergeaient ainsi que les hôtels ou guesthouse, fournissaient bouteilles ou bonbonnes. Je n'ai rien pris pour le paludisme, pas de vaccin pour la fièvre typhoïde. Le reste, je suis à jour: hépatites, rage etc. Pour la typhoïde, je le fais d'habitude mais là je n'ai pas eu le courage d'aller voir mon médecin.

Aucun  sentiment d'insécurité. Je n'ai  pas croisé de bandes de gars inquiétantes, ni bagarres, ni scènes violentes. J'ai trouvé l'ambiance très relax, y compris dans les gares routières, souvent désertes, propres et calmes. Des gens très hospitaliers, curieux, souriants et bienveillants. Je me suis promené en soirée dans des petites ruelles de  Yoyakarta sans inquiétude. Isolés dans un village comme Malasari (et vulnérables), ou Citalahab, nous n'avons jamais rien crains des habitants. Un pays qui semble à première vue plus sécurisant que les Philippines, l'Inde ou le Costa Rica. 

Un bémol: Jakarta. Chinatown le soir...Disons que personne n'a envie de s'aventurer des les rues sombres de ces quartiers. Là c'est très très glauque. Dangereux, je ne sais pas, mais pas du tout attirant.

Un voyage  confortable ,relaxant niveau moral  et je rentre apaisé et en forme .

Yogyakarta



HEBERGEMENT ET BUDGET (2025) :

Le voyage m'est revenu à environ 1300 euros pour 22 jours ( 850 euros d'avion et de train en France , 50  euros pour les deux temples de l'Unesco, 30 euros de visa et 370 euros sur place environ)  . Ce qui  est  très peu cher pour un tel voyage. L'Indonésie est vraiment un pays très abordable pour nous européens. 


Les entrées de musées sont  chères relativement  à celles des locaux  (prix  x 10 ) mais elles restent très abordables.Sauf pour Borobudur et Prambanan, 50 € pour les deux! 

Sur les transports,  les taxis (ou moto-taxis)   sont vraiment donnés. Des courses de 0,5 à 20 € pour les longues distances. Pour explorer les coins perdus, ils sont indispensables.  Très pratique avec Grab.  Les bus, idem.  Tout est vraiment abordable.  Les scooters sur les îles sont aussi très peu chers 75 000 par jour! 


Pour me nourrir,  on peut très bien manger dans la rue  dès 15-20 000 roupies soit  environ 1 euro!   Le genre de pays où tu ne réfléchis pas, tu prends ce que tu veux.  


Pour dormir, 200 000 roupies était notre prix habituel soit environ 11 €. Dès 20 ou 30 € par nuit, on passe dans du plus haut standing, avec petit déjeuner. J'ai payé à Jakarta au plus fort 33€. Autant dire que le logement est aussi très peu onéreux. 

 

Pour préparer ce voyage j'ai utilisé :

  • le site Gunung Bagging  qui est une bible pour réfléchir à ses ascensions de volcans. J'y ai passé beaucoup de temps. 
  • le blog d'une locale, Backindo , qui est une mine sur l'île de Java. 
  • un autre blog très utile, surtout pour Yogyakarta, Backpack Moments
  • le  site du Petit Futé.

Niveau lecture je vous invite à parcourir deux ouvrages remarquables: 

  • Roger Vailland « Borobudur.Voyage à Bali, Java et autres îles. » Un récit de voyage des années 1950. Très facile à lire, plaisant, informatif. Lu sur place car l'itinéraire se rapprochait du mien. 
  • David Van Reybrouck "Revolusi: L'Indonésie et la naissance du monde moderne". Un pavé imposant et érudit sur l'histoire de l'indépendance. Vraiment passionnant. Livre indispensable pour ne pas regarder le pays en touriste écervelé, sans rien n'y comprendre. Je l'ai lu dès mon retour et il m'a profondemment marqué. La souffrance du peuple lors du XXème siècle ne peut être oubliée. 

 Le voyage version x.0. Paris, Singapour, Jakarta, en quelques instants.

Aéroport de Jakarta



Je rejoins l’hémisphère sud. Ce matin, hier, je ne sais plus trop – la vitesse longitudinale de nos avions modernes efface tout repère temporel – j’étais au bord d’un champ du Lot et Garonne. Roger Vailland qui accomplit peu ou prou le même voyage mit huit 8 jours en 1950 pour rejoindre Jakarta: Orly-Tunis, El Adami, le Caire, Bahreïn, Karachi, Bombay, Calcutta, Bangkok, Singapour. Il regrettait déjà le temps court, opposant déplacement accéléré, quasi instantané et voyage. Bordeaux, Paris, Singapour pour moi. Le pays sortait de la colonisation. Batavia devenait Jakarta. Le pays entrait dans la modernité. Il parlait de 40 millions d’habitants, j’en ajoute 100. La même explosion démographique, 75 ans plus tard. Les femmes se couvraient à peine la poitrine à Bali. Les Allemandes ne cachent plus leurs bikinis aujourd’hui. Je compare nos deux époques. Dans le fond, rien n’a changé. Toujours une nostalgie du voyage d’avant. Le mal du voyageur. Ne jamais vivre à la bonne époque.

 

Seul dans ma rangée du vol Singapore  Airlines, charmée par les hôtesses et leurs tenues fleuries si gracieuses, j’observe mes voisins collés à leur smartphone, aspiré par les écrans larges qu’on ne peut éviter, là, vampirisant nos regards. Plus grand monde ne s’émeut de la vision d’un hublot. Nous avons une des vues les plus incroyables de l’ère humaine, flottant au-dessus des nuages. Et nous regardons des séries et de la fiction, nous jouons à des jeux ridicules.

 

75 ans nous séparent. Le voyage n’est plus qu’un point B. La ligne au point A est rompue. Départ, arrivée. Tout mélanger. La transition, brutale. Tout est écrasé. Ce matin, une application m’annonce que mon train, billet acheté la veille, est retardé à cause d’un animal l’ayant heurté. Ce retard risque de tout me faire perdre, le timing n’y est plus. Ne plus vouloir attendre, optimiser, rapprocher encore départ et arrivée. Mal moderne. Ma mère me sauve et me conduit à Bordeaux. Elle pourra aller voir ses petites filles en passant. Une fois à l’aéroport, mon vol pour Paris s’annonce avec une heure de retard ! Tout ça pour ça. Puis tout s’enchaîne de façon fluide. Le hall de départ Air France pour l’Asie, très chic. Tout le monde derrière son écran. Comment faisait-on avant ? Un calme sinistre règne dans les halls d’embarquements. Pourtant il y a des familles, des couples, des amis. Les halls de gares, les aéroports, tout devient dévitalisé, morne, uniformisé.

Aéroport de Jakarta

Mon vol. Voisins jeunes et anonymes, pas un échange durant 13 h. Quelques heures de sommeil, de bons paniers repas, un personnel navigant toujours souriant et non dénué d’humour. Gladiator II pour me divertir.

Je me souviens de mes premiers voyages, à étudier le Routard ou le Lonely Planet, stressant un peu pour l’arrivée. Avec quelques adresses et peu d’images de ce qui m’attendait. Une sortie des aéroports ressemblant à une entrée dans l’arène. Le choc, le bruit, les couleurs, les odeurs. Tout est si loin.

Singapour. Étrange sensation. J’étais là 15 ans avant. Plus le même homme pour sûr. J’étais jeune. Aujourd’hui, je suis un Monsieur, un Mister. Le hublot me manque. Avant c’était mieux. On me l’offrait. Magnifique aéroport et déjà l’éloignement. Le type asiatique domine, enfin le changement.

Petit vol vers Jakarta. Je passe l’équateur. L’aéroport impressionne par sa taille. Énorme. Nous roulons des minutes entières pour nous garer. Loin des aéroports écossais. Des lumières, du trafic. Les dizaines de millions d’habitants, la densité de population de Java, se ressentent aisément. Achat aisé de visa à l’arrivée. Tellement plus simple qu’en ligne où j’ai passé des dizaines de minutes, en vain. Passage à l’émigration, agréable, passage à la douane (QR code à remplir en ligne avant… sinon que fait-on ?). Les halls sont immenses, je trouve enfin la sortie.

Le choc thermique. Il fait nuit mais quelle lourdeur. Chaud et humide. Bien loin de ce que l’on connaît en France. Mon chauffeur se joint facilement par WhatsApp, comment y échapper ici ? Un petit bonhomme me retrouve, dans ses habits floqués au nom de mon hôtel. Sentiment d’être un peu privilégié. Pour une chambre à 33 €, pas mal non. Un prix raisonnable selon des critères français, mais bien au-dessus de tout ce que je vais payer ensuite. Un couple d’Italiens et nous voilà partis pour un court transfert. Bien vite, je découvre de derrière la vitre les petits étals de nourriture, éclairés par des ampoules blafardes. Je suis en Asie et tous les tracas, le stress de l’organisation, s’effacent en un instant. Je retrouve mes marques en un instant. Je suis loin de chez moi et très motivé pour m’insérer sous ses ampoules fatiguées. Chambre d’hôtel propre et agréable. Pas de fatigue pour l’instant. Moral au top.

 

« Le lendemain, entre midi et deux heures, l’avion KLM m’a mené à Batavia, après avoir survolé une foule de petites et grandes îles. Ce sont les îles des mers du Sud des romans de notre enfance, les plages ourlées de cocotiers, le détroit de la Grande Sonde, où s’embusquait jadis le pirate malais au poil rare. » 

Ibid


Yogyakarta, capitale culturelle

Volcan Ciremai


Ma nuit fut courte, longue en position allongée, mais peu efficace en heures de sommeil, décalage horaire en cause. Je me force pour un énorme petit déjeuner. Il faut caler l’estomac aux aiguilles de l’horloge. La salle, assez pleine, offre un mélange de touristes, de locaux en couples, de couples bi-nationaux. Le cliché de la jeune locale avec le vieux tout blanc, un peu chauve et riche. Un enfant entre mais rien à se dire à table. Déjà-vu. En Thaïlande, aux Philippines. Déclassés lors de l’ère coloniale, persécutés lors de la guerre d’indépendance, les enfants Indos-Européens d’aujourd’hui ont un meilleur présent, je l’espère.

Le menu m’enchante. Des plats de nouilles, de riz frit, des fruits frais, des œufs, des fritures. Vraiment de la qualité. Je comprends que 33 € la nuit, ici c’est déjà  du petit haut de gamme. Je me fais amener au terminal 3 bien avant mon vol de l’après-midi par la navette gratuite. L’impression visuelle de ce terminal, de jour, conforte l’idée de gigantisme ressentie hier. Depuis la Chine et l’immense centre commercial de Chengdu, je n’avais jamais vu ça. Tellement grand qu’une voiturette amène les passagers d’une porte à l’autre pour les plus fatigués. Magnifique endroit, avec des plantes un peu partout, à l’image de l’extérieur. Les environs de l’aéroport montrent une image propre et fleurie du pays, une vitrine bien étudiée. Dans les espaces verts, des employés se reposent parfois à l’ombre. Tant de travail pour maintenir la végétation à bonne hauteur. Des jardins où personne ne se promène.

Aéroport de Yogyakarta

Mon vol aura du retard, je vais attendre confortablement devant les belles boutiques. Tout est frais, attrayant. Musique douce façon Ghibli. Il me reste les souvenirs du Caire, de New Delhi. Mais cela a du bien changer. Quelle capitale en 2025 délaisse son aéroport principal ?

Vol agréable avec Garuda. Ma voisine, une toute petite dame voilée et tatouée au henné sur les bras et les mains. Quelques touristes mais le dépaysement est là. Un bon petit snack et la vue sur les volcans : Ciremai, Sundoro, Sumbing. Beau spectacle. Des vallées, beaucoup de champs, des villes toutes en longueurs. Une côte de sable noire, peu découpée. Des bassins tout le long. Crevettes ?

 Du petit aéroport bien calme de Yogyakarta, je me fais aider par deux jeunes employés pour acheter un billet de train express pour le centre-ville. Pas de cash, pas d’employés et mes cartes ne marchent pas. Que faire ? Donner l’argent aux employés qui commandent avec leurs applis. Je ne me fais pas à l’idée que l’échange d’argent devient obsolète. On ne peut plus arriver dans une gare avec simplement de l’argent. Ce dernier ne suffit plus. Il faut du numérique. Partout. Le trajet d’une quarantaine de minutes me comble. La voie passe au milieu des champs, des rizières. Les enfants saluent le train. Beaucoup de jeunes profitent de la douceur du soir en observant la voie ferrée. Au fond des collines recouvertes de végétation, des cultivateurs, de petits feux, des maisons aux toits de tuiles assez traditionnelles. Je me sens si loin de chez moi. La carte postale asiatique, enfin, en dehors des aéroports. 


Yogyakarta

Une fois arrivé en ville les difficultés commencent. Les bus annoncés par Jundan, mon hôte, ne sont pas là mais alors pas du tout. Je me retrouve donc dans le chaos, avec mes sacs et mon smartphone à chercher les bus 12 et 14 dans une ville de 450 000 habitants. Cela  grouille de partout mais dans une ambiance bon enfant. Pas de stress. Je marche et marche, passe les voies avec difficultés. Les passages piétons ne servent pas à grand-chose ici. Il faut se lancer. Je finis, à coup de WhatsApp à comprendre que je dois trouver un arrêt de bus de Trans Yogya pour me sortir de ce faux pas. L’arrêt est une sorte de cabine en hauteur. On y monte par un escalier, on enjambe le vide pour entrer dans le bus. Un employé, derrière une petite table, sur cette minuscule plateforme, m’écrit sur un mot les directions. Le bus arrive, je rentre. Pour payer, pas de CB, pas d’applications pour moi, il me reste du cash. Je donne mon billet de 2000 roupies. Je ne comprends rien de ce que l’employé me dit. En fait il attendait plus, 3500. Je lui réponds que je n’ai que du cash, dialogue de sourd. J’ai pourtant le portefeuille plein. Il me dit que ce n’est pas grave et me donne un billet ! Belle attention. Le pauvre touriste avec son petit billet. Vraiment sympa. Alors je m’éloigne du centre-ville pour arriver à l’entrée d’une université islamique. Il fait nuit. Je n’ai qu’une adresse. Je vérifie : 45 minutes de marche. Jundan se propose de venir me chercher en scooter. Me voilà bientôt à vive allure dans un coin reculé de Yogyakarta.


Ma maison chez Jundan




Jundan vit dans une maison aérée avec sa femme, sa fille et à côté son oncle et sa tante. Seul lui parle anglais. Quelle chance de me trouver ici! Nous sommes en 2025, je me plais à dire à raconter à mon hôte, depuis son faubourg lointain que le rejoindre fut un long voyage. Je vis dans mon temps, j’ai la mémoire courte. Dausse-Bordeaux-Paris-Singapour-Jakarta-Yogyakarta-Train express-marche à pied-perdu-bus et enfin scooter. Cette journée fut un long transfert. Une première marche, une grande enjambée.


Ma chambre est à l’étage d’une sorte de petite structure bricolée dans la cour. Les toilettes m’intriguent. Je fais même mes recherches pour savoir comment les utiliser. Un seau, de l’eau…que faire. Bientôt je me retrouve seul dans la maison. Un chat, un gecko et deux petits rats circulent. Des chants religieux au loin. J’espère qu’ils ne vont pas durer toute la nuit. Je suis en terre musulmane. Impression de bout du monde.

Nous discuterons de nos présidents, de la corruption, de la déforestation, je montrerai en direct l’arrivée de Pogacar à Hautacam. Ce chez moi semble bien loin à Jundan. Il goûte les pruneaux que je lui offre. Ils auront voyagé ceux-là. Comme moi en cet instant, écrivant à la lueur blafarde de ma petite lampe, dans ma bicoque en bois dans une cour de maison perdue. En Indonésie.

Mon quartier à Yogyakarta

Pas de moustiques m’assure Jundan. Mais tellement de trous dans ma toiture que l’invitation ne se refuse pas. Alors je vais faire la guerre à ces bestioles sans répit et sans succès. Ajouté le décalage horaire, le chant du muezzin à 4h30, la famille entière levée entre 5 et 8 h, je ne vais pas très bien dormir. Physiquement, car mentalement je suis très heureux dans ma petite bicoque et dans cette famille.



Temple de Borobudur

Temple de Borobudur

Je me rends ce matin au temple de Borobudur, l’un des plus célèbres monuments du pays, classé à l’Unesco. Un peu le Angkor local. Pour m’y rendre, je choisis un taxi par l’application Grab. Moins de 200 000 roupies pour environ 40 km soit environ 10 €. Une aubaine en considérant le temps qu’il me faudrait en transport en commun. Je me sens un VIP, pris devant ma porte et aux petits soins dans ma belle voiture climatisée. Le transport m’enchante. Je me sature d’images, simples, de tous ces petits vendeurs, de tous ces jeunes entrant et sortant des écoles, de toute cette vie, ce grouillement de la ruche humaine asiatique. Le tout sans animosité ni stress. L’arrivée à Borobudur m’apaise, agréable, la route enjambant deux rivières. Près du grand site, je saisis l’importance du lieu. Un vaste parc très propre où travaillent jardiniers, guides, employés à la vente de tickets. Même si le prix d’entrée demeure assez affolant, pour une fois, on voit que l’argent sert au moins à l’entretien.



Temple de Borobudur, Java

 Il faut commencer par montrer sa réservation, recevoir un bracelet et son QR code. Puis une navette à ciel ouvert nous amène par petits groupes au bout d’une grande allée menant au temple. J’y reçois des jolies sandales pour ne pas abîmer les pierres et un petit sac pour mettre ses affaires. Joli souvenir finalement. Il faut ensuite attendre le numéro de son guide. Comme j’ai beaucoup d’avance, je vais un peu errer dans le parc. Le soleil brûle, j’ai rendez-vous pour le tour de 13h30. Je me promène alors au pied de l’édifice, prenant seul les photos où bientôt le guide demandera à tout le monde de faire la sienne. J’entends les prières de la petite zone musulmane du parc.



Temple de Borobudur, Java

Finalement, pas grand-chose à faire alors je retourne vers la salle d’attente des guides. Comme je suis seul, je me faufile dans un petit groupe avant mon heure. Le guide, un petit homme avec un chapeau en paille pointu, fait bien le job, expliquant la création du parc du VIIIᵉ au IXᵉ siècle et les significations religieuses de l’édifice. Nous remontons la grande allée, scannons nos bracelets puis en route pour le nirvana. 


Temple de Borobudur, Java

Chaque niveau supérieur nous élève. Des statues partout, éléphants, bateaux, bouddhas avec ses différentes postures (pas de ventre ici, ce n’est pas le bouddha chinois !). Le site a été ébranlé par les tremblements de terre, recouvert de cendres, redécouvert par Sir Raffles, le fondateur de Singapour, rénové par les Hollandais puis par l’Unesco. Remonté comme un Lego, en quelque sorte. 9 stûpas détruits par des extrémistes musulmans en 1985. Le site en impose, très original mais ne m’émeut guère. Il m’est d’une beauté froide. Du monde certes mais les petits groupes sont bien dispersés et on ne se bouscule pas. Bien mieux qu’à Carcassonne ou qu’à Rocamadour en juillet. Ce système de quota a du bon. Qu’on le veuille où non, il reste la façon la plus simple de remédier à la surfréquentation. Nous resterons environ une heure sur la partie haute, ce qui est largement suffisant. La plupart des gens son là pour prendre de belles photos et peu pour observer le détail des pierres. J’avoue que ce temps m’a suffi. Puis le groupe se sépare au pied du grand escalier. Je fais alors le tour des jardins, je remonte au pied du temple, l’observant sous toutes les coutures. Un ton en dessous de la Pyramide de Khéops et du Taj Mahal. Une petite navette pour rentrer, un passage par un long hall rempli de vendeurs de souvenirs et me voilà dehors.


Évitant les quelques taxis, je me rends à pied à la gare routière par des petits chemins longeant les champs. Un monsieur s’acharne à faire des tas de terre, des enfants jouent au cerf volant fait maison. Dans le stade en plein air, un jeune m’épate à faire son entraînement de course sous ce soleil brûlant.

La gare se trouve près d’un marché, sale, odorant, encore d’un autre temps. J’y goûte l’Indonésie d’avant, les étals abîmés, les fruits, les légumes, en vrac et sans prix. J’aime ces endroits. À la toute petite gare routière, je trouve vite un petit bus Damri, direct pour le centre de Yogyakarta. Nous serons 3 passagers ! Climatisation trop forte, bien sûr, et bouchon jusqu’en ville. Le centre historique, tout propre et plutôt rutilant, m’apparaît agréable. Je le visiterai demain.

Je fonce passer la rivière pour enfin déjeuner-dîner dans un tout petit snack sous un pont, conseillé par un blogueur ayant vécu ici 8 mois. Franchement, je me demande au départ ce que je fais là. Trois jeunes filles dînent sur de petites tables, les jambes croisées, et rigolent lorsque j’essaye de me laver les mains dans l’évier sans eau (la patronne la fera couler bientôt). Je commande un poulet grillé, du riz, un thé glacé et un tempeh (sorte de beignet de soja). Au bord de l’eau, devant ma mini table, je passe un bon moment bien loin des touristes. La patronne ne comprend pas un mot d’anglais, mais je pense qu’elle comprendra ma satisfaction finale.



Lituanie

Le lien vers les PHOTOS  du temple de Borobudur.


Mon restaurant à Yogyakarta

Le retour en bus sera assez long. En fait le système Trans Jogya est très bien fait. Avec l’application, on comprend très vite. Il m’aura fallu moins d’un jour. Je me retrouve sur une plateforme à attendre mon bus qui ne viendra pas, le dernier étant passé. Je suis à 2h40 à pied de mon lit ! Pas de panique. Un coup de Grab et un petit scooter vient me chercher pour 1€50. Grisant de se faire emporter dans le flux de la circulation. Les voitures, les motos, tout ce monde urbain se frôle et se croise. Pour sortir des parkings, il existe un « métier ». Un homme fait des bruits et agite une sorte de sabre laser pour faire arrêter la circulation, le temps que le client sorte. Un métier dangereux. À un feu rouge, un homme assez âgé gratte sa guitare devant des enceintes crachant un son trop saturé. Je ne sais pas s’il peut gagner trois sous comme ça. Dure vie.



Mon restaurant à Yogyakarta







Le spectacle est partout. Sur des tapis, des familles dînent, se reposent. La misère ne se voit pas, pas encore. Quelques petits vendeurs de rue respirent la précarité. Pas de mendiants. Rejetés au loin par la police ?


Une journée agréable, plus par l’atmosphère que par le site de Borobudur finalement. Valait-il les 29 €? Ne pas le voir m’aurait gêné. On se dit : « on ne sait jamais. Peut-être vais-je être transporté ? ». J’oublierai vite les 3 petits billets, il me restera quelques images de ce site de classe mondiale.

Je me sens déjà heureux dans ce pays. Comme supposé, je suis un poisson dans l’eau dans la peau du voyageur. J’aime cette vibration, cette vie débordante de l’Asie.

Soirée tranquille dans la maison assoupie. J’ai à peine le temps de croiser Jundan qu’il se couche déjà, après sa prière. Il n’est pas en vacances lui !



Yogyakarta, le centre historique

Kraton de Yogyakarta

 

Encore une petite nuit : le (les muezzins), la famille, la fraîcheur(!), je me lève un peu en forçant pour profiter de ma matinée. Les musées fermant assez tôt en ville. Je commande un Grab et un conducteur sympa arrive dans les 5 minutes. Quel luxe ! Il sera très prolixe et curieux de la France. Je lui apprends à dire « Bonjour et merci ». Il fait de même dans sa langue. Je ressens le fossé qui nous sépare. Il est jeune, déjà avec une femme et deux enfants. Il écoute de la musique rock de groupes que j’ai eu la chance de voir en concert. Lui n’en a jamais eu l’occasion. Il conduit pour manger, me dit-il, et les concerts, les voyages ne font pas partie de sa vie. Il me demande mon âge et ne croit pas à mes 50 ans. Je ne les fais pas me dit-il en se retournant. « Vous devez être riche, me dit-il ». Les travailleurs à la dure marquent plus sur leurs visages, leurs mains, leurs postures. Certainement. Au loin l’inquiétante figure du volcan Merapi, l’un des plus actifs du monde, fumant sur un fond de ciel bleu.

Kraton de Yogyakarta





Quel plaisir de rencontrer des gens si sympas et ce n’est que le début. Il me dépose à l’entrée du Palais du Sultan, le Kraton. Une petite ruelle où les bus peinent  à faire demi-tour, où se retrouve tout ce qui se fait de plus touristique en ville. Pour 25 000 roupies me voilà entré. Un palais loin de Sissi ou des sultans d’Istanbul. Vaste certes mais ne respirant pas l’opulence. Disons que l’on ne visite pas la résidence principale de l’actuel souverain. De grandes cours, des halles, de petites maisons et des expositions à l’intérieur. En cette matinée la foule se retrouve pour écouter le Gamelan, ensemble instrumental traditionnel, et observer les danses traditionnelles. 


Autour d’une scène, sous une halle, les danseurs et danseuses se succèdent. Le rythme polyphonique semble répétitif et aux harmonies peu conventionnelles. La danse se fait en contorsions, en jeux de bras et de mains. Du combat aussi et de beaux déguisements, masques et peintures. Je ne suis pas si fasciné alors je laisse le gros du public occupé à filmer pour visiter le reste du complexe.
 


Des halles avec des objets ouvragés en bois, des expositions sur la vie du sultan, sur les porcelaines. En fait l’ambiance vaut autant que ce que j’en tire comme connaissances. De cours en cours, je m’éloigne vite de l’entrée pour arriver au dernier palais, celui près de la grande place, où semblent s’ennuyer quelques joueurs du gamelan. J’avance, tant que l’on ne me dit pas que c’est interdit. Interdit par exemple de prendre en photo les joueurs de l’orchestre qui se reposent. Par contre pour les danseurs, surtout pour les plus jeunes, c’est un peu Cannes. Tout le monde veut avoir sa photo et les jeunes posent patiemment devant les flashs. Quelques rabatteurs tentent toujours de m’amener voir des ateliers de fabrication de marionnettes. Pas de grande émotion mais avant la fermeture, quand la plupart sont partis manger, l’endroit montre une sérénité agréable.












Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  du Kraton de Yogyakarta.


Yogyakarta

Je quitte l’endroit pour me rendre au Taman Sari par les voies secondaires, à la recherche d’une petite adresse qu’un habitant expatrié donne sur son blog. Je me perds un peu, avec plaisir. Éloigné des artères principales, je découvre la vie simple des habitants. Les enfants me saluent «  Mister. », « Hello ». Un week-end dans la vie normale. Le petit snack où je mange ne paye pas de mine. La patronne ne parle pas anglais. 



Taman Sari , Yogyakarta
Je vais essayer sur son conseil un soto, une soupe de riz et de poulet. Dans l’évier où je demande à me laver des mains, les fourchettes à laver s’entassent. Les plats sales patientent aussi sur les tables. Bonne ambiance, je suis tout seul, bientôt rejoint par un jeune homme qui engage vite la conversation. Les jeunes sont vraiment curieux de tout ce qui vient de l’Europe. Les plus âgés peut-être aussi, mais eux ne parlent pas anglais. Je vais alors passer un agréable moment, loin des restaurants pour touristes, pourtant à 100 mètres de l’entrée du Taman Sari


Taman Sari , Yogyakarta
Cet endroit fait partie du package « Sultan » de la ville. Ici se baignait-il, ainsi que ses femmes et concubines. Du monde mais finalement cela ne me dérange pas tant que ça. Juste impossible d’avoir le plan que l’on veut pour sa photographie. Il faut dire que tout le monde pose partout. Pas des poses d’influences  mais juste des jeunes et moins jeunes qui aiment ces rituels. Jundan me l’expliquait hier. 




Taman Sari , Yogyakarta
"L’indonésien n’aime pas trop lire, et quand il voyage quelque part, il se prend en photo et s’en va." L’entrée consiste en de belles portes sur lesquelles on peut accéder à une plateforme. Un couple de Françaises devant moi. L’une dit à l’autre « Je commence à péguer. » « C’est sûrement le climat, ajoutai-je ». On ne dit pas ces choses-là devant un gars comme moi avec un sac Décathlon, marque française identifiable entre toutes. 


Deux jolis bassins rectangulaires peu profonds et à l’eau bien propre. Des jets d’eau et des marches pour y accéder. Privatisé, l’endroit serait incroyable. Là j’ai du mal à me transporter dans un temps lointain. Le bassin des concubines, plus petit, se tient à l’écart, séparé d’un mur. De petites ruelles partent et rejoignent un petit quartier, touristique, où il fait bon déambuler. Certes on attend le chaland mais en faisant deux pas de côtés, je me retrouve vite isolé. Un côté souk du Caire dans cet esprit d’errance et d’évitement. Je m’intrigue d’un groupe de jeunes avec un photographe. L’un d’eux pose un peu partout. Je demande si c’est star de la télévision, on me répond que c’est un rappeur très connu dans le pays. Je lui souhaite des photos de lui de part le monde. 


Je vais passer et repasser, ici près du château d’eau, là près d’un ensemble de pièces servant en apparence aux toilettes avec un système d’irrigation bien étudié. Pas d’explication, tout n’est pas ouvert, mais je ressens l’histoire. Un agréable moment. Je poursuis ensuite par le marché Ngasem, qui est en train de remballer. Les enfants jouent, les conducteurs me veulent sur leur engin. Pas encore acheté de fruit, cela ne va pas tarder. D’abord se renseigner sur les prix pour se faire une idée.






















Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  du  Taman Sari de Yogyakarta.


Musée Sono-Budoyo, Yogyakarta
Je rejoins le musée Sono-Budoyo, me perdant encore dans les ruelles. Je me retrouve à longer l’immense place Alun Alun. Un sable noir sans traces, un carré d’arbres au milieu et rien d’autre. Un endroit incroyable, destiné aux militaires.


Le musée ferme tard, j’ai tout mon temps. Beaucoup de beaux objets : kriss, statuettes, batiks, bois sculptés. Bien présentés, bien éclairés et en nombre raisonnable, ce sont des objets qu’on observe. Beaucoup de jeunes. Un groupe s’approche de moi et me demande s’ils peuvent discuter, pour s’entraîner en anglais. Ils finiront même par me filmer, une des jeunes filles étant influenceuse. Quel accueil ! Le musée se comporte de deux bâtiments séparés par une petite cour. Encore des beaux habits, de la porcelaine, des masques et tout en haut, une exposition interactive avec casque de réalité virtuelle. Un côté un peu salle de jeux pour moi.

Je quitte le musée au soleil déclinant, le vent se levant toujours avec le changement brutal de température. Je vais suivre les conseils de mon blogueur local pour me retrouver dans des petites rues où on me salue encore et où je prends un réel plaisir à errer, sans aucune crainte. Je me retrouve devant une minuscule boutique de pâtisserie, les bakpiah. Encore chauds et fabriqués dans la maison de la dame, j’en prends deux boîtes. Ils ne parlent pas anglais et m’offrent même un gâteau en attendant qu’on se comprenne. Une adresse réputée mais confidentielle. Je termine dans un snack devant un super repas à moins de deux euros, boissons incluses. Quel plaisir de se régaler autant sans regarder la note ! Je prends ce que je veux, un peu au hasard, sans crainte. Encore une fois aucun touriste autour de moi. Je rentrerai en bus, cette fois sans problème de correspondance. Un étudiant voudra encore me parler, il s’appelle Zidane et étudie à l’Université Islamique d’Indonésie. Le gars part pour une soirée littéraire, un samedi soir ! Très curieux et flatté de parler à un Français. Encore un ! Pour finir, un petit tour en moto-taxi et me voilà de retour à la maison, encore vide ce soir.

De beaux endroits remplis d’histoire, mais une fois de plus, ce sont les gens et leur curiosité envers moi qui me marquent le plus. Je prends le rythme et me sens très à l’aise ici. Demain, je n’ai rien de prévu. Il va falloir bosser ce soir.

Jundan et sa femme rentrent tard. Nous partageons enfin autour d’une table. Très occupés, je n’ai pas eu vraiment le temps de les connaître. Elle aime la danse traditionnelle mais aussi la danse moderne. Lui ne souhaite pas trop qu’elle danse avec d’autres hommes. Elle est jolie il est vrai. Nous parlons de nos montagnes (ils n’ont jamais touché ni vu de la neige !), de nos rêves de voyages (l’Europe leur semble très éloignée, elle l’est), de mes projets des prochains jours. Demain leur fille prend des cours de langue maternelle très très tôt. Un dimanche ! L’heure du lit, je remonte dans mon antre en hauteur où je me sens très bien, comme dans un petit cocon.


Surakarta, l'autre ville royale

Train entre Yogyakarta et Surakarta

Un peu pris de court, éloigné des transports en commun, j’ai choisi l’option la plus évidente et réaliste : un voyage d’une journée en train dans la grosse ville proche de Solo (Surakarta). Le train express permet ce luxe. Il n’en aurait pas été de même 20 ans auparavant, pour sûr. Encore un taxi devant ma porte, pour un dépôt devant la gare. Je note les belles et très imposantes universités de la ville. Pas vraiment l’image d’une Indonésie de carte postale. Ici se forme peut-être les leaders du numérique de demain. Les bâtiments en tout cas n’ont rien à envier aux nôtres, de l’extérieur. La gare possède encore deux ou trois comptoirs climatisés pour acheter des billets. Pour une ville d’un demi-million d’habitants. Pourtant il n’y a pas la queue. Espérons qu’ils conservent cette façon d’acheter, en tête à tête. Je me retrouve avec un billet executive à 55 000 roupies. La gare est bondée en ce week-end. Bien faite, j’observe quand même quelques différences avec les nôtres. Le bruit. Les trains à quais font un boucan d’enfer. Les employés de gare sifflent fort et une musique entêtante se répète avant le départ. Peu relaxant. Sinon, des sièges partout, des ventilateurs. Loin des images du voyage d’antan. L’Indonésie est moderne, parfois plus que notre vieille France. Moment important : l’hymne national résonne dans l’enceinte. La plupart des gens se lèvent et chantent. Imaginons la Marseillaise en gare de Bordeaux ! Le trajet est confortable, évidemment. Encore une fois, le confort mondial s’égalise. Je pense au temps d’Agatha Christie, aux épopées ferroviaires coloniales. Temps de cartes postales. Il y en a tout une collection en grand format sur des murs un pan sur le mur. Pour les nostalgiques.


Kraton de Surakarta


Paysage de champs, volcan imposant en fond. J’arrive à Surakarta vers midi. Gare identique, propre et efficace. Je réserve vite un taxi Grab pour arriver au Kraton avant la fermeture. Cette fois-ci, je me fais un peu avoir et paye le parking. Une perte d’un demi euro ! Déposé devant le palais (voir photo ci-contre), j’assiste au défilé des becak, sorte de pousse-pousse où le coureur est devenu cycliste. Deux gardes posent parfois pour les photos devant une entrée, la plus belle, avec ses bois sculptés.

L’entrée officielle se trouve à une centaine de mètres plus loin. De l’agitation mais finalement la visite sera plutôt confidentielle. Première surprise, le prix de 25 000 passe à 60 000 pour les étrangers. Il faudra revoir les blogs. Avec ce prix, j’ai droit, comme tout le monde, à une visite guidée. On ne peut pas déambuler seul dans le palais du roi des rois. Cette visite sera le meilleur souvenir de ma journée. Deux jeunes filles en stage, qui souhaitent devenir guides plus tard s’avancent timidement vers moi pour m’annoncer qu’elles s’occuperont de moi. En fait je suis le seul touriste anglophone. Les autres groupes se composent de 10 voire plus d’individus. Moi, j’ai droit à mes deux guides en VIP. Franchement sans elles, la visite aurait été bien pauvre, rien n’étant écrit en anglais ici, sauf « Don’t touch ! ». 

La visite commence par une présentation de l’arbre généalogique et des peintures de la famille régnante. Ici pas de sultan mais un roi. Il ne vit plus dans le palais mais non loin. Les deux guides ne l’ont jamais vu. Est-il en Suisse ? À suivre. Le lieu ressemble au Kraton de Yogyakarta avec une grande cour couverte d’un sable noir volcanique, austère, avec 77 arbres, le chiffre 7 étant sacré. Des halles ouvertes avec parfois des instruments pour le gamelan. Une tour en rénovation de plus de 30 mètres de haut, le lieu de résidence du roi, la galerie des glaces pour les réceptions. On ne pénètre pas dans ces lieux. Je note l’état de délabrement des toitures, des boiseries. 















Kraton de Surakarta

On sent moins de soin qu’à Yogyakarta. Néanmoins, je préfère de beaucoup l’atmosphère de ce lieu. Le fait de n’y voir aucun touriste occidental y joue pour beaucoup. Il ressemble plus à l’Indonésie d’avant le pense, un peu moins piège à touriste. Ici personne pour nous proposer autre chose que la visite. Et puis quel calme ! La visite se poursuit par celle du musée attenant à la grande cour. Les objets semblent avoir été posés là il y a 40 ans et plus déplacés depuis. Poussière, aucune explication en anglais. Un musée à l’ancienne





Kraton de Surakarta




Mais avec mes guides (voir photo ci-contre), j’en apprends beaucoup. Nous parlons aussi de nos différences, de la France, de nos royaumes respectifs. Défilé de carrosses, qui n’ont pas dû bouger depuis des lustres, kriss (Connaissez-vous Dune ? Non), poteries, lances, marionnettes (Wayang, d’une grande finesse), cérémonie de mariages, statuettes en bronze, ombrelles, ustensiles de cuisines… J’en apprends beaucoup sur cet ancien temps, devant ces peintures désuètes où les rois et les reines posent. L’image d’une royauté qui a abandonné son palais, loin de nos couronnes européennes. Nous marchons d’un pas lent, au rythme de leurs commentaires. Le musée, par ses galeries, entoure un jardin rectangulaire fleuri cette fois avec de gros arbres bien exotiques. Au milieu, un puits. De l’encens brûle et des gens font des ablutions de cette eau considérée pure. J’aime beaucoup, aucun smartphone pour filmer la scène. Nous nous quittons après ce très bon moment vraiment privilégié dans cet endroit paisible et intéressant dans son état de semi-abandon. Espérons que l’argent des touristes étrangers serve à maintenir tout ce lieu debout encore longtemps.





























Becah, Surakarta


Je poursuis par le marché de Klewer, immense édifice sur plusieurs étages, où se vendent des tonnes de textiles. Je déambule dans ces travées très étroites, on me salue bien souvent. Impression que tout le monde vend la même chose. Comment font-ils pour se démarquer et gagner leur vie ? Des tee-shirts, des robes, des chemises dans le style très indonésien. Franchement les robes sont belles et à des prix dérisoires. Une partie du marché se consacre à la nourriture. De toutes petites gargotes et des services sur comptoirs microscopique. Loin des halles de Cork ou de Florence. Je ne croise pas un touriste. Je me laisserais bien tenter par des slips, mais comme Pierre Richard, je n’ose pas, ou par un dessus de lit pour remplacer le mien, mais je n’en trouve pas.

Je poursuis la faim au ventre vers le quartier des batiks : Kampoeng Batik Laweyan. Un endroit assez touristique, où les Indonésiens se prennent en photo tous les 20 mètres. L’endroit est joli mais trop touristique à mon goût. Je préfère décidément les marchés classiques. Propret, le quartier propose à de bons prix tous les batiks dont on peut rêver. Je passe mon chemin.

Je vais errer un moment un peu au hasard à la recherche d’un endroit pour manger. Le long d’une grosse avenue je finis dans un restaurant de miso japonais. Bon, mais vraiment trop épicé pour moi.

Je poursuis par un joli marché aux antiquités : Triwindu Antique Market. Deux étages genre marché aux puces. De tout, de la ferraille, de vieilles cassettes audios, des lampes, des vieilles télévisions… Pas sûr que ces objets trouvent preneurs autrement que pour de la décoration de film vintage. J’aurais bien acheté des cartes postales, mais je n’en ai pas trouvé. D’ailleurs y a-t-il une poste ici ? Les vendeurs dorment, sirotent des jus de fruits, les enfants jouent au football dans la rue et font hurler les alarmes des voitures gênantes.












Minaret de Surakarta
Prochaine étape, la grande mosquée. Une dame et son fils me demandent de poser avec eux. Se sentir star d’Hollywood, rare pour moi. L’entrée de la mosquée est très calme. Les femmes d’un côté rentrent par un pédiluve. Dedans, tout aéré, le grand hall propose un lieu de repos pour tous. La religion comme ça, je valide. Paisible et bienveillante. Magnifique minaret dans la cour. Je n’oserai pas rentrer, un peu de peur que mes chaussures à 150 euros disparaissent et que je me retrouve pieds nus en ville ! Eux laissent des sandales à 1 euro.

Je traverse ensuite une très grande place (Alun-Alun), à l’image de celle de Yogyakarta : un grand carré, de l’herbe cette fois, pas de grilles, et des imposants arbres au milieu. Les enfants jouent avec des cerfs-volant faits maison alors que la  brise du soir tombe sur la ville.

J’arrive vite vers le Benteng Bastenburg, fort colonial malheureusement non visitable. Je dis vite mais traverser une avenue s’avère bien souvent impossible ici. Les vagues de motos et de voiture ne cessent jamais. Quand une ouverture se crée, il faut foncer en serrant les fesses. Non loin, une gare routière en extérieur. Beaucoup de groupes de femmes qui consomment desserts et petits plats chaud. Très bonne ambiance. Atmosphère sereine et joyeuse d’un dimanche.

Je crois quand même quelques travailleurs peu à la fête. Le visage grillé par le soleil, épuisés près de leurs vélos ou derrière leurs petits stands, j’imagine les salaires bien maigres à la fin de la journée. Et moi qui gagne des milliers sans rien faire, en vacances. Injustice du lieu de naissance.

Il me reste à visiter le marché alimentaire de Pasar Gede. Je rentre dedans et ne peut éviter les regards amusés. Je fais vraiment tache au milieu de ces étals. Je croise deux rats gros comme des chats. Beaucoup de choses mangeables, des raisins, des gâteaux mais sans prix je n’ose pas encore trop me lancer. En tout cas, je me régale de ces ambiances et de ces produits inconnus.

Il me reste à rentrer tranquillement à la gare. Je parcours des avenues un peu désertes où quelques habitants font de la peine, semblant bien fatigués et tristes, traverse un parc où les enfants s’amusent sous le regard des parents. J’aime toujours ces dimanches simples dans la vie des gens. Un indispensable de chaque voyage. Juste les observer au repos dominical.


Parc de Surakarta



Je termine dans un nouveau bureau climatisé pour acheter mon billet. 1 heure d’attente confortable, comme le retour.

Je rentre un peu tard. J’ai le choix entre le bus ou avoir un dîner. Je choisis la seconde option. J’ai une adresse d’un petit stand d’une mamie faisant un très bon Nasi Goreng. Un dimanche soir à plus de 20 h, je n’y crois pas, mais j’essaye. Devant l’étal vide, je fonce vers ma seconde option, le meilleur gudeg de la ville, une spécialité, vers l’artère principale de Malioboro. Quelques beaux hôtels, pour moi sans âme, quelques autres un peu glauques, des touristes bien propres séjournant dans le quartier. Mon adresse est fermée, j’improvise là où je trouve de la lumière. Encore un bon repas. Un taxi me prendra devant le snack pour un retour dans mon lointain « village ».

Une belle journée, sans monuments exceptionnels, mais encore une fois riche en senteurs, en exploration urbaine et en belles petites rencontres.
Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  de Surakarta.



Un volcan très actif, le Merapi

Volcan Merapi

Habitant à son pied je ne pouvais quand même pas l’éviter lors de ce voyage. Je n’ai pas vu Jundan hier soir, je manque donc cruellement d’informations pour organiser ma journée. Il m’a juste envoyé un lien vers un point de vue : Ekowisata Kali Talang, au bout d’une route à plus de 1100 mètres d’altitude. Je n’ai qu’un moyen de m’y rendre, le taxi. Je ne sais pas ce que je ferai là-haut ni après. L’improvisation. La route grimpe dur, la voiture peine. Paysages maraîchers, la terre fertile volcanique ayant toujours attiré les habitants, au prix d’un danger certain. Beaucoup de rizières et de cultivateurs le long des petites routes. De derrière ma fenêtre, je m’ébahis du spectacle, de ce volcan fumant qui se rapproche. 49 éruptions explosives entre 1548 et 2010, il est le plus dangereux d’Indonésie et fascine les plus téméraires.

Je me retrouve sur un petit parking encombré de scooters. Une petite cabane pour payer son entrée et quelques snacks. 5 000 roupies et me voilà en règle. Je serai le seul touriste occidental de la journée, du moins je n’en croiserai aucun.

Beaucoup de groupes de jeunes, en général non mixtes et quelques couples empruntent le sentier. Il consiste en 4 postes. Entre 1100 et 1400 mètres d’altitude. Quelques bancs et tables pour se reposer en chemin, une tour panoramique mais l’endroit reste très nature et vraiment agréable. Le sentier monte tranquillement. Les locaux, parfois en Crocs ou en sandales, glissent un peu sur le sentier très érodé, mais rien d’anormal. Comme toujours, on me salue « Mister, Mister » etc. La routine. Des singes dans les arbres, des rapaces dans les airs, des papillons et un tas d’oiseaux chanteurs. Je suis bien loin de chez moi. Je m’impressionne devant ces ravins où la lave et les nuées ardentes s’engouffrent. On dirait des rivières de sable noir, comme des canyons. La végétation au loin est dense et luxuriante. Une petite forêt tropicale de montagne. Aux abords du sentier, des locaux s’épuisent à couper des herbes grasses qu’ils transportent sur leurs motos, rendant le milieu végétal plus clairsemé. Je croise même une grand-mère toute petite écrasée sous deux énormes bûches ! Dure vie. Quelques feux aussi. Je me retrouve au point terminal. Le sentier continue, mais il est interdit depuis 2018, comme dans tout rayon de 4 kilomètres autour du sommet. Un peu frustrant tant j’aurais aimé monter plus haut, vers les forges de Sauron.

Volcan Merapi



À chaque panneau, les locaux posent et reposent. Ils les squattent en fait. Un peuple fan des panneaux ! Quelques jeunes sportifs en chaussures de trail transpirent un peu plus. Les autres sont en veste, même en doudoune. Moi je crame en tee-shirt ! Ce matin très net, le sommet se charge de nuages et se cache. Il en reste fascinant, crachant des vapeurs parfois légèrement orange. Un endroit magnifique, vraiment.

Ma descente faite, je m’arrête dans les petits stands de nourriture pour un Ayam Goreng, un poulet frit avec du riz, et un thé chaud. Très bon, pour 20 000 roupies.

Je souhaite ensuite aller à Kaliurang, à environ 3h15 de marche de là. Je me dis que je trouverai facilement des taxis en route. Erreur.

Quoi qu’il en soit, je pars confiant et enthousiaste. Vraiment hors de sentiers battus je me retrouve à traverser un village, désert, passant au milieu des étables, des champs de bambous et de quelques légumes. Les enfants croisés me saluent, les parents me regardent passer, sûrement surpris. Seuls les porteurs de bambous marchent ici sur la route. J’apprécie ce calme, ces visites de l’Indonésie profonde. Aucun stress, aucune inquiétude. Tout est si paisible. De retour en France, je lirai un énorme pavé sur l’histoire de l’indépendance du pays, sur les massacres, la peur, les exactions, néerlandaises ou japonaises, voire indonésiennes. Je n’imaginais pas la vie, la peur, les injustices que durent subir les civils et les combattants dans un passé pas si lointain. Le temps lave le sang et étouffe les cris. Ne pas oublier l’horreur.


















Volcan Merapi

Et puis la route s’élargit un peu et je vois que le chemin sera interminable. J’essaye de raccourcir ma marche en cherchant un taxi, voiture ou moto. Rien. Alors je vais marcher, marcher un long moment. Réessayer, échouer. Un transporteur de bestiaux roulant au pas s’arrête et me propose de monter devant. Je vais faire une portion de route avec lui.







Kaliurang

Je tente le stop, sans succès. La plupart des scooters sont chargés de 2 ou 3 personnes. Quelques travailleurs que je n’ose déranger. Des femmes seules, qui ne me prendront jamais. Je marche et marche encore. Heureusement, je suis en altitude, il fait plus frais et l’ambiance reste très appréciable. Je passe près d’écoles, de fermes, je croise des poulets à très longues pattes, je sens les feux, j’observe la vie des gens au rythme de mes pas. Finalement, j’arrive enfin à trouver une moto taxi pour m’emmener à Kaliurang, en son point le plus haut tant qu’à faire. Voilà une station balnéaire d’altitude, à 900 m, bondée le week-end, déserte en semaine. Je croise des touristes en train de poser dans des jeeps en faisant la célébration signe d’Usain Bolt. J’observe ces mêmes jeeps rouler dans des parcs remplis de trous et de flaques. Un autre tourisme. Je les croise juste et repars dans mon monde.

  Kaliurang ne ressemble pas vraiment à nos villes de montagnes comme Saint-Lary ou Cauterets. La ville s’étale et je ne lui distingue aucun centre.  Des pancartes pour des Lava Tour, de quoi manger, mais pas grand monde alors que le soleil décline. Je me fais déposer au Tlogo Putri. Un terminus au pied des pentes du volcan. Un endroit qui devait être merveilleux mais qui est dénaturé par un grand parking, des stands de nourritures et un bassin avec pédalos (voir photo ci-dessus). J’arrive devant l’entrée, fermée, accédant à la réserve naturelle. Ambiance Jurassic Park avec les singes partout, hurlant et se battant. Plus un touriste, des stands la plupart fermés. Un garde tire à la carabine à air comprimé sur les primates pour les éloigner. La jungle impressionne quand même, là où la pente interdit la trace de l’homme.

Je vais alors errer en redescendant, au gré de mes humeurs. Je croise des jeunes jouant au volley. Je les trouve très bons. Cela smashe de partout et les balles reviennent !

Quelques beaux hôtels apparemment sans clients, une mosquée, des maisons secondaires vidées. Un bon choix de venir un lundi soir, à la nuit tombée.






Repas à Kaliurang




Je vais manger chez une petite mamie courbée comme Golum. Sans Google, je n’aurais probablement pas osé entrer. En fait, je n’aurais même pas su que l’on pouvait manger ici. Je me retrouve seul dans une petite salle à manger (voir photo ci-contre). Elle me montre les plats et je me sers, à la cuillère. Du riz, du tofu, des légumes en sauce, des trucs croustillants inconnus et un thé chaud au thermos. Sur les murs des photos d’elles en train de cuisiner. Peut-être a-t-elle fait ça toute sa vie ? Une vieille télévision à tube cathodique, des photos du président Sukarno. Elle commence à fermer. Record battu : 15 000 roupies le repas ! Et c’était très bon.


Voyager en Asie, c’est pour moi, pousser des portes et se retrouver dans des coins improbables. Je me dis que mon estomac est rôdé, que je suis résistant. Je mange tout, les légumes, froids, cuits, les sodas avec de la glace. J’espère ne pas avoir à me calmer. Ces moments sont le sel du voyage. Je n’ai aucune envie de lieux chics et branchés pour allemands et américains. Je n’ai passé la journée qu’avec des locaux, du matin au soir. Là est mon plaisir.

Une fois dehors, sur une petite place à peine éclairée, désertée, je me dis qu’il faut rentrer en espérant trouver un taxi. Au deuxième essai, l’un d’eux m’accepte. Je me dis que sans smartphone, je ne sais comment j’aurais organisé cette journée. Entre les routes tortueuses que j’ai empruntées et les services de Grab pour me conduire, comment aurais-je fait ? Je n’y serais pas allé, simplement. Quelle liberté de se dire que je peux me déplacer et rentrer de presque partout, sans bus ni train.

De retour dans la maison encore vide, je savoure, les fenêtres ouvertes, écoutant les insectes chanter, dans la douceur de ces soirées d’Asie.
Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  du volcan Merapi et de Kaliurang.



Les temples de Prambanan, au coeur de l'hindouisme indonésien

Temple de Plaosan


Encore un réveil très matinal. Le muezzin à 4h30, la scie circulaire à 7 h, l’impression que tout le monde se lève et se couche avec le soleil dans ma maison. Je rentre à 18 h ou 21 h, je ne vois personne. Mais bon, je suis en vacances, je ne me plains pas. Je devrais peut-être poliment m’adapter à leur rythme, mais je ne le fais pas.

Je pars ce matin en taxi pour le temple de Plaosan, à une vingtaine de minutes de ma maison. Paysages plats, rizières, école (enfants s’entraînant à marcher au pas). Ma journée marathon de temples commence au chaud. Le Merapi se voile de nuages mais le soleil tape vraiment.

J’ai beaucoup de temps devant moi aujourd’hui. La plupart des voyageurs ne restent pas une journée entière sur Prambanan. Alors je savoure.

Temple bouddhique du IXᵉ siècle, constitué de beaucoup de tas de pierres autour de deux édifices principaux. Je paye 50 000 roupies et ne reçois pas de ticket. Où va l’argent ? J’aimerais tracer nos billets. Je me faufile dans les allées, observe les détails des sculptures, le tout sans passion. Je ne sais pas quel pourcentage de voyageurs regarde vraiment ces temples. Avec un guide, on fait l’effort, on regarde où il pointe le doigt. Sans guide, je n’apprends rien. Je vois des bouddhas, ou des Shiva, des éléphants, des Vishnu, mais cela ne m’intéresse pas vraiment. Je mise plus sur l’architecture globale, sur le pouvoir onirique. Alors je m’isole, bien qu’il n’y ait sur site que quelques visiteurs. Je m’assieds dans un coin d’ombre et attends l’émotion. Je me force un peu à savourer devant tant de travail et de maîtrise dans l’art de tailler la pierre. Le problème ? Les escaliers et les portes. Dès qu’un groupe d’Indonésien·e·s s’en empare, ils ne le lâchent plus. Toutes poses possibles, sauts, jeux de bouches… Quel cirque ! On dirait qu’ils ne viennent que pour ça, pour faire des mimiques devant un objectif, le dos tourné aux œuvres. Tellement que dans le temple de Prambanan, pour le temple de Shiva, un panneau interdit les photographies dans l’escalier. Ce serait ingérable.

Depuis ce temple, une bonne mise en bouche, je décide de partir un peu au hasard vers d’autres sites plus éloignés, vus sur la carte.









Dans la plaine de Prambanan

Objectif : Candi Barong. Une bonne heure de marche d’après mon téléphone. Le problème, ce qui apparaît en petit chemin sur la carte ou entouré de vert, ne veut pas dire sentier tranquille de campagne, pas toujours. Je longe les rizières, (voir photo ci-contre) observant le dur labeur en plein cagnard des cultivateurs. Vision qui n’a pas vraiment changé depuis des siècles. Quel dur métier, avec la réverbération, le dos courbé, les maladies, les serpents… ! La route s’élargit, pas vraiment de place pour les piétons sur le bord. Alors on me frôle. Un jeune qui doit avoir pitié me propose de monter sur son scooter. Il va m’emmener jusqu’au temple ! Je m’attends à ce qu’il me demande de l’argent, il pourrait. Mais non, il m’a filmé en route et était juste content de porter un « Mister », combien l’entends-je par jour, sur sa monture. Effectivement, à pied, cela faisait une trotte.


Temple de Barong


Je vais beaucoup aimer le temple de Barong. Il n’est pas très spectaculaire mais en  hauteur, propre et je serai tout seul, oui, tout seul. 10 000 roupies l’entrée. Il fait très chaud, j’ai faim, mais je profite pleinement. Sur plusieurs niveaux, entouré d’un près bien entretenu, et offrant une belle vue sur la ville. Je savoure.




Studio Alam Sitem Dawangsari





De là je rejoins le Candi Dawangsari, tout proche. En fait il ne reste rien à voir. Tout est démonté, une dalle solide est en train d’être coulée. Et tout sera remonté sur une assise stable. Comme souvent pour ces monuments très anciens, il faut admettre que rien n’est d’origine. Ce que nous voyons n’est pas exactement au même endroit, dans le même agencement que ce que voyaient les bâtisseurs.

Je rentre alors par de toutes petites routes bien isolées où je ne croise que quelques locaux me saluant.

J’arrive au Studio Alam Sitem Dawangsari, (voir photo ci-contre) quelques jolies petites maisons traditionnelles malheureusement à l’abandon. Lieu très photogénique, genre décors de cinéma.

Au loin en ville, s’élèvent les temples de Prambanan, but de mon excursion.




Ma descente m’amène au bord de la rivière où je déjeunerai dans une salle, encore seul, d’un bon buffet tiède et d’un thé glacé. Que j’aime ces haltes, toujours surprenantes ! Manger en Indonésie est un bonheur. On s’assoit, les restaurateurs semblent la plupart du temps amusés ou fiers de recevoir un étranger. Et alors il faut choisir, sans se comprendre, en montrant du doigt. Et depuis le début, le résultat est toujours bon.

Je poursuis vers le temple de Sojiwan. Payant, mais comme j’ai fait le tour de très près, je ne vois pas l’intérêt d’en faire plus. Passons.













Temples de Prambanan
Enfin les temples de Prambanan. Tout le monde est là, normal que tout le reste de la ville soit déserté.

Comme à Borobudur, classé à l’Unesco, on sent qu’on arrive dans un site majeur, à la taille du parking, et au nombre d’employés. Une bouteille d’eau pour faire passer le prix exorbitant, à l’échelle locale, de 400 000 roupies. Je rappelle que je mange pour 15-30 000 et que les taxis me coûtent entre 15 et 200 000 pour les longues distances.

A mon habitude, je prends la tangente et fausse compagnie au flot de touristes dès l’entrée passée. Je longe le grand parc plein ouest et contourne les temples. Je me retrouve alors avec de très belles vues, sans personne. De loin, le site impressionne. Il est même je trouve plus intéressant à voir qu’à visiter.



Temples de Prambanan
Je rejoins bientôt l’axe principal, recroise espagnols, français et hollandais. Même eux s’amusent à sauter devant les temples. Que c’est ridicule ! Des moutons.

Je file vers le Candi Sewu, tout au nord du complexe. Temple hindouiste du VIII et IXᵉ siècle. Encore des tas de pierres, et de gros temples bien entretenus au centre. Déambuler, monter les escaliers, aller voir les pièces vides, faire la bonne photo. Voilà le programme. Que faire d’autre ? Je trouve le site agréable, mais sans passion.

Le temple suivant est bouddhique, plus modeste, Candi Bubrah. Le suivant, hindouiste Candi Lumbung. A part les divinités, qui voit une différence ?

J’arrive enfin au site de plus grande importance, les trois temples dédiés à Vishnu, à Brama et à Shiva, le plus grand des trois. Là, difficile d’éviter la foule. Il y a du monde et le spectacle me désole encore une fois. Le selfie à outrance, le défilé à la queue-leu-leu… J’arrive néanmoins, de brefs instants, à avoir un instant le site brut, sans touristes dans mon champ de vision. Mais il faut ruser. Les trois divinités reposent au centre des temples, dans des pièces très sombres car non éclairés, les guides s’en chargent.

Bon, comme à Borobudur, je suis impressionné par le site mais pas ému. La foule et mon peu d’attrait pour la religion entrent en compte, à l’évidence.

Je vais ensuite traîner sur les abords du site, loin de tout le monde, jusqu’à que le gardien et son sifflet m’annoncent que le site ferme. Lentement, tout le monde quitte les temples qui redeviendront magiques la nuit venue.










Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  des temples de Prambanan.

Yogyakarta
Passer par un dédale de boutiques de souvenirs et me voilà dans la rue. Finalement là est mon vrai voyage, quand je quitte ce cirque touristique. Je ne sais pas où partent les autres, mais ils ne vont pas où je vais. Je suis à la gare routière de Prambanan, la vendeuse de ticket converse longuement avec moi, sur mes origines, sur mon programme, etc. Dans mon bus, je serai le seul touriste à rentrer à Yogyakarta. Où sont les autres ?

Je descends à Malioboro, l’avenue commerçante, croise mes pairs un instant, puis je disparais dans les petites ruelles pour dîner sous une bâche et sur un trottoir chez madame yoyok, d’un délicieux baksmi goreng. Là je respire ! Je poursuis un peu alors ma quête d’authenticité et de simplicité dans de minuscules rues non éclairées (voir photo ci-dessus), où je ne me sens pourtant pas du tout en insécurité. Je remarque que dans cette ville, on trouve de quoi manger tout les 50 mètres, c’est hallucinant. Des micros épiceries, des stands de rue à roulettes, une vraie différence culturelle.

Arrêt de bus, Yogyakarta







Achat de pâtisseries pour mon hôte de demain chez Bakpia Pathok 25 où, encore une fois, deux vendeuses tout sourire s’occupent du Mister alors que d’autre s’affairent à empiler les biscuits dans les boîtes. Le prix n’a pas d’importance.Je demande le meilleur, deux boîtes, et me déleste de 3 ou 4 euros.

Il me reste à prendre un bus, à ne pas trouver de correspondance après 20 h 30 et donc à rentrer en moto taxi, ce qui me procure un rare plaisir, à fond dans le flux de scooters, humant les odeurs de cuisine et observant toutes les façades colorées.

D’ailleurs, je ne trouve pas ici ces boutiques misérables d’Inde ou d’Égypte, ces gens loqueteux dans les rues. La misère recule-t-elle ? Elle prend peut-être une autre forme. Je trouve le pays assez propre et ordonné, finalement. À voir dans d’autres villes moins chics que Yogyakarta. Jakarta me fera durement changer d’avis.
Lituanie

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Bawen et les temples de Gedongsongo

Terminal de Bawen
 
Je quitte ce matin ma retraite de Yogyakarta, saluant Jundan et sa femme au petit matin, vite assis dans mon taxi m’amenant pour la gare routière de Jombor. Très calme pour une si grande ville, un peu déserte même. Une petite table et une dame assise derrière. Une pancarte « informasi ». Les guichets traditionnels, semblent fermés. Une mode du dématérialisé qui me rebute. On me trouve vite un bus pour Bawen, le ticket acheté à une dame qui circule avec son carnet. Le bus, confortable, est au 3/4 vide. Seul touriste à bord. Ce que j’apprécie dans les transports en commun indonésiens : la musique ! Un peu comme aux Philippines, ils adorent les hits américains. Là ce sera Aérosmith, plutôt les ballades d’ailleurs. Pas trop fort, du rock, que vouloir de mieux. J’apprends aussi à l’instant la mort du Prince des Ténèbres. Ozzy n’est plus. Une légende s’en va. De Birmingham en plus. J’irai un jour fleurir sa tombe.


Amine mon hôte à Bawen

Trajet agréable même si la notion de campagne n’existe pas vraiment sur Java. En bordure de route, toujours des magasins et parfois une trouée, des rizières, des volcans et de nouveau de l’urbain. L’une des plus fortes densités au monde, cela se comprend. Un peu comme à Malte où on ne sait jamais trop dans quelle ville on se trouve vu qu’elles se touchent toutes.

Je me fais déposer au terminal de Bawen. Amine, sera mon hôte du soir. Il vient me chercher en scooter, m’amène vite au premier restaurant du coin et tient à m’offrir le repas. Un bon buffet où je prends des forces pour la journée. Il est membre responsable de Servas, un réseau d’amitié mondial et me loge en tant que Couchsurfeur. Il a ainsi pu aller en France, frais payés par cette organisation, à Paris et à Dijon. Il y repart en octobre et me pose justement un tas de questions sur la façon de s’habiller, sur le nombre de pantalons à prendre, sur le climat, etc. Il trouve mon sac bien léger… Je le trouve convenable, voire lourd. Thierry lui aura un sac vraiment léger.

Il me loge dans sa guest house et me conseille sur les endroits à visiter dans le secteur. En bref : un musée du rail, un lac qui n’a pas l’air terrible et de beaux temples au pied de la montagne. J’en ai vu un tas hier, mais je persiste. Cela s’avérera un bon choix.























D
Temple de Gedongsongo

D’un coup de taxi, on me dépose en haut d’une pente très sévère, au pied de l’entrée monumentale du site des temples de Gedongsongo. 75 000 roupies pour un étranger. Je me demande encore où va l’argent, le site n’est pas très propre. Quand même, payer un gars pour enlever les déchets ne me semble pas impossible vu les salaires du pays. Le recyclage, ici, on ne connaît pas. Tout le monde jette de tout, partout.



Temple Gedongsongo
Le site reste remarquable. Il se visite en circuit avec 5 temples numérotés de 1 à 5, original. Dès l’entrée, je me fais remarquer. Plusieurs dizaines de types, tous habillés pareil, en rangers et casquette noire attendent assis. Je dois passer au milieu. Je pense à des militaires. Ce sont en fait des bénévoles qui assurent la sécurité dans leurs villes et villages. Je ne passe pas inaperçu. Bientôt, l’un d’eux, moins timide et un peu anglophone, vient me voir pour me demander de poser pour une photo. Je me retrouve comme Marilyn en Corée devant les troupes américaines. J’accepte. Alors ils défilent, réellement. Trop drôle. Cela va durer et se reproduire. Je vais les recroiser sur le chemin, et je vais encore devoir serrer des mains, tenir des épaules. La vie de star ! Peu de personnes « normales » ressentent cette expérience. Il faut aller en Indonésie pour ça. Sur la route, les jeunes filles me saluent aussi depuis leurs motos, des fenêtres de leur bus. Et si je souris et réponds. Je sens que la demoiselle devient satisfaite, tout sourire. Il faut dire que je suis là dans un secteur peu touristique pour les étrangers.


Source chaudes Gedong songo
Les temples, modestes, restent charmants car au pied d’une belle montagne densément boisée, contrastant avec le caractère plus urbain de ceux de Prambanan.

Très calme en ce jour de semaine. Je passe devant plusieurs étals vides. Je pense que le week-end doit être chargé et populaire. Il reste quelques vendeurs d’eau , de gâteaux le long du chemin. En fond sonore, du gamelan au loin, parfois des chants religieux. À l’écart du chemin, une petite statue hindoue d’Hanuman.

Les temples se succèdent, je vais y passer l’après-midi, tranquillement. Clou du spectacle, des sources sulfureuses. Du sol montent des vapeurs de sulfure d’hydrogène. Panaches de nuages, odeurs fortes d’œufs pourris, résurgence d’eau bouillante… Là je me sens sur une île volcanique. L’eau chaude, captée, alimente une petite piscine aux eaux laiteuses. Quelques jeunes et un prix d’entrée à 5 000 roupies. Ils m’invitent à venir, me disant qu’elle est très chaude et thérapeutique. Je veux bien les croire. Un endroit bien loin des sources d’Islande hors de prix. Les deux derniers temples, où je suis tout seul, valent bien en émotion ceux de Prambanan. Encore une fois la même conclusion. Le modeste hors des foules vaut souvent mieux que l’excellence partagée. Je passe une très belle journée, alors que mes voisins d’hier, sont peut-être déjà au Bromo ou vers Bali. La descente se fait au milieu de plantation de fleurs et de riz en terrasses. Je reste jusqu’à la fermeture. Devant l’entrée du site, des jeunes en couples, un micro et une sorte de cérémonie que je ne comprends pas. Je n’ai plus grand-chose à faire, alors je marche. Toujours un spectacle ici. On me salue, on s’arrête, rien n’est monotone le long d’une route indonésienne. Je finis par rentrer en moto taxi, bien qu’atteint d’un fort rhume. Je trouve un très bon boui-boui où un jeune gars me fait mon plat de nouilles sautée en un temps record. Un thé chaud, un très bon plat, une ambiance authentique, en bord de route, pour 18 000 roupies. Le bonheur. Je rentre en titubant, malade, mais heureux d’être pleinement dans mon voyage, pour l’instant sans accroc.

Je me couche tôt, demain mon hôte Amine veut me réveiller à 7 h pour aller marcher ! Coup de téléphone avec Thierry, rendez-vous demain soir à Jepara, prêt pour les îles.
Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  Bawen et des temples de Gedongsongo.



Jepara, port vers les îles de Karimunjawa

Gare de Bawen

Nuit un peu courte avec le bruit de la cascade à poisson dans le couloir, les cris du cacatoès de 40 ans, la lumière vive et les bruits de la rue. Amine travaillait aux douanes et ils récupéraient beaucoup d’oiseaux exotiques de Papouasie. Malgré ma fatigue je ne me repose pas complètement. Un peu avant 7 h, il tape à ma porte et me laisse mon petit déjeuner : riz bouilli,  nouilles frites, œufs et un café turc bien épais. A 7h30, nous partons en promenade, lui pieds nus. De beaux paysages au-delà de la rue : nous ferons 6 fois le grand tour du marché ! Amine est diabétique et son docteur lui conseille de l’exercice matinal. Nous croisons les locaux, curieux de voir leur voisin marcher avec un Mister. Je l’aide dans la matinée à préparer son voyage en France (RER B, Châtelet, carte esim, nombre de pantalons…).

Je quitte mon hôte pour la gare routière bien vide de Bawen (voir photo ci-dessus), y trouve vite un bus tout confort et direct pour Jepara. Une heure d’attente dans le calme. Pas un touriste. Bien loin de l’agitation des gares sud ou centre américaines.

Bus pour Jepara
Trajet VIP, ultra confortable avec service d’étage et une rangée sur deux enlevée pour allonger ses jambes. Parfait, car le rhume me ramollit aujourd’hui.

Le paysage défile, Oasis et Coldplay en fond sonore. Succession de petites villes, de boutiques mais pas vraiment de campagne. Nous contournons Semarang, la grosse ville portuaire. Abords peu attrayants de lagunes, de parc à élevage de poissons. Dans les canaux je vois des jeunes hommes plonger et racler le fond à la recherche de je-ne-sais-quoi. Des objets précieux ramenés par les égouts de la ville ? Travail peu ragoûtant. Le bus me laisse à la gare routière de Jepara Thierry me rejoint bientôt. À l’heure du portable, les retrouvailles sont moins exotiques. Nous savons exactement où est l’autre. Temps lointain du Bénin, de l’Équateur et de la Malaisie, de l’inconnu et des rendez-vous incertains.


Jepara
Parler français, ne plus être seul, tout de suite je bascule dans un autre voyage. Parler ma langue me rapproche de ma routine et m’éloigne de l’Asie. Première étape : trouver un hôtel. Ce sera vite fait. Le premier établissement semblant correct, on vérifie les chambres et hop pour 200 000 roupies, nous voilà logés. Bon, un peu crade mais pour 11 €… Ensuite, trouver des billets pour le ferry de demain matin. Nous nous dirigeons à pied vers l’embarcadère. Ville assez calme et plutôt proprette. La mer est proche, mais il n’y a pas dans notre quartier de promenade glamour pour s’en approcher. Un pêcheur passe devant nous avec un beau requin dans sa remorque. La première agence de voyage en vue fera l’affaire. Un type allongé et fumant sa cigarette nous passe un type qui prendra les billets pour nous. WhatsApp, envoi des photos des passeports et rendez-vous à 6 h au port demain matin.

Nous passons ensuite la soirée à errer en ville, mangeant nos bonnes nouilles frites, répondant aux enfants et aux bonjours des curieux. La place centrale de la ville  (voir photo ci-dessus) sera très agréable. Un chanteur folk assure l’ambiance romantique. Des couples, des enfants qui s’amusent, des cerfs-volants, des lumières. Je trouve l’atmosphère très reposante, saine et dépaysante. La place est dallée, les jeunes s’en servent de patinoire, des lumières aux patins. Le centre, herbeux, accueille les joueurs de football.

Beaucoup de stands de rue, je me sers un jus de mandarine bien sucré, ambiance  surprenante pour un jeudi soir.

Retour à notre hôtel finalement cracra. Puces de lit ? Taches de lit et oreillers gris de crasse. La nuit sera courte, le ferry n'attend pas. 





Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  de Jepara.



Les îles karimunjawa

Arrivée et installation chez Mister cool

Arrivée à Karimun

Réveil à 5H20. La ville s’anime déjà, il fait presque jour et bon. Les horaires indonésiens sont vraiment décalés vers le matin, nous devons nous y faire.

Un petit tour en taxi et nous voici à l’embarcadère des ferrys. Nous payons une première taxe de 1 000 roupies, on ne sait pas trop pourquoi. Nous rejoignons notre intermédiaire à qui nous donnons l’argent pour qu’il s’occupe des billets. 150 000 roupies chacun. Beaucoup de monde, surtout des jeunes, et des places vite prises. Le ferry, modeste, n’est pas vraiment neuf ni très confortable. 6H45, nous quittons le port de Jepara. Certains dorment sur le sol, d’autres sur leur siège, la traversée se fait sans encombre. Je note la porte de secours ballante donnant directement accès à la mer ! Je m’amuse à penser à une valise à roulette chutant sur un coup de tangage. Le ferry avance très lentement, nous arrivons vers 11 h 45, un peu en même temps que le ferry express. Beaucoup d’animation, forcément, pour le débarquement. Les touristes sont attendus, pour payer la taxe d’entrée dans le parc national, par leurs hôtels et les taxis.



Arrivée à Karimun
Nous décidons de partir en marchant, à l’improviste, sur la route longeant la côte ouest. Les premiers pas dans la rue principale annoncent un tourisme un peu déjà Balinisé. Avec Budha Bowl, Expresso, etc. Pourquoi tous ces termes européens à la mode si loin de la France ? Je ne comprends pas l’intérêt d’aller payer des plats européanisés, probablement plus chers et moins bons, que dans les restaurants locaux. Beaucoup de boutiques fermées ce vendredi. Nous finissons proche de la place Alun Alun, dans un petit snack rempli de locaux où nous nous régalons d’un buffet. Toujours ces points de convergence avec nos compères occidentaux, mais par miracle et volonté, nous arrivons toujours à ne plus trop les voir ensuite.
Karimun
Un deuxième petit port et un autre ponton nous attirent. De là partent de petits bateaux vers d’autres îles moins visitées où nous aimerions aller un jour.

De l’eau claire, des collines bien boisées et un soleil de plomb.

Nous marchons avec nos sacs, sûrement les seuls sur l’île à le faire, le long de la route principale. En fait, pas vraiment d’accès à la mer mais plutôt des parcs aquatiques, pour les crevettes peut-être, et une vue bouchée. Loin des sentiers du littoral auxquels je suis habitué. Quelques touristes nous doublent en scooter. Un jeune français s’arrête même pour nous aider. Il nous parle d’hôtel avec piscine à débordement, du bar où tout le monde se retrouve le soir au port… Pas vraiment notre trip.
Notre guest house Karimun
Nous finirons par arriver en bord de mer, dans un homestay juste à côté d’une église, tenu par Mister Cool, un petit bonhomme qui essaye de nous apprendre l’indonésien. Tout seul, dans un endroit ne manquant pas de charme, avec petit ponton et si loin des circuits habituels. Un logement qui n’est pas sur les sites de réservation habituel n’existe pas. Hormis le premier jour, je n’utiliserai jamais Booking ou AirBnb du séjour.

Nous patientons longtemps avant que notre chambre soit prête, en sueur et fatigués. Une fois en possession des clés Thierry essaye la douche, le système lui reste dans les mains et un torrent d’eau inonde la salle de bains. Panique à bord. Mister Cool bouche simplement l’arrivée d’eau ! Il nous restera la douche à l’ancienne.


Pantai Batu Topeng et Tanjung Gelam
Nous partons en fin d’après midi vers les plages de Pantai Batu Topeng et Tanjung Gelam connues pour leurs couchers de soleil


Nous y accédons par une petite route carrossable plus ou moins sableuse. Les scooters et les voitures s’amassent pour le spectacle. Le vocabulaire classique des bars de plage apparaît encore : DJ Set, Chill etc.

Nous remarquons la quantité de déchets en bord de route. Assez dégueulasse. Le recyclage n’existe pas ici, probablement.
Repas chez Mr Cool, Karimun
Petit parking plein, plage de sable très étroite, terrain de volley, quelques bars, snacks, des indonésien·e·s et des clichés, des clichés. Tous attendent le coucher du soleil, les photographes sortent leurs objectifs, les filles posent, en jeans dans l’eau, en robe fleurie, sur une balançoire chic en osier, pour 5 000 roupies. Le cirque ! Nous nous baignons, la plupart ne le font pas. L’eau est chaude mais la visibilité moyenne et la diversité sous-marine peu enthousiasmante. Next.

Nous prendrons un petit verre devant les loueurs de jetski, suivis par des drones.  Le XXIᵉ siècle. Cela reste bon enfant et se vide, en partie, dès que la nuit tombe. Faire tout ce trajet pour un coucher de soleil, on en rigole avec Thierry. Autant rester en Gironde, ils sont aussi beaux.

Ce soir, repas de poissons locaux au bouillon dans notre homestay (voir photo ci-dessus) , seuls avec les chats mendiants nos restes. Belle atmosphère, isolés, et au calme, sous une lumière pâle. Avant que la mosquée ne se réveille…

Nous devons nous reposer. Demain, petit déjeuner à 7 h.

Ascension de la montagne aux serpents, snorkeling, soleil et scooters

Karimun

La nuit fut agréable dans mon lit aux draps Jungle Friends. Des lions et des abeilles qui me poussent à vouloir aller dans la jungle. Devant notre chambre d’hôtes, deux sommets recouverts de végétation attirent le regard. Mr Cool nous dit que l’on peut y monter facilement.

Après notre petit déjeuner de riz et d’œufs, accompagnés de nos chats quémandeurs, nous partons à pied vers le nord. Le début du sentier se trouve à quelques minutes, depuis une décharge (voir photo ci-contre) .


Karimun
 En fait nous ne l’aurions jamais trouvé sans l’aide de notre hôte. Même lui, au milieu des poubelles, hésite. Il interpelle les employés et nous guide sur les premiers mètres. Arrivés au panneau « Défense de marcher ici », il nous laisse. Il semble que les montagnes du parc soient interdites. Un panneau indiquera même un peu plus tard que nous sommes sur un sentier de patrouille. Il fait déjà très chaud, nous sommes en nage. Quels autres touristes aujourd’hui monteront là-haut ? Je me demande. Le sentier n’est pas très compliqué à suivre. Quelques passages pentus qui seraient impossibles en cas de pluie, des arbres et quelques lianes pour s’agripper et cela passe. Par contre la forêt ne nous impressionne guère. Végétation loin de l’image d’une jungle. Quasiment pas de bruits d’animaux, pas d’insectes, pas de graines ni de plantes exotiques. Nous arrivons à un petit col puis bifurquons à gauche vers le plus haut des deux sommets. Enfin la vue se dégage de quelques promontoires rocheux. Nous apercevons au loin plusieurs îles de l’archipel, les récifs coralliens, le port. Impression de me trouver avec Nicolas Hulot quand il escalade un pic de l’île de Robinson Crusoé. Mais la végétation, la vue et la difficulté étaient alors d’un autre niveau. Au sommet, un poteau en métal, une boite ouverte s’y accroche, vide. Faire quelques mètres sur le côté pour profiter de la vue. Ambiance sonore avec les maisons en contrebas, musique du week-end, locale.
Karimun
Nous redescendons sans problème et nous nous arrêtons au premier petit snack de plage pour demander de la glace et du soda au citron. Un régal. Nous sommes trempés. Nous partons ensuite à la recherche d’un loueur de scooter avec qui j’ai communiqué sur WhatsApp. Arrivé à son adresse, nous tombons sur une mamie qui rigole bien de notre présence. Visiblement pas de motos ici. Nous repartons dans notre chambre et plongeons directement dans l’eau pour nous rafraîchir. Relativement, tant il fait chaud. Nous nous restons pas longtemps de peur de brûler. Le snorkeling s’avère décevant, l’eau étant assez trouble. Je vois bien du corail, quelques, mais je suis loin de mes précédentes expériences.

Vers Bobby's Beach, Karimun
De retour en chambre, après une bonne douche, je m’affale sur le lit et commence ma sieste. Thierry fera de même, tant nous sommes vidés de notre énergie. Aucune envie de ressortir dans la fournaise .

Un peu avant 15 h nous décidons de partir au port pour louer un scooter, l’autre gars sur les réseaux n’étant pas fiable.

Nous essayons le stop. Un scorpion passe entre nos jambes. Un scooter s’arrête vite. Un homme et son fils, tout mouillés, revenant de la plage. Il peut en prendre un de nous deux. Rapidement, il arrête un autre gars qui passe et nous voilà en route pour le port à quelques kilomètres de là. En route, ils discutent entre eux et se mettent d’accord sur l’endroit où ils nous mèneront, leur ayant exprimé notre souhait de louer une monture. Très aimablement et sans nous demander d’argent, nous nous retrouvons chez une de leurs connaissances. Nous aurons un prix bien meilleur que celui proposé en ligne. Vraiment agréable. Dans des tas d’autres pays, ce genre de situation aurait mené à des embrouilles, à des bakchichs.

Nous voilà en route sur deux roues. Nous ne savons pas où manger. Pas de problème, le gars du scooter nous amène quelques mètres plus loin dans un snack ouvert à cette heure-ci. On s’y gave de nouilles, d’œufs et de jus de citron glacé.

Après ce repas réconfortant, nous partons explorer avec notre nouvelle monture la partie est de l’île vers la plage de Pantai Legon. Nous quittons la ville en passant devant quelques logements bien touristique, vues sur Google ou Booking. En fait il y a tant d’autres endroits pour dormir plus authentiques. Notre lieu de séjour par exemple n’est fréquenté que par des Indonésiens depuis que l’on y est. Et en soirée, dans les snacks autours, le long de la plage, idem. Un privilège d’être à l’écart et totalement inclus dans une population étrangère.

La partie est de l’île nous plaît. Est-ce la sensation de liberté avec notre nouvelle façon de nous déplacer ? Un peu, mais aussi les paysages très verts, plus denses et l’absence de bassins d’élevage. Petit arrêt à Bobby’s Beach. Les tortues viennent y pondre. Sable blanc tamisé et nettoyé, balançoire et autre cahutes pour photos Instagram. Entrée payante, prix modeste. Mais comme on voit tout de la route, cela nous suffit. Des singes s’amusent autour de nous dans les cocotiers. Ambiance exotique assurée. Les montées et les descentes se succèdent. Nous croisons quelques personnes mais la foule se presse sur la côte ouest pour le coucher du Soleil. Ici nous sommes tranquilles.



Côte est de Karimun
 La baie qui s’annonce ne manque pas de charme. Des bateaux échoués, personne, un fond de sable blanc. Mais aussi un tas de déchets partout. La carte postale ternie par nos bouteilles d’eau et nos tongs. Voilà la réalité. Une plage non nettoyée ressemble à cela. N’empêche, le coin enchante. Nous poursuivons sur une piste en sable jusqu’à l’autre côté de la baie vers une mangrove et un petit lot de maisons sur pilotis pour voyageurs souhaitant la solitude. Endroit vraiment isolé au pied des collines recouvertes de végétation.


Port de Karimun
 
Nous retournons ensuite au port, vers la place Alun Alun pour observer les préparatifs du marché du soir. Beaucoup de fruits de mer, de poissons, une langouste même. Les dames brûlent des noix de coco, rendant l’atmosphère délicatement embrumée. Des enfants jouent, des tables s’installent sur le pré. Malheureusement nous avons mangé trop tard aujourd’hui et la faim ne nous tiraille pas encore.


Place de Karimun
 
Nous visitons le port de plaisance. Bien différent de nos ports de l’Atlantique. Ici, un seul type de bateau, en bois, peint. Un homme en slip nettoie la coque du sien. Sur le ponton d’accostage, des tas de groupes de touristes rentrent après une journée de snorkeling sur les îles alentours. Il y a foule. Le soleil couché, le minaret projette ses appels à la prière, le ponton attire encore les photographes amateurs devant les dernières lueurs du jour.

Nous passerons la soirée attablés au bord de l’eau dans un petit snack le long de la route, bien rempli ce samedi soir, à déguster un poulet grillé entouré de locaux, hommes, femmes et chat quémandeur. Atmosphère très dépaysante. Grand bonheur.

Au-dessus de nous en rentrant, un ciel magnifique de l’hémisphère sud. Je ne reconnais rien. Encore une bonne chose.


Escapade en scooter à la découverte de l'île de Kemujan

île de KArimun
Aujourd’hui, liberté et bitume, sable et ornières. Nous partons à la découverte du nord de l’île et de l’île de Kemujan. En fait ce sont bien deux îles qui composent la plus grosse surface de l’archipel des Karimunjawa. Mais il faut le savoir et le voir sur une carte, car les deux ne sont séparées que d’une mince voie d’eau qui pourrait passer pour une rivière.

Nous commençons par prendre notre petit déjeuner dans un des 3 petits snacks coincés entre route et plage à quelques minutes de notre logement. Un café et un pain brioché à l’arôme très artificiel de banane suffiront. Petite table face à la mer, devant les bateaux de pêches à l’amarre. Super atmosphère et comme toujours des gens très sympathiques.
Alano beach
Sur la droite, l’école, fermée. J’aurais aimé y passer quelque temps, assister à la classe, voire échanger avec mes collègues. Mais dans un pays non francophone, à la différence de certains États africains, notre utilité demeure faible.

Au pied de la mosquée Kamulyan, une route monte sévèrement vers un lieu de pèlerinage. Sur un petit parking, deux ou trois voitures remplies de femmes voilées qui en reviennent. Nous marchons quelques mètres et atteignons une tombe d’un acteur important de l’Islam. Son arbre généalogique l’expose. Un employé s’applique à maintenir parfaitement propre la dalle et les alentours de la sépulture. Pour nous, simple curiosité.

Nous poursuivons la route principale en direction d’un terminus, proche d’Alano Beach. Nous préférons aborder cette plage par ses abords, plutôt que frontalement. Le contraste nous saisit. En une rangée de végétaux, la propreté apparaît. Ces plages, souvent payantes, nettoyées et chouchoutées ne sont pas la réalité. La réalité : des déchets et encore des déchets. La carte postale, quoique réelle, n’est plus qu’artificielle. Elle a existé mais n’existe plus dans la nature. Qu’un voyageur arrive à l’aéroport, monte dans un taxi aux vitres fumées et se fasse déposer sur une de ces plages, ou îles privées, et il pourra témoigner avec conviction de la propreté des lieux. Nous savons qu’il n’en est rien. Marchez un pas de côté et vous comprendrez. Je comprends maintenant les plages payantes. Il faut bien nettoyer, arranger, ratisser et cela a un coût. Nous en sommes arrivés là. Devoir nettoyer des petits bouts de plage sur des îles exotiques du bout du monde. Les dizaines de millions d’habitants de Java se ressentent aussi dans ces dégâts environnementaux. De belles mosquées partout mais pas d’eau potable, d’où une pollution plastique démente, et quid du recyclage des déchets ? Il semble bien maigre encore devant la montagne à grignoter.
Kumloco Beach
Un peu plus au sud, la plage de Pantai Anora. Très bel endroit juste à côté d’un isthme très photogénique. Nous nous y baignerons au retour, seuls.

Quelques petits snacks endormis, personne en ce dimanche matin. Nous laissons le scooter et finissons à pied vers Kumloco Beach par une petite piste sableuse. Nous arrivons au pied d’un mausolée islamique mais surtout dans une sorte de vieux centre de vacances de plage désaffecté. Un petit village des Bronzés en déshérence. Une ou deux paillotes en piteux états, balançoires, déchets plastiques. Le site demeure très beau et il ne faudra pas grand-chose pour tout nettoyer et rendre du cachet à cet endroit.
De retour à Pantai Anora, nous achetons quelques bananes à une dame. Nous sommes reçus avec le sourire et toujours heureux de laisser quelques roupies à ces dames qui nous nourrissent. Les déchets ici intéressent un couple de singe, des macaques crabiers, paisibles.

Kumloco Beach
Kemujan







De retour à Pantai Anora, nous achetons quelques bananes à une dame. Nous sommes reçus avec le sourire et toujours heureux de laisser quelques roupies à ces dames qui nous nourrissent. Les déchets ici intéressent un couple de singe, des macaques crabiers, paisibles.

De nouveau sur notre scooter, nous parcourons ensuite un joli paysage de rizières, très typé pour nous occidentaux. Parcourir, sans casque, de tels paysages sous le soleil, sans touristes (nous en verrons 5 de la journée, en une seule fournée) m’enchante.

Passage d’un petit pont et nous voilà sur l’île de Kemujan, en approche de la mangrove. Des panneaux nous avertissements : attention à la traversée des serpents et des lézards ! J’en ai vu un énorme ce matin, genre varan. Le jeune Isnu de notre guest house nous dira les attraper pour les faire griller au barbecue !




MAngrove, Kemujan

Le lieu naguère payant semble un peu laissé à l’abandon. Il reste les bureaux à l’entrée, une maison d’information, tous vides, des pontons, des esplanades et un fort belle tour d’observation. Imprégnés de répulsifs, nous pénétrons les lieux avec curiosité. Très peu de monde, nous croiserons deux petits groupes de locaux. Le ponton commence à se dégrader, les panneaux informatifs sont pour la plupart détruits mais la promenade se déroule confortablement. Nous sommes frappés par la saleté de cette mangrove. Proche de la route, reposent bouteilles et plastiques en tout genre. D’où viennent-ils ? Comment salir un tel lieu où l’homme ne vit pas ? La mangrove semble un peu morte, en pourrissement. Aucune vie autre que têtards, libellules, bernard l’hermite et si, un serpent quand même, observé sur le ponton au retour. Tout fin, jaune-vert, il se dressa verticalement pour s’accrocher à une plante et disparut en un instant d’un camouflage incroyable.
MAngrove, Kemujan
De la tour d’observation, très belle vue sur toute la mangrove, sur les collines boisées de l’île de Karimun et sur quelques péninsules de l’île de Kemujan. Nous cherchons un signe de vie, il ne viendra pas. Juste le silence et le calme. Ici la mangrove s’épanouit, plus verte, plus saine. Peut-être qu’avec un guide nous aurions pu démasquer ses habitants.

Nous poursuivons plein nord, longeant la piste de l’aéroport (scooter à fond, piste…Tom Cruise bien sûr). Cette île se montre moins verte que celle de Karimun, plus plate aussi. Les habitants vivent ici essentiellement de la pêche. Les maisons sont plutôt belles, on ne ressent vraiment pas la pauvreté. Attention ! On reste loin des maisons bourgeoises et des jardins privés et grillagés. Les gens, ce dimanche, se reposent devant leur porte, font la sieste. Les enfants font du vélo, du football, du cerf-volant et toujours nous saluent. Quel plaisir de parcourir ces endroits !





Après le dernier village, la route devient piste. Elle se termine dans une sorte de savane où nous rejoignons une petite plage très agréable. Nous avançons dans l’eau pour profiter de ce cap aux rochers un peu rouges. Sauvage et sentiment d’exclusivité. Baignade mais toujours pas belles rencontres sous l’eau.

Pointe nord de 'île de Kemujan
Ferry Pelni

Nous repartons vers le village pour déjeuner d’un très bon plat de nouilles et d’un véritable citron pressé avec des locaux. Au loin un bruit de sirène de bateau,  surprenant. Il s’avère qu’il y a un ponton non loin de là, nous y allons par curiosité. Un gros ferry de la compagnie Pelni s’apprête à partir vers Semarang. Beau bateau, impressionnant quand on sait qu’il fait la traversée aussi vers Kalimantan. Un bout du monde. Gens affairés sur le quai, jeune qui se jette à l’eau pour attacher un bout sur un bout de ponton hors du quai. Nous attendons le départ comme avant chaque épisode de la croisière s’amuse. Thierry, tout émoustillé, se trompe de scooter. Nous faisons quelques mètres avant de le ramener discrètement.



Karimun
Nous partons ensuite vers les trois péninsules sud de l’île. À noter : des dames vendent des algues qu’elles font sécher sur de larges claies en bord de route. Un mariage au son du gamelan où Thierry veut s’incruster pour draguer la mariée.

Cul-de-sac avec pêcheur dans la mangrove.

Retour le long de l’aéroport où nous découvrons un autre ponton. Personne sauf quelques pêcheurs locaux se préparant à sortir.

Encore des plages, Pantai Batu Putih, quelconque, Pantai Barracuda, aménagées pour des resorts trop classieux pour nous. Nous nous y ennuierions.

Un peu d’essence dans le moteur et nous rentrons fatigués à notre guest house.

Nous réservons pour demain un bateau privé pour du snorkeling et partons dîner d’un très bon et copieux repas sur notre habituel snack de plage. Quel plaisir de passer notre séjour dans ce petit coin de l’île entourés de locaux, uniquement ! Les enfants étudient le Coran à l’école du soir, les grands chantent à l’heure de la prière. Un endroit qui semblait un peu triste lors de notre arrivée et qui s’avère au final très attachant, voire addictif. Ciel étoilé intense. 

De retour à la guest house, Isnu, le jeune de la famille du patron, qui travaille dans la création de contenu pour des professionnels sur Java, nous invite même à partager du poisson qu’il cuit avec ses amis au barbecue. Un gars ramène avec son harpon un bon seau de sa chasse. Isnu nous explique que le pic que nous avons fait hier est en fait interdit, trop dangereux à cause des serpents Ular Edor, sorte de serpent à sonnette. L’ascension doit se faire avec un guide et nous risquions aussi de finir au poste de police ! Il nous annonce aussi que des poissons pierre aiment à se reposer devant l’auberge, là où justement nous étions près le premier jour à nous mettre à l’eau. Le feu crépite sous nos fenêtres, nous nous disons vraiment que nous sommes au bon endroit et que les hôtels Booking ou autres, que les toilettes assises, que les pommeaux de douche, ne nous manquent pas le moins du monde. Quelle belle journée ! Quelle atmosphère !


Un goût de paradis du sable et des palmes

Kecil

À trop traîner dans le lit, nous risquons de manquer le départ de notre bateau, à 9 h. Mais comme nous sommes les seuls clients de ce voyage privé, je ne m’inquiète pas trop. Nous fonçons prendre un café et quelques biscuits au petit snack en bord de route, non loin de l’école, puis il est temps d’embarquer avec Isnu, notre jeune guide, et notre capitaine, Mister Pool, d’après Mister Cool.

Quel plaisir et quel luxe de démarrer depuis le ponton devant notre chambre avec une équipe locale et sympathique ! Essai de palmes, et nous voilà assis sous notre toile sombre, prêt à affronter la mer dans notre bateau typiquement javanais, très fin avec l’avant recourbé vers le haut.
Kecil

Au son du moteur diesel, nous fonçons vers l’île de Pulau Kecil. Environ 30 minutes de navigation exaltante bien que chaotique avec un peu de roulis et de tangage. Notre capitaine plonge pour attacher l’ancre sans abîmer des coraux puis vient notre tour. Rien à voir avec mes premières baignades. Là c’est enfin du snorkeling digne de ce nom. L’eau n’est pas aussi claire qu’à Ras Mohamed en Mer Rouge ou qu’aux Philippines, les poissons ne seront pas très gros, mais nous allons nous régaler quand même du spectacle. Anémones, poissons-clowns, énormes oursins, coraux ventrus, plats, rouges, bleus… Je ne peux nommer ce que je vois mais le plaisir s’en moque. Ma caméra en main, je plonge, suis les poissons et replonge. La profondeur n’est pas très importante et on peut facilement se laisser dériver à la surface le nez dans l’eau pour déjà s’amuser.
Kecil

Une fois remontés nous partons accoster sur l’île de Kecil. L’arrivée est incroyable avec une eau turquoise fluorescente. Un sable blanc intense, un soleil haut et des images d’une beauté rare. Je me crois en Polynésie. « This is Indonesia » me lance tout fier Isnu.

L’île est tout petite, propre et bien nettoyée sur les bords, un peu moins dans la partie centrale, végétale. Un employé semble être là comme gardien, à la journée. Quelques tables et des cocotiers. Une seule famille présente. Nous nous extasions avec Thierry de la beauté du lieu. Les îles au loin, le sable fin et pur, l’eau incroyable, la végétation, tout est sublime et quasi exclusif. Nous nous baignons en savourant ce plaisir rare. Des journées comme celle-là, je les compte dans une vie.

Notre équipage fait griller au barbecue les poissons pêchés depuis le bateau. Isnu nous met un peu de musique (Bob Marley), et nous sert une table de roi dans ces conditions. Ananas, melon, riz et poissons, sorte de chips, jus de fruit frais. Le bonheur.

Bientôt un troisième bateau accoste. Une petite famille. Tout se passe dans le calme, l’atmosphère reste magique.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Nous poursuivons ensuite vers un autre spot près de Cemara Besar, une île un poil plus grande et plus au nord. Le spot est encore plus merveilleux que le premier. Avec une bouteille de riz nous attirons les poissons et ils arrivent de partout. En fait c’est un véritable aquarium. Des couleurs, de la diversité, des différentes formes de coraux. Du bleu intense au rouge. Je repère une sorte de murène, des poissons magnifiques qui nous suivent même parfois. On n’arrête pas de plonger, jusqu’à la fatigue et la sensation de froid. Quel pied !

On poursuit ensuite vers l’île, amarrant le bateau sur un banc de sable non loin. Nous finirons à pied, de l’eau jusqu’aux cuisses dans une ambiance Pirates des Caraïbes. En cette fin d’après-midi, l’île est déserte. Quelques tables encore mais un peu plus de constructions, modestes quand même. On reste sur une île très sauvage. Toute petite, on peut en faire le tour en nageant pour sûr.

Il est temps de rentrer, le capitaine craint d’échouer le bateau sur le banc.

Cemara Besar
Cemara besar

La vision de notre île qui se rapproche nous enchante. Nous rentrons avec quelques couleurs sur la peau et dans le regard, exaltés par cette petite aventure, valant largement le million de roupies pour deux (53 €).

Nous laissons nos deux guides sympathiques à l’auberge. Chez eux, chez nous, tout est au même endroit, pratique.

Nous filons ensuite au port de Karimun pour essayer d’avoir des billets de ferry pour demain. Nous entrons même dans le ferry où un membre d’équipage veut bien se charger de nous aider demain matin, à 6 h, à des prix moindres qu’à l’aller. Le ferry rapide, lui, est une nouvelle fois complet.


Retour sur Karimun

Nous partons payer notre journée supplémentaire de scooter et rentrons dans notre petit coin secret de l’île. Nous voulons profiter une dernière fois de son ambiance. Nous payons Mr Cool (voir photo ci-dessous) . Il nous offre des gâteaux, de l’eau, nous prenons des photos, échangeons nos numéros. «  You won’t forget me » nous dit-il, sûr que non. Un bonhomme si gentil, toujours à nous traduire en indonésien chaque mot qu’il comprend de nous en anglais. Dialoguer avec lui, c’est dialoguer avec Google Translate. Trop drôle.
Mister Cool et Thierry


Nous mangerons à notre snack habituel. On commence à nous connaître ici, et à nous saluer de façon de plus en plus amicale. Une semaine ici et sûr qu’on nous invite à discuter dans les maisons.

Demain très tôt nous quitterons ce petit endroit. Et dire qu’en y arrivant, avec nos sacs et épuisés, nous avions trouvé le coin peu folichon. Erreur de la première impression. Il nous a tout offert, la montagne, les plages, les rencontres avec les locaux, de la bonne nourriture, une sortie exclusive en mer. La chance, le destin, notre instinct ? Je repars enchanté de mon séjour dans l’archipel des Karimunjawa.
Lituanie

Le lien vers plus  de PHOTOS  des merveilleuses îles Karimunjawa.



Long transfert vers Bandung

Ferry pour Jepara
5h20. Dur réveil. La guest house s’éveille. Quelques passages sur la route. Depuis le début de mon séjour je n’ai jamais vu de moment d’arrêt dans la vie javanaise. On trouve tout le temps une personne ayant un intérêt ou une nécessité à se déplacer.

Nous filons en scooter au port rendre notre monture. La propriétaire fume sa cigarette tranquillement dehors. Le plein, pas le plein, l’état du véhicule, peu importe. Tout est vraiment facile dans ce système de location. Nous finissons à pied pour rejoindre le ferry. L’office vendant les tickets brille par sa discrétion. Deux petits trous trop bas pour nous et deux personnes derrière qu’on aperçoit à peine. Montrer les passeports, payer la taxe portuaire et les 162 000 roupies pour le siège VIP. 6 h 10 : nous sommes dans le bateau, encore calme. La salle VIP offre des sièges inclinables et confortables, de la climatisation et des Hollandais, en nombre. Je n’apprécie pas ces moments de tangence avec nos confrères touristes. Mais nos routes divergeront aussi vite qu’elles se sont rapprochées. Traversée avec un peu de roulis mais assez reposante, tout le monde dormant autour de moi. Les 5 h passeront assez vite.



Snack dans le bus pour Bandung

Une fois débarqués à Jepara nous marchons vers la gare routière en quête d’un endroit où déjeuner. Nous sommes à nouveau sur nos chemins et nous ne croiserons plus qu’un jeune français de la journée. Petit déjeuner agréable sur un lesehan( snack où l’on mange assis autour de petites tables), devant un tableau de la mosquée de la Mecque. Notre présence se fait encore remarquer, avoir des étrangers dans son snack change du quotidien, on le ressent à leurs sourires et aux discussions qu’ils entament.

La gare routière de Jepara sommeille. Quelques box où des dames s’ennuient et vendent aussi des billets. Nous allons opter pour un bus en direction de Bandung, l’option Semarang et train n’étant pas plus rapide. Juste attendre 2 bonnes heures, dans ce quartier du marché peu engageant. On achète des bananes, on achète du cappuccino Good Day, récoltant à chaque fois des sourires. Ce n’est pas rien. Calme incroyable dans cette gare vide.

Notre premier bus pour Kundus sera assez luxueux avec 3 rangées et sièges bien épais. Kundus n’est qu’à 40 kilomètres de là, mais que le trajet sera long. En fait, sur les 11 h globales, 4 heures seront utilisées pour arriver à Semarang et vraiment commencer à rouler. Notre bus s’arrête, charge des paquets, fait le plein d’essence, recharge… On n’avance pas.

Le second bus sera plus modeste. 4 rangées, mais de très bon sièges inclinables presque à l’horizontale. Derrière nous, un couple limite tuberculeux, toussant grassement. Ils toussent en plus sur nos couvertures. Je changerai la mienne discrètement. Mon voisin passe son temps sur Tik Tok à s’abrutir. Il trouvera très bon les infâmes snacks qu’on nous propose (voir photo ci-contre. De l’eau, OK, des petites tortillas chips, OK mais les soufflés arôme noix de coco et guimauve, infâmes. Je me force pour ne pas jeter, Thierry n’y arrive pas. Le jeune élevé à Tik Tok les trouve lui délicieux.



Buffet sur la route de Bandung






Nous pensions avoir un repas offert, grosse déception. Pourtant, peu après 20 h 30, nous faisons un arrêt dans une gare routière où une grande salle est offerte aux passagers (voir photo ci-contre) . D’un coupon de notre billet détaché, on nous offre un buffet ou des plats à l’assiette. Super ambiance, un plat chaud réconfortant dans une ambiance authentique, étant les seuls occidentaux à des lieues à la ronde.




Puis commence la nuit, je vais dormir presque 4 heures ! « Bandung, Bandung » annonce l’employé du bus. Nous émergeons à peine de nos songes. Se préparer à sortir sans rien laisser, là se font les erreurs.




Nous nous retrouvons à 1 h 30 du matin en bord d’une route inconnue à la recherche d’un endroit où dormir. Google et hop on avance. La première adresse, fermée, la seconde, on tape au portail. Un jeune vient ouvrir. Il réveille son père, qui cherche sur son ordinateur. Nous n’avons rien réservé, il finit par comprendre. Un coup d’œil sur les chambres et nous voilà au lit dans une petite chambre quasiment sans fenêtre mais qui fera l’affaire pour cette nuit.




Une longue journée, pour rejoindre Bandung, dans l’ouest de Java, depuis Karimunjawa. Prévu et finalement, pas si terrible.



Vers le volcan Gede dans le parc national de Gede Pangrango

Cibodas
Après une bonne nuit, nous quittons notre guest house pour prendre un petit déjeuner dans notre rue, animée, car en bordure d’une école. Des stands de nourriture, du monde et un petit snack pour un bon cappuccino et quelques nourritures frites. La patronne souhaite que l’on se prenne en photo ensemble. Encore une fois.

Je réserve un taxi Grab pour aller en direction de Cibodas. 90 km et trop de temps de liaison en bus. En voiture, ce sera long, mais plus confortable, pour une vingtaine d’euros.


Cibodas

Je note la conduite osée du chauffeur. Pas du tout agressif mais toute en reprise et n’hésitant pas à doubler là où je n’oserais jamais me glisser.

Nous passons beaucoup de temps à sortir de Bandung, nous rejoignons Cianjur, montons un col, traversons Cipanas avant de monter vers Cibodas.

Pas de beaux paysages, juste des routes, des bâtiments, comme si la ville ne s’arrêtait jamais. Un peu de rizières mais sur quelques minutes seulement. Le reste du temps, des camions, de la pollution, du trafic, incessant.

A Cipanas, de pauvres gens font ce qu’ils peuvent pour gagner trois sous dans les ralentissements. Des jeunes, déguisés en peluche, chantent et dansent devant les conducteurs majoritairement indifférents. La misère des feux rouges.


Cibodas
Nous finissons par arriver à Cibodas, tout près du jardin botanique, à environ 1300 m d’altitude. L’air est frais, les nuages bien présents. Ambiance de ville de montagne, de camp de base. D’ailleurs la zone autour de ce terminus de la route, au pied des volcans, se nomme camp de base. Petits magasins de montagne, modestes, loin de Chamonix, auberges de jeunesses, des tas de boutiques en tôles, la plupart fermées en semaine, quelques vendeurs de fruits. Cela me fait penser à ce que pourrait être un village en amont des Annapurna au Népal. Un côté aussi Shimla en Inde pour la végétation luxuriante et l’air frais, tout en maintenant une certaine urbanité typique du pays. Nous trouvons facilement une chambre avec eau chaude, mon unique exigence. 400 000 roupies et un bel emplacement au-dessus de jardins en terrasse.


Cibodas
Temps maussade, quelques gouttes. Nous nous promenons en ville, commençons par un petit repas moyen à base de nouilles, montons vers l’entrée du jardin. J’oubliais (12 000 roupies à payer pour entrer dans la zone touristique et environ 5 000 pour la taxe du taxi). Quelques vendeurs tendent des fraises, des mûres et des framboises. J’avais déjà essayé en Malaisie. Un goût bien fade devant nos gariguettes. Le jardin est fermé, nous poursuivons vers l’entrée du sentier officiel vers les volcans. Quelques visiteurs mais aucun occidental aperçu dans la station. La montagne se cache dans les nuages mais les pentes montrent une végétation luxuriante. Un tour vers le club house d’un golf, qui semble un peu abandonné.

Se renseignant sur notre randonnée du lendemain, nous commençons à déchanter. Un permis, des frais, s’inscrire en ligne. Tout le monde nous dit la même chose : il faut un permis de deux jours même pour un seul jour. Nous n’avons rien et espérons pouvoir débloquer la situation le lendemain. L’idée du sommet s’éloigne. L’endroit, très couru, nécessite un système de quota et de régulation assez sévère. Nous n’étions pas au courant, naïfs comme au pied de nos montagnes pyrénéennes.

Achat de bananes séchées où plutôt fumées, de portions de riz ou de quelques galettes frites pour le lendemain. Petit repas en contrebas du camp de base dans une modeste épicerie, nourrie par la dame d’à côté d’un bon nasi goreng.

Soirée un peu perplexe devant la pluie qui tombe et notre sommet très incertain du lendemain.

J’aime pourtant l’ambiance de cet endroit. Calme, à moitié désert en semaine, avec des randonneurs, des guides, des porteurs et des échoppes pour se nourrir.  Un village camp de base, je ne connaissais pas ce qualificatif.


Ascension du  volcan Gede

Cibodas

Finalement, nous l’avons fait ! Et quelle journée ! Nous nous levons vers 6h30 dans l’incertitude. Dans ma tête, je me suis déprogrammé cette ascension, de peur d’être très déçu ou frustré. Nous passons les portes-péages de la ville (voir photo ci-contre)  haute sans payer. D’ailleurs personne ne semble le faire. Peut-être est-il trop tôt ? Petit déjeuner au « camp de base » d’une bonne omelette aux herbes avec du riz et des crêpes à la banane et au chocolat. Le temps semble variable, les montagnes couvertes de brume. Nous remontons vers l’entrée du parc, à droite du jardin botanique. Quelques personnes ce matin, mais rien de bien animé. Nous arrivons vite au guichet du parc. Nous annonçons vouloir juste nous promener en forêt, ce qui ne constitue pas en soi un gros mensonge, celle-ci grimpant sur la plupart des flancs des volcans. 206 000 roupies par personne, le prix de nos dernières chambres ! Où ira l’argent, sûrement pas dans le nettoyage, nous en reparlerons ? Des plans montrent les différents postes à franchir pour atteindre le sommet du Pangrango, à droite, ou celui du Gede, à gauche. J’estime pouvoir atteindre les cascades, peut-être les sources d’eau chaude, mais je crains un barrage infranchissable ensuite. Le sentier est large et empierré. De gros pavés niveau 5 du Paris Roubaix, qui s’avéreront inconfortables et glissants au retour. Bientôt un petit lac charmant, entre le bleu et le vert.


À chaque poste, un petit abri, une carte avec la distance jusqu’au prochain. Je stresse toujours d’y rencontrer des gardes vérifiant nos permis absents avec un scanner à QR code. Nous y rencontrons surtout des jeunes, plutôt des garçons. Je pense que je serai le plus vieux sur la montagne aujourd’hui. Impression de faire une sortie lycée-université. Ces jeunes nous parlent, nous suivent, nous observent. Je trouve réconfortant qu’une jeunesse adore la marche en montagne. Pourtant, ils fument, beaucoup, écoutent parfois de la musique en marchant mais bon, ils partent bivouaquer en montagne.

Premier arrêt marquant : les cascades, à un peu plus d’une heure de marche. Je vais beaucoup aimer. Quelques abris, deux jeunes et trois chutes d’eaux tombant de la paroi végétale. Toutes espacées, la dernière un peu à l’écart. La masse d’eau, le contraste avec la forêt dense m’enchantent. Certes, le lieu est un peu aménagé, pourtant il s’en dégage, sur certains angles et sans personne, une atmosphère de jungle fort exotique.

Cascades Volcan Gede


Une vidéo (2 min 38) sur  la première partie de l'ascension du  volcan Gede. 



Nous poursuivons vers les sources d’eau chaude. La forêt montre ses richesses, des ornithologues cherchent les volatiles, nous en verrons quelques-uns aujourd’hui parfois peu farouches, souvent bruyants mais invisibles. Nous ne verrons ni insectes, ni reptiles, ni rien d’autres. Le parc regorge de vie, mais nous sommes tellement occupés à regarder nos pieds et les pavés que toute  recherche semble vouée à l’échec.

Nous marchons, marchons mais l’altitude ne grimpe pas encore.


L’arrivée aux sources chaudes constitue un second grand moment de notre journée. Le sentier traverse juste un courant d’eau très, très chaude, le ruisseau se transformant en cascade ensuite. Plus qu’un ruisseau, la traversée s’étend sur peut-être 20 mètres. Des panneaux indiquent qu’il faut faire attention et des mains courantes sont posées. L’atmosphère devient irréelle. Il y a tellement de vapeurs que le ciel s’en assombrit. On se retrouve alors embarqués, à se brûler les chevilles, marchant de pierre en pierre en évitant de se mettre à l’eau en entier. Vraiment, je n’avais jamais vu ça. Impressionnant. Un peu plus haut le ou les ruisseaux inondant ce passage se faufilent dans la forêt. J’adore leur couleur bleutée et la pureté de leur onde. Au retour j’en profiterai pour m’y tremper les jambes. Le bonheur total. Dans la jungle, sur les flancs d’un volcan.

Sources chaudes Volcan Gede
Ascension du volcan Gede






Nous avançons encore, toujours aucun rappel à l’ordre. Nous croisons quelques porteurs très chargés, toujours des jeunes garçons mais pas de gardes.

Nous nous retrouvons bientôt à la bifurcation entre les deux voies pour les deux volcans. Nous choisissons le Gede, moins haut mais fumant et sans forêt au sommet. Très bon choix. Je commence à penser que nous irons au bout.

La végétation change, la forêt devient plus silencieuse. Le sentier, qui n’est plus pavé se fraye de multiples chemins. Les végétaux, les racines servent à s’accrocher. Ils sont polis par les milliers de mains. Nous le savons, ce lieu subit un peu le sur tourisme local, les week-ends ou pendant les vacances indonésiennes. Il suffit de voir la quantité de papiers et de plastique qui jonche le sol. Nous verrons en fin de journée des gars brûler leurs déchets en bas de la montagne. Le pays doit faire face à un véritable problème de pollution de ses milieux naturels. Tout ici se vend en portion unique, le café, les chips, etc. Tout se retrouve vite dispersé. Nous avons lu sur les îles Karimunjawa que le pire pays pour ce genre de pollution était les Philippines. Je l’avais remarqué. Ne pourraient-ils pas payer quelques employés pour nettoyer tout cela ? On me disait en début de séjour que le volcan Merbabu était le plus propre du pays, que tout ce qui montait sur la montagne était notifié et vérifié au retour. Ils doivent s’y mettre. Quel dommage de voir de tels endroits envahis de paquets de chips !


















Volcan Gede


La montée se fait plus raide, parfois pentue avec main courante suivant les variantes. Difficile de se perdre. Tout converge sur le bord du cratère. Et là, le choc. Un très grand cratère, un lac bleu turquoise bouillonnant par endroit, des fumerolles parfois très actives. J’adore. Le chemin longe la crête, sans danger sauf pour celui qui voudrait un meilleur angle sur le lac en contrebas, qu’on aimerait tous voir de plus près. Toute chute ici serait fatale tant le sol, friable, et la pente joueraient contre notre survie.

Le sommet culmine à 2958 mètres. Pas mal de jeunes, des abris sous tente de fortune, un chat et un type vendant de l’eau et quelques friandises. Il a du tout se porter là-haut !

Volcan Gede




Les jeunes posent devant le cratère, devant la stèle du pic, tenant dans leurs mains un panneau indiquant le lieu et son altitude. Atmosphère bon enfant, loin de nos sommets français, tout dans le silence, où l’on semble parfois déranger ce voisin qui mange ses sandwichs sans un regard pour cet autre qui a accompli le même « exploit » en atteignant le point haut.

La crête est très étroite, la forêt reprend de suite ses droits sur le versant d’où arrivent la plupart de ces jeunes.

Nous nous extasions du paysage, observant les parois jaunies de soufre, humant les vapeurs soufrées. Quel spectacle !
































Volcan Gede

Puis nous redescendons à bonne allure, doublant beaucoup de jeunes, parfois chargés. La nuit tombe vite, certaines parties densément couvertes de végétaux, semblent bien sombres. La descente nous semble assez longue, monotone, à regarder nos pieds. Reste les bruits de la forêt entrant dans son crépuscule.

Une fois le sentier terminé, il nous reste à longer le jardin botanique et à rentrer par la route au milieu des boutiques majoritairement fermées, jusqu’à notre belle chambre au-dessus des jardins. Un insecte assourdissant me tient compagnie lorsque j’écris ces lignes. Les muezzins, bientôt, se lancent des défis vocaux.

Une magnifique journée, tellement riche en expériences exotiques. Un peu de fatigue mais un moral au sommet.

Nous trouverons de l’énergie pour remonter au camp de base, refranchissant les portes, pour dîner dans le seul endroit bien achalandé. Une Soto Ayam, soupe au poulet, réconfortante.




Déeuner à Cibodas

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Nous traînons un peu ce matin, profitant du grand soleil baignant les jardins alentours comme les volcans Gede et Pangrango, très nettement visibles. Le soleil tape déjà fort quand nous remontons pour la dernière fois au camp de base pour notre petit déjeuner. Nous croisons un gars en grosse doudoune North Face. Un peu plus bas, des sauveteurs en montagne s’entraînent. Nous nous amusons du décalage entre cette ambiance camp de l’Himalaya et la réalité des montagnes que nous avons en face de nous. Assis derrière notre table, les légumes frais affluent devant nous. Au moins nous savons que nous ne mangeons pas de conserves. Nous allons nous gaver devant un buffet varié, petites pommes de terres épicée, omelette aux vermicelles, croquettes de pomme de terre, crêpes bananes chocolats, cappuccino. Le tout pour un prix dérisoire.

Le camp se réveille et attend son week-end. Déjà un car de locaux se gare au pied du jardin botanique. Achat de tasse de randonnée dans un petit magasin pour Thierry. Quelques belles vestes de grandes marques de montagne, des contrefaçons, assurément.

Lituanie

Le lien vers plus de PHOTOS  du parc de Gede Pangrango.



Malasari, loin de tout

Malasari
Nous quittons nos montagnes en arrêtant un angkot (sorte de mini-mini-bus) qui nous laissera sur la grande route reliant Bandung à Bogor. Retrait d’argent liquide obligatoire avant de repartir dans des villages isolés puis embarquement dans un mini-bus pour Bogor. Un peu serrés, pas de climatisation et une chaleur de plus en plus intense au fur et à mesure de notre descente vers la plaine. Beaucoup de monde en cette fin de semaine. Les écoliers quittent les écoles, les voitures sortent des garages. Après, y a-t-il vraiment une heure creuse sur ces gros axes ?

 L’arrivée à Bogor nous donne une seule envie, repartir au calme. Non que la ville soit plus laide qu’une autre, mais nous avons envie de nature. Déposés à la gare routière, nous trouvons assez vite un taxi Grab acceptant de nous amener au pied du parc d’Halimun Salak. Disons que Google Maps nous annonce que la route pour notre destination finale est fermée, alors je trouve une point proche du dernier coin d’asphalte accessible et le programme dans l’application. Malheureusement Maps et Grab n’ont pas la même adresse. Nous allons nous en apercevoir bien tard. La route d’abord large et roulante devient de plus en plus chaotique au fur et à mesure que nous nous approchons de Malasari. Des gros nids de poules, des pentes à 20 % voire plus, des virages très inclinés, des problèmes de GPS, le pauvre chauffeur n’arrive pas à destination. Nous décidons de le libérer de ce traquenard. Les routes ne sont pas carrossables en ces lieux.



Malasari
Nous nous retrouvons alors au milieu de nulle part, bien loin de notre destination. Nous accostons deux jeunes qui veulent bien nous amener à Malasari. 200 000 roupies. Nous pensions pour deux, en fait ce sera par personne. Pas vraiment une affaire. On accepte. S’ensuit alors un gymkhana d’anthologie sur des routes pavées toutes défoncées, dans des pentes de dingues. Avec mon gros sac dans le dos je peine à tenir sur mon siège et soufre physiquement. Dans les montées je suis proche de partir en arrière. Les gars doivent s’arrêter souvent pour se reposer les mains, la moto du conducteur de Thierry chauffe. Quelle aventure ! 
On nous dépose sur la place de la mairie, devant la mosquée. Tout de suite nous devenons l’attraction. Tout le monde nous regarde. Nous essayons de trouver un endroit pour dormir mais personne ne parlant anglais nous nous épuisons à monter des pentes de dingue avant de revenir au point de départ. Un semblant d’auberge nous indique que ce n’est pas possible. Enfin une jeune femme nous aide, au téléphone avec son mari, et nous propose une chambre chez elle, juste en face de la mosquée. Elle nous assied dans le salon et nous offre un verre d’eau alors qu’elle arrange une chambre d’ami. Nous sommes sauvés. Rien à faire en cette fin de journée, alors nous restons assis au bord des rizières, attendant la nuit tomber. La traversée du village ressemble à la montée de marches de Cannes. Les gens s’arrêtent de parler et nous regardent, tous. Des petits au grand. Étrange sensation, mais je ne ressens aucune animosité. Juste de la curiosité. Les enfants surtout se demandent bien ce que font ces étrangers ici. L’un d’eux récupère nos prénoms, tout le village sera au courant dans les 10 minutes.



Oman et son épouse, Malasari
De retour à la maison nous rencontrons Oman, le mari. 35 ans, et enseignant le Coran et l’anglais dans le village. Il nous amènera chez un de ses amis, du thé chaud offert par sa femme dans nos mains, où nous resterons un bon moment à essayer d’organiser notre visite de demain : trouver des chauffeurs de moto et trouver où dormir à Citalahab. Il nous annonce que la route est fermée et que de nombreux animaux sauvages s’y rendent. Singes, panthères… Très serviable et honnête, Oman nous trouvera un arrangement avec son ami, qui téléphonera à son tour pour nous obtenir un prix acceptable.

Nous passerons la soirée à discuter, assis sur un tapis dans son salon (voir photo ci-contre) 
Nous commanderons un Nasi Padang, du poisson grillé avec du riz et des légumes, livrés devant sa porte. Pour le dessert, un martabak, sorte de gros gâteau fait de diverses couches de crêpes, de fromage et de chocolat, fait par son ami Isak, devant sa porte. Bonne ambiance, les enfants jouent au football, les gens discutent autour de nous. Nous sommes l’attraction du soir. Échanges sur nos différences culturelles, sur nos salaires, sur ce que nous savons de nos pays… On ne peut faire plus authentique que ce soir, isolé dans le village de Malasari, dans le salon d’Oman.



le parc national Halimun Salak

Route pour Citalahab

Jour 1

 
Notre village ne remplirait pas un stade avec ses habitants, pourtant, dès 6 h du matin, heure où Thierry a quitté son lit, les motos animent déjà le quartier. Nous prendrons notre petit café quotidien dans un des rares échoppes de la rue principale. Une dame, tout sourire, nous prépare nos sachets instantanés, apportent des bananes frites et nous échangeons quelques mots, comme nous pouvons. J’avoue ne pas me lasser de ces ambiances. Tellement loin de mon pays, de ses habitants. Je me sens totalement dilué dans cette population, si loin ce matin d’un tourisme ravageur et grégaire. Nous réfléchissons à donner quelque chose à Oman pour l’hébergement. Délicat. Lui semble nous inviter, mais nous insistons en lui laissant 200 000 roupies, le prix moyen de nos hôtels des jours précédents. Pour nous, pas grand-chose, pour lui, une dizaine de repas chaud en ville. L’argent doit se brasser, s’échanger, surtout quand le différentiel devient abrupt. Oman et sa femme nous ont vraiment extrait d’une situation délicate, ils nous ont aidé afin que notre transfert vers le parc soir confortable. Un grand merci à eux.
Route pour Citalahab

Un peu avant 9 h, nos deux motos arrivent et nous quittons Malasari en confiance. Deux motos confortables qui vont souffrir pendant environ une heure.  Des pentes sèches, mais surtout des pavés et pierre disjoints, des trous, de la boue. La nouvelle route se construit devant nous. Déjà des kilomètres de bétons coulés. Mais il en reste encore autant. Alors nous zigzaguons le long de la dalle encore humide, nos chauffeurs s’arrêtent même parfois, un peu perdus. Le contraste est saisissant entre l’ancien et le nouveau revêtement. Le jour et la nuit. Quel plaisir de se laisser porter sur de telles routes ! Bien sûr je souffre avec mon sac à dos qui m’écrase les doigts, je m’agrippe pour ne pas tomber et serre les abdominaux. Mais quelle vue sur les champs de thé, les montagnes et la jungle ! Très peu de monde, quelques travailleurs locaux. Nous traversons des terrains militaires. Grosses statues d’un soldat et d’un léopard, noir. Aucun occidental.


Route pour Citalajab
Nous passons Nirmala puis descendons vers Citalahab, terminus pour nous, tout au bord de la jungle. Nous payons nos 150 000 roupies(7,8 €), méritées, alors que nous sommes accueillis par Asep, le propriétaire de la maison d’hôte. Une petite maison tout au bord de la rivière, entre deux ponts en bambous. Quelle ambiance ! Le village, peu étendu, possède un tout petit commerce de bouche, vraiment petit, une mosquée, rien d’autre. Asep nous parle du parc, la plus grande forêt tropicale humide de Java. Des léopards, des gibbons, des serpents… Un lieu sauvage. Aucun sentier ne mène au point culminant des environs, le Gunung Halimun. Aucune trace d’un quelconque succès au sommet.



Tranquillement, nous nous mettrons en route pour nous diriger vers la station de recherche Cikaniki. Nous choisissons le chemin empierré, passant au milieu des champs de thé. Nirmala et sa région forment un terroir réputé pour sa culture. Tout est beau, calme. Quelques rizières en contrebas. Le trajet est assez court. Nous ferons à peine 5 ou 6 kilomètres dans la journée. Mais pour autant, que de richesses naturelles. Arrivés dans la forêt, nous descendons vers une petite cascade à 350 mètres de la route. Rencontre avec nos premières araignées. Aussi désagréable que chez moi de se prendre la toile dans la figure. Vu les tisseuses, l’expérience en devient encore plus effrayante. Cascade modeste mais dans la jungle, tout prend une autre dimension. Je vais passer la journée à penser à Tarzan, à Aguirre de Werner Herzog, ou encore à A la poursuite du diamant vert, films cultes. 


Jungle d'Halimun Salak
Station de recherche Cikaniki







 Des panneaux en indonésien semble indiquer qu’il ne faut pas chasser ici. Nous arrivons à la station de Cikaniki (voir photo ci-contre) . Un peu déçu car atteignable en voiture, par Citalahab, par une route depuis le sud de Bogor. Quelques touristes férus d’ornithologie, dont un local qui nous avait croisé sur le volcan Gede l’autre jour. Il s’étonne de nous voir si loin des zones touristiques.

La station ressemble plus à un modeste lodge qu’à un laboratoire du CNRS. Les pensionnaires déjeunent, le garde du parc nous fera la visite et n’oubliera pas de nous faire payer la taxe de 150 000 roupies pour l’entrée dans le parc. Encore une fois, on se demandera où va l’argent. Impression amusante de se voir arriver à ce point repéré sur les cartes depuis la France, si loin de tout. Quand les cartes et les noms de lieux deviennent réalité. Sur le ponton, un anémomètre pour la caution scientifique, des échantillons au sol en piteux état, un sol défoncé, une carte d’état-major, quelques panneaux de conférence avec des noms scientifiques de végétaux… Bon, on ne sent pas les cerveaux en réflexion.








Jungle d'Halimun Salak

 








Le centre a été financé en partie par des fonds japonais en 1996. Depuis il semble que l’entretien a été négligé. Un petit parc grillagé montre un début de jardin botanique, peu entretenu. Des panneaux parfois anciens, rouillés et effacés, d’autres plus récents. La jungle est bien là pourtant, avec ses richesses. Nous apercevons une sorte de paresseux remonter sur sa cime. Après vérification , les paresseux n’habitent pas le continent asiatique, ce devait être un jeune gibbon cendré. Sans queue, on peut s’y méprendre.

Notre première tentative de pénétration dans la jungle se fait en direction d’une cabane en bois, genre maison de Tarzan, malheureusement fermée et en mauvais état. Nous montons au hasard, évitant les araignées. La jungle est dense, un ruisseau coule, enfin nous y sommes. Tant de kilomètres pour cela, pour ressentir le végétal dans sa forme originelle. De grands arbres, sur les hauteurs des singes. Nous allons en apercevoir un bon nombre lors de notre promenade. Très hauts, craintifs et d’une agilité incroyable, sautant d’arbres en arbres.


















Jungle d'Halimun Salak

Nous arrivons sur une sorte de réservoir d’eau en piteux état, peut-être une ancienne tentative pour alimenter la station. Je m’imagine sur la carlingue d’un avion écrasé façon Hollywood.

De retour à la station, nous poursuivons par le sentier officiel de découverte. Nous allons y passer beaucoup de temps, marchant au ralenti, explorant la plupart des petits sentiers parallèles. Quelques cages désaffectées où probablement des singes étaient soignés. Ambiance Urbex. Comme sur les anciennes passerelles d’observation de la canopée. Inaugurée en 1998 par les Japonais, fermées aujourd’hui et en piteux état. Nous monterons quand même au sommet de la tour, non sans crainte, tant la corrosion et le pourrissement des planches devient intense dans ces conditions humides. Nous n’oserons pas traverser les passerelles, sorties tout droit d’Indiana Jones. Parfois nous avons accès à la rivière, ce qui est toujours intéressant pour les trouées de lumière et l’ambiance aquatique, contrastant avec la densité végétale de ses berges. Je m’attends à voir passer de petits hommes en pagne avec des arcs et des flèches.



Jungle d'Halimun Salak

Énormes bambouseraies. Quelques plantes colorées, encore des singes très haut dans la canopée mais pas d’oiseaux. On entend, mais on ne voit pas. Une sorte de cigale imite la sonnerie Alerte Intrusion, de nos écoles. Un boucan d’enfer. Nous finissons par arriver sur une petite bâtisse ressemblant à une mini station hydroélectrique(?). Le sentier ne va pas plus loin, il reste une heure de jour. Nous n’avons vraiment pas envie de nous perdre dans un tel milieu où les points de repères disparaissent très vite. Nous rentrons sagement à la station puis à Citalahab par la route empierrée. Nous pensions pouvoir rejoindre les deux lieux par la jungle, nous essaierons demain en partant de Citalahab.


Citalahab


Finalement, je préfère vraiment rentrer dans notre village que de passer la nuit avec des ornithologues hollandais encombrés de matériel hors de prix, transportés en voitures privées de Sumatra aux confins de Java.

Sur le retour, nous les croisons dans les plantations de thé à attendre l’oiseau rare (voir photo ci-contre) .

Les champs sont déserts, comme les rizières. Chose rare en Asie où j’ai toujours vu ces lieux arpentés par des paysans à la vie rude. J’espère pouvoir ramener de ce thé.







Citalahab

De retour au village (voir ci-contre) , la nuit tombe vite. Agréable douche froide à grands coups de godets dans notre maisonnette ouverte aux quatre vents. Je vais boucher les ouvertures au-dessus de ma fenêtre pour d’ailleurs éviter toute intrusion de serpents ou autres moustiques.


















La boutique d’alimentation (une ouverture et une planche…) ferme déjà. Pas de problème, le propriétaire nous ouvre la porte, nous y entrons en enlevant nos chaussures, et c’est à la lampe de poche qu’il nous montre sa collection de nouilles chinoises au glutamate !

J’écris ce soir sur le ponton de ma maison, face à la rivière, une couverture bébé ours sur les épaules, un thé chaud sur ma natte. Nous sommes à plus de 1100 mètres d’altitude. Au loin un éclair, un coup de tonnerre, bientôt la pluie tropicale qui nourrit quasi quotidiennement toute forêt humide. Assis sur mon ponton face à la rivière, à son pont en bambous, bercé du son des insectes et de la pluie sur les tôles, je m’extasie d’une telle ambiance. Coup de cœur pour cet endroit, vraiment.
Citalahab
Mister Cool

Jour 2

 

Le plaisir d’une nuit paisible au bord de la jungle. Mon colmatage a empêché les serpents d’entrer. Il y en a. Thierry en apercevra un gros ce soir longeant une maison. Lui se lèvera très tôt pour le lever de soleil sur les rizières.










Jungle d'Halimun Salak


Nous partons ce matin tranquillement pour essayer de rejoindre la station Cikaniki par le chemin de Citalahab. Il démarre presque devant notre maison. Une fois le pont franchi, quelques pas dans les plantations de haricots et le sentier démarre. Un panneau indique les 1800 m supposés du parcours. Quelques informations (voir photo ci-contre)  sur les animaux dont le gibbon de Java, star des lieux.











Jungle d'Halimun Salak



Nous avançons très lentement, ouverts à tout bruit, à tout mouvement. Nous observerons bien le ballet des singes très haut dans la canopée (Semnopithèque noir ou Langur de Griffit). Très méfiants, ils bougent dès qu’ils nous entendent. De très beaux papillons moins craintifs, des fleurs blanches, des rouges, des libellules (Vestalis luctuosa)  un oiseau orange vif assez incroyable (Minivet vermillon), une sorte de lémurien à la queue touffue et blanche, en fait probablement, un écureuil géant oriental. Thierry qui effondre une partie du sentier et échappe de peu à la grande glissade. Il n’échappera pas à une belle toile d’araignée (Nephilia pilipes, Macarantha arcuata), ce qui le rendra assez fou. Pas d’images de ce combat. Passage sous des troncs, arbres imposants, très hauts, absolument personne. J’apprécie vraiment ce rythme. Au loin, les chants du muezzin et des bruits d’élagage provenant du village, enlevant au fond de nous la sensation d’isolement. Disons que la frontière entre le monde de la forêt et celui des hommes est franche. En quelques mètres, là où l’homme arrête d’exploiter, la nature primaire s’impose. Nul besoin de faire alors des kilomètres pour rencontrer cette nature. Bien sûr nous explorons au hasard les sentes, espérant toujours un site plus original. En fait ce sont les animaux qui choisissent. Vouloir voir n’y change rien.















Jungle d'Halimun Salak







Nous arrivons bientôt juste en face d’un cours d’eau. Nous étions sur l’autre rive hier. Pour autant, le sentier ne franchit pas la rivière d’après les vieux plans. Encore une fois, nous ne ferons pas la jonction. Des bornes vertes, tous les 100 mètres, avec marqué dessus Hm 18, Hm 17, etc. Nous arrivons jusqu’à la 4 environ. Nous avions échoué hier vers la 3. Il ne reste donc pas grand-chose, mais le trait d’union ne se fera pas.

Nous remarquons la propreté du sentier. Non pas qu’il soit plus nettoyé, mais peut-être simplement que la fréquentation est minimale. Nous sommes un dimanche et nous ne croiserons personne.

Le ventre vide d’énergie avec nos repas de nouilles chinoises infâmes, nous rentrons, rachetons de ces nouilles chinoises, avant de tomber en sieste. La pluie arrive, le ciel s’assombrit et les insectes du soir, croyant au crépuscule, entament leurs concerts, très bruyants. En fin d’après-midi, je me promène un peu dans notre joli village, très pittoresque, au milieu des avocatiers, des rizières et des plantes.




















Citalahab





Les éclairs et l’orage me font vite rentrer. Il reste à profiter de la nuit, du ballet des chauves-souris, depuis notre ponton. Il est 18 h, la fraîcheur s’installe, la soirée commence. Qu’allons-nous manger ? La pluie inonde nos projets de sortie vers le village au-dessus pour enfin manger de la nourriture cuisinée. Il me reste  une pauvre soupe, des bananes séchées et quelques crackers. 






Pour Thierry, des  biscuits au chocolat avec 0,0006 % de chocolat. La pluie d’orage, hypnotique, devant nos yeux. Coupure de courant générale alors que nous discutons du libre-arbitre et de nos choix. Les lucioles volent à nos pieds. Magique.



Citalahab, Indonesie
___

 
Je me réveille assez tôt, fais chauffer de l’eau, profite de ma dernière douche à la louche. Sentiment de retour à la nature, dans un endroit très simple, que beaucoup trouveraient insalubre.

Petit déjeuner  sur le ponton d’un thé chaud et de quelques crackers. Je pars une  dernière fois dire au revoir à la forêt, toute proche. Franchir le pont de bambous, la plantation de haricot et se retrouver dans le monde originel, primaire, de Java. J’y reste immobile à écouter une mélodie étrangère dans mon pays. Je reviendrai dans la jungle. Cet écosystème fascine par son contraste. De la vie à tous les étages mais bien vaillant ou chanceux celui qui veut la débusquer.

Je visite ensuite le village, passe devant les moutons dans leurs petits réduits de planches, rejoins la mosquée et une sorte d’école dans une très belle maison en bois. Des bananes sèchent, de petits feux sont allumés, un paysan travaille dans les rizières (voir photo ci-contre) . Thierry et mois sommes d’accord. Nous quittons ce lieu avec beaucoup d’émotion tant il est reposant, addictif. Impression de quitter un bout de monde préservé et pur. Même l’araignée tissant sa toile, compagne de nos attentes sur le ponton, va me manquer. Elle m’apparaît familière.
Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  de Citalahab et du parc national Halimun Salak.









Juste les bruits de la jungle...


De la jungle à la ville de Bogor

Asep et son ami
Vers 9 h, nous payons nos deux nuits (500 000 roupies, 27 €) et nous voilà embarqués avec Asep et son ami  (voir photo ci-contre) sur deux motos pas très grosses pour environ 1h30 de chevauchée périlleuse. Asep sourit tout le temps, à tout le monde. Nous manquons de tomber plusieurs fois. Je me mets aussi à marcher quand la piste devient trop glissante. Le mélange de pavés et de boue ne facilite pas notre avancée. La route, en construction atteindra le village en décembre, puis la station Cikaniki puis le bas de l’autre versant, sur un plan d’une année. Comme à Bario dans le Sarawak de Malaisie, je mesure la chance de connaître cet endroit avant que le cordon de ciment ne le relie au reste du pays. Bien sûr la vie des habitants en sera changée. Plus de confort, mais au prix d’une perte d’âme, probable. Citalahab restera dans mes souvenirs comme le village très difficilement accessible. Nous voyons des jeunes filles marchant sur la piste.3 kilomètres de pavés pour aller à l’école. A Nirmala, les employées de la cueillette du thé prennent une pause. Toutes avec leurs chapeaux coniques, images classiques de l’Asie des champs. Asep connaît tout le monde et salue avec beaucoup de jovialité. Avec la distance, il sourit un peu moins. Loin de chez lui, ses connaissances se diluent. Je souhaiterais acheter du thé, du café produit dans ces collines, mais il n’est pas commercialisé, juste cueilli et envoyé ailleurs. Sur le tronçon de route déjà cimenté, nous croisons les ouvriers qui avancent tous les jours de quelques mètres. La moyenne augmente, je me repose les bras et les abdominaux.

Asep et son ami nous laisseront à Nangoeng où la visite des étrangers attire encore l’attention. Thierry posera comme une rock star avec un groupe de jeunes filles (voir photo ci-dessous) . Nous y prenons un angkot pour Leuwiliang, ville sale où nous n’arriverons même pas à trouver un lieu convenable pour manger. Avec nous, des jeunes filles qui partent étudier, un livre de mathématiques sous le bras.




Thierry la star




Nous prenons ensuite un taxi Grab pour Bogor, directement au jardin botanique. La ville n’est pas bien loin mais les bouchons et le trafic ralentissent vraiment notre progression. Le chauffeur, stoïque, passe du Bon Jovi et du Bruno Mars dans son poste.

Nous mangerons dans un snack de la nourriture de Padang. Gros buffet, froid, mais qui nous fait plaisir après nos agapes de soupes au glutamate. Au fond de la pièce, une porte ouverte vers le marché. Je vois un gros rat, j’entends les volailles ou les oiseaux piailler. Niveau hygiène, cela serait inimaginable en France.

Nous visitons ensuite le célèbre jardin botanique de Bogor. Entrée imposante, monumentale. Fouille des sacs (légère), consigne impossible (« il faut une application monsieur ») et temps menaçant.
















Jardin botanique de Bogor
Le lieu est très grand. Un peu de monde mais une densité très légère et pas du tout désagréable. Les arbres ici sont bien plus gros que ceux vus dans la jungle. Certains datent du XIXᵉ siècle et en imposent. Allées de bambous, chemins ou route pour parcourir le parc. Des trottinettes électriques sont à louer. Nous apercevons de gros varans, impressionnants. Au fond du parc, le Palais du Gouverneur, (voir photo ci-contre)  que l’on ne visite pas, mais qui apporte une touche aristocratique à ce parc. Joli plan d’eau, nénuphars, et encore des arbres majestueux à leur base, composée de dizaines de troncs de tailles respectables. 



Jardin botanique de Bogor
Je pars ensuite seul à la découverte du fond du parc. Une grosse rivière le traverse. De vieux ponts métalliques l’enjambent mais sont fermés, trop vétustes. Des ponts plus costauds  permettent aux voitures et aux piétons de la franchir. Je visite les nurseries d’orchidées (voir photo ci-contre) , sorte de grandes serres qui n’en sont pas. Une petite serre tropicale, des jardins, mexicain par exemple, un grand parc où les jeunes s’amusent et posent. Très bonne atmosphère même si j’avance au pas de course. A peine deux heures pour tout voir. L’orage menace puis déverse des litres d’eau sur ma tête. Je patiente sous l’escalier principal de l’entrée. Le parc ferme à 16 h. Nous trouvons alors un angkot pour la gare de Bogor où nous prenons un métro pour Jakarta Kota, tout près de la vieille ville de Jakarta.


Je pars ensuite seul à la découverte du fond du parc. Une grosse rivière le traverse. De vieux ponts métalliques l’enjambent mais sont fermés, trop vétustes. Des ponts plus costauds  permettent aux voitures et aux piétons de la franchir. Je visite les nurseries d’orchidées (voir photo ci-contre) , sorte de grandes serres qui n’en sont pas. Une petite serre tropicale, des jardins, mexicain par exemple, un grand parc où les jeunes s’amusent et posent. Très bonne atmosphère même si j’avance au pas de course. A peine deux heures pour tout voir. L’orage menace puis déverse des litres d’eau sur ma tête. Je patiente sous l’escalier principal de l’entrée. Le parc ferme à 16 h. Nous trouvons alors un angkot pour la gare de Bogor où nous prenons un métro pour Jakarta Kota, tout près de la vieille ville de Jakarta.


Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  de Bogor.









Jakarta, le monstre urbain et la misère

Quartier chinois, Jakarta

Métro confortable, propre, un employé désinfectant par deux fois le sol devant nous. Un livre dans nos mains, nous détonnons avec Thierry. Ici, c’est smartphone obligatoire. Devant moi, une jeune fille d’à peine 8 ans, tellement jolie que je passe mon temps à la regarder jouer avec sa grand-mère. Certains messieurs dorment. Une voisine porte une casquette avec marqué « PARIS, French ».


Déposé à Jakarta Kota, vers 19 h, nous devons maintenant trouver un hôtel. Booking, Google pour s’inspirer et nous voilà dans un trois étoiles, je ne voulais pas un lieu glauque pour un dernier soir dans une ville un peu sale. 350 000 roupies (18,5 €), avec petit déjeuner. Pour y arriver, nous traversons des quartiers vraiment sales, puant, miséreux. Nous sommes dans le quartier chinois. Des gens dorment dehors, sur des cartons, se font des cabanes en carton autour de leur scooter. Des mamies reposent sur des bancs. Des déchets partout, une odeur d’œufs pourris, des façades noires…Une vision de Jakarta comme on se l’attendait. L’Indonésie des champs et des villes fleuries se percute maintenant avec l’Indonésie brutale, impitoyable de sa capitale. Je me dis être bien né dans ma campagne française. Les rues de Périgueux ne pourront jamais atteindre ce niveau d’insalubrité.

Olf Kota, Jakarta
Traverser une voie semble impossible, heureusement les locaux nous aident. Il faut juste se lancer sur la voie en levant le bras pour dire aux voitures de freiner.

Nous traverserons une partie du quartier chinois, par ses grands axes. Les rues secondaires, mal éclairées, nous apparaissent comme de vrais cloaques urbains.

Nous arrivons dans le quartier de Kota, le quartier historique de Jakarta. De beaux bâtiments, (voir photo ci-contre) transformés en musées, une belle place, une bonne ambiance, des rues propres. Voilà. Rien de plus de prime abord. Nous chercherons un endroit sympa pour manger. Mais ne souhaitant pas payer dix fois le prix habituel pour un même plat mais dans un endroit chic, nous finirons dans un parc par un bon kwetiau ( nouilles plates) bien chaud préparé devant nous. Plus à l’image de notre séjour.

Le quartier chinois s’endort dans sa noirceur. Nous sommes au cœur de la bête, au 5ᵉ étage, dans des draps propres, dominant la ville. Au loin des tours et des grattes ciels. En bas, certains survivent. Triste contraste.


Jakarta depuis notre chambre
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La nuit indonésienne refuse le calme. Les dizaines (plus ?) de mosquées de la ville rivalisent dans les vocalises de leurs muezzins, aux alentours des 4 h du matin. Le soleil se lève moins de deux heures plus tard. Ajouté un climat pesant au zénith de notre astre solaire et vous obtenez un peuple très matinal. Avant 7 h, je suis d’attaque pour démarrer ma dernière journée. De notre chambre, la vue sur la ville le jour manque de charme. La lumière de la nuit citadine, le noir masquant le laid, remplacés par une pâleur morne et triste. Notre quartier se révèle sans fard, cru et assez laid (voir photo ci-dessus). Je mesure la chance de ma situation, confortable et riche. Dans le salon assez cosy, on nous sert un petit déjeuner de bonne facture. Un employé préposé aux omelettes, des plats chauds sous cloches. Musique classique de reprise de standards à la guitare qui tourne en boucle. Atmosphère faussement classieuse quand même. Pas de fruits frais et des soupes infâmes au glutamate en vitrine. Nous remarquons que les lobbys des hôtels affichent tout le temps un visage bien plus avenant que leurs chambres.


Mister Cool

Nous partons ensuite explorer le quartier chinois. De jour, l’endroit paraît moins glauque mais demeure une expérience pour nos sens d’européens. Le choquant côtoie le misérable dans cette fourmilière humaine. Le Chinois semble porter son rôle de fourmi à la perfection, accablé par son travail harassant. Ce ne sont là même pas des boutiques, mais des sortes d’entrepôts, sombres, sans fenêtres, sans fonds, où s’accumulent des cartons livrés depuis le pays mère. Des conditions parfois sordides, l’impression de retrouver une époque médiévale. Du choquant avec ces animaux en cage: oiseaux, chauves-souris et quoi d’autre encore. Les bouchers qui taillent les carcasses dans la rue, les odeurs âcres de poissons séchés, l’odeur d’égout, permanente, les murs crasseux. Comment garder une hygiène correcte dans de tels labyrinthes étroits ? Dans les rues, un marché incroyable où on trouve de tout à des prix imbattables : jouets, habits, matériel de cuisine, chaussures. Thierry achètera deux paires de jumelles que je trouve de très bonne qualité optique pour 35 euros. 3 slips à 2€50, des chaussettes à 53 centimes. On ne négociera même pas. Pour retirer de l’argent, trouver un ATM. Ici Google maps se trompe et montre des tas de cartons à la place des guichets. Quand cela ne marche pas, le portier puis l’employée de banque viennent nous aider. La carte Visa n’est pas acceptée partout. Des gâteaux, des fruits, mais bizarrement pas d’épices là où nous sommes. Tant pis pour les souvenirs. 

Temple Chinatown Jakarta









Nous visitons deux temples chinois (voir photo ci-contre) . Chaussures enlevées, je rentre dans ces lieux nimbés d’odeur d’encens et de musique ancestrale. Je m’étonne de voir un peuple si rude et impitoyable, si prompt à accepter les conditions de vie les plus sales, se doter d’endroits si raffinés, calmes et apaisant. Les gens prient devant leurs divinités. Elles sont en nombre, et toutes différentes. Des longues barbes comme dans les films historiques, des dieux singes. Un bestiaire incompréhensible pour le profane. De gros cierges rouges se consument. Les bâtons d’encens se plantent dans du sable. Des papiers prières sont brûlés dans un gros four ouvert à l’entrée. Apaisant, avant de replonger dans les rues grouillantes.



Old Kota , Jakarta






Un tourbillon pour nos sens. Au sol, des vendeurs de bijoux, des peintres. Je m’interroge sur leurs revenus. Des boutiques de scotch, de cahiers, tout sur tout. Aux normes douteuses peut-être. Nous ressortons de là un peu sonnés. L’impression de voir un peuple besogneux vivant dans les bas-fonds.






Nous poursuivons en rejoignant le quartier ancien de Jakarta, du temps de Batavia, avant la seconde guerre mondiale. Un gros bâtiment blanc en cours d’envahissement par les végétaux. Qui pour se lancer dans les frais et rénover de telles structures historiques ? Les plus beaux vestiges sont devenus des musées, de la banque, de l’histoire de la ville, des marionnettes. Tout cela dans un mouchoir de poche près de la grande place, (voir photo ci-contre) . Bel endroit. On y loue des vélos roses et on en fait devant les objectifs. Quelques canons. Peu de monde. Agréable endroit pour qui est sensible à l’ère coloniale. Mais ne jamais oublier le côté sombre. Coloniser un pays reste avant tout du sang et de la cruauté.














Gare de Kota, Jakarta

Nous rentrons par la gare (voir photo ci-contre) , bien calme et propre, lieu de transition. Au nord, le calme feutré de Kota, au sud le début de la ville chinoise, la laideur et le chaos routier. Pour traverser, se faire aider d’un local ou alors se lancer dans le trafic en tendant le bras. Assez impressionnant.

Des gens dorment près des berges, au sol. Certains pêchent leur subsistance dans la rivière horriblement polluée. Une fois dans notre hôtel climatisé, nous quittons ce monde. Musique douce et eau citronnée. Douche. Tout frais et propres nous attendons dans le lobby, y étant aussi bien que dans un aéroport.  Le taxi climatisé vient nous prendre. Dans les bouchons, nous observons les corps amaigris défiler, les visages fatigués, les laissant dans leur vie misérable. Nous partons, ils restent. Deux monde qui se croisent un instant, quelques heures, mais infiniment éloignés.




Aéroport de Jakarta








La route vers l’aéroport ne montre rien qui attire l’œil. Où habitent ces gens ? Je ne vois que des rez-de-chaussées encombrés, des snacks crasseux. Ces quartiers ne semblent pas vivables. Quant à la beauté de Jakarta, elle doit résider ailleurs. Des quartiers riches, je n’aurais rien à témoigner. Et je ne jurerai pas revenir ici un jour futur pour affiner ma vision. Je n’ai vu que la face sombre de la géante.

L’aéroport, immense et extrêmement propre contraste avec tout ce que j’ai vu du pays. Une vitrine incroyable. Bien accueillis au comptoir de Singapore Airlines, nous mangerons, très copieusement, dans un restaurant japonais (89 000 roupies, moins de 5 €) (voir photo ci-contre) J’explose mon budget ! Nous errerons ensuite dans les boutiques de souvenirs. Rien ne nous rappelle notre voyage. Rien. Des souvenirs hors sols, tellement éloignés de ce que j’ai vu et vécu. Des prix raisonnables mais tellement éloignés de la rue. Ne pas se forcer. Je dépenserai mes derniers sous dans un cappuccino. Pour toutes ces fois où je mange mes sandwichs dans les aéroports du monde en observant les autres attablés, je prends ma part et en profite.

Bientôt les charmantes hôtesses asiatiques dans leurs belles robes. Bientôt le retour en France, dans la compagnie nationale. Champagne, cognac, vin rouge, coq au vin, fromage… Je serai plus raisonnable. Je termine d’écrire au large des îles Andaman. De l’exotisme, encore de l’exotisme. Une dernière fois.
Lituanie

Le lien vers plus de  PHOTOS  de Jakarta.









Une petite vidéo   (2 min 42) sur le chaos et le calme de Jakarta.


CONCLUSION


Enfant de Java

Les voyages grands crus, millésimés, se dégustent plus longtemps. Ils traînent dans les pensées sans perdre de leur saveur. Ils dégagent des arômes lorsqu’ils décantent. Ils se révèlent à leur retour. Je suis en train de terminer un énorme pavé érudit sur l’histoire du pays, de sa colonisation et de sa lutte pour l’indépendance. Je mesure à quel point un simple livre éclaire un voyage. À un point où je me dis que l’unique séjour sans recherches, sans apprendre d’un autre œil,  déroute et mène aux idées fausses, du moins à la superficialité. A côtoyer tous ces gens placides, à me sentir en sécurité en tout lieu, j’en oubliai que pour arriver à un tel résultat, le peuple indonésien avait dû endurer les pires atrocités durant la première moitié du XXᵉ siècle. La brutalité des Néerlandais, des Japonais, des jeunes pemuda, locaux rebelles et leurs lances en bambous effilées. Vivre dans la peur. Je lis des centaines de pages, tranquillement sur la plage, et je souffre pour tous ces civils massacrés. Des simples gens, comme ceux qui m’ont souri et servi durant ces trois semaines. Je lis ces noms de villes, Bandung, Semarang, Yogyakarta, Ambarawa etc. J’y suis passé, jamais je n’aurais imaginé les camps, les exactions, les révoltes. Au moment de conclure, je m’interroge. Le touriste voyageur doit-il se limiter à l’instant t de sa visite et effleurer la culture et la population qu’il visite ? Pour conclure sur la beauté, la gentillesse et le prix des choses. Ou bien doit-il se placer en invité et humblement comprendre en replaçant tout dans un contexte historique ? Je me suis posé à l’aéroport Sukarno-Hatta. Quel pourcentage de voyageurs savent ce qui se cache derrière ces deux noms ? Je ne m’étais même pas interrogé. J’en ai presque honte. Tout s’éclaire avec un livre. Banalité que j’aime à me rappeler. Et je regrette maintenant de n’avoir pas assez préparé ce voyage. J’aurais eu tant de questions à poser à mes hôtes. Qu’ils me racontent leurs histoires de familles, que j’entende leurs témoignages. Tout ce que j’ai ressenti sur place prend aujourd’hui une autre dimension. À déplier l’origami indonésien, je découvre une autre facette. Une constante, si banale, un voyage préparé, lu et documenté en amont et en aval, apporte épices et saveurs, doutes et compassion. Les gens si gentils, les beaux paysages, les monuments, la jungle, la découverte. Tout me paraît superficiel. Mes pensées sont toutes vers ce peuple. Je leur souhaite prospérité et bonheur. En tant que natif d’un pays colonisateur, j’en serais presque à vouloir m’excuser.


 


LE  SEJOUR EN QUELQUES COUPS DE COEUR :


– déguster des plats indonésiens sans touristes dans les rues de Yogakarta

– la visite privée du kraton de Surakarta avec mes deux guides indonésiennes

– la visite, totalement seul, des temples de Candi Barong, proches de ceux, surpeuplés de Prambanan.

 – la vision du volcan Merapi fumant et inquiétant depuis son versant sud

– l’ambiance et la découverte en scooter, à pied ou à la nage des îles Karimunjawa depuis notre guest house chez Mr Cool

– la randonnée sur les crêtes du volcan Gede  à près de 3000 mètres d’altitude

– attirer les regards et poser comme une star, jours après jours, pour des locaux curieux

– la vie paisible en bordure de jungle dans le lointain village de Citalahab, parc d’ Halimun Salak



LE POUR : l’accueil de star des locaux, la diversité des ambiances, la nourriture, le coût très faible de la vie, la saison sans pluie, l’exotisme et la culture mélangés, la facilité à vivre sur place.


 
LE CONTRE : la pollution plastique, la misère à Jakarta, le prix touriste généralisé dans les sites culturels, les lieux souvent aménagés pour la photo Instagram, les applications pour smartphones indispensables.